Bilan radio (1) : la gazelle et la mouette

Mon souvenir politique le plus agaçant a le goût de l’événement, l’odeur de l’événement, mais n’est pas un événement. C’est un exemple, et un symptôme. Il s’agit de l’un de ces emballements qui occupent toute la place, et qui sont de plus en plus fréquents dans notre métier, avec l’apparition des télés tout info.

Mon souvenir politique le plus agaçant a le goût de l’événement, l’odeur de l’événement, mais n’est pas un événement. C’est un exemple, et un symptôme. Il s’agit de l’un de ces emballements qui occupent toute la place, et qui sont de plus en plus fréquents dans notre métier, avec l’apparition des télés tout info.

       C’était aux universités d’été du Parti Socialiste, en 2009. Martine Aubry avait prononcé un discours fameux, en ouverture. Un propos décisif, qui lançait le principe des primaires ouvertes, lesquelles se dérouleraient deux ans plus tard, avec le retentissement qu’on sait, et désignerait le candidat qui deviendrait Président de la République

       Ce discours annonçait aussi la fin du cumul des mandats, dont on parle encore aujourd’hui, et qui sera effective à partir de 2017.

       Donc du consistant, pas au niveau de la petite phrase, mais des conséquences futures.

       Les reporters en place, dont je faisais partie, l’ont immédiatement compris, sauf qu’il n’a pas été possible, ce jour là, de rapporter la chose à sa juste mesure. Une incidente a bousculé le discours fondateur de la première secrétaire. Une polémique dont plus personne ne se souvient, mais qui opposaient deux monstres sacrés, Daniel Cohn-Bendit et Ségolène Royal à propos du projet de taxe carbone, qui serait abandonné. Royal, qui accueillait les universités d’été en tant que Présidente de la Région avait dit son désaccord dans son discours de bienvenue, Cohn-Bendit  avait qualifié sa position de ridicule et aberrante dans une émission de radio, les dépêches étaient tombées, dès lors les envoyés spéciaux avaient été priés de lâcher le discours majeur pour partir à la collecte des réactions.

       Dans les éditions du soir il ne fut pas question de ce qui allait changera la face de la France politique, mais de la querelle opposant Ségolène à Dany.

       Ce genre de parasitage est une constante. Que l’avion rafale n’ait pas été vendu au Brésil, et vous pourrez toujours vous rendre au Point de Presse du ministre de la défense au sujet de la situation en Centrafrique, il ne sera question que d’Amérique du Sud…

       Ainsi vont les emballements. Le plus exceptionnel qu’il m’ait été donné de vivre nous ramène un peu plus de dix ans en arrière. A la menace de grippe aviaire. Cette année là, j’étais en poste en Marseille, on avait annoncé une mouette morte sur l’étang de Berre. J’y suis allé, et j’ai retrouvé des dizaines et des dizaines de confrères, presse écrite, radio, télé, des paraboles, des satellites, des directs, des éditions spéciale, une foule autour d’un oiseau mort. La semaine suivante on a appris que le volatole était mort de vieillesse.

       Il y a des jours où l’on se sent modeste, et même un peu ridicule, quand on fait ce métier formidable…  

      France Culture 7h15 ; France Musique 8h07 ; Twitter @huberthuertas

    

      

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