mot de passe oublié
11 euros par mois

Construisez avec nous l'indépendance de Mediapart

Souscrivez à notre offre d'abonnement à 11€/mois et découvrez notre nouvelle application mobile disponible sur Android et iOS.

Je m'abonne
Le Club de Mediapart dim. 1 mai 2016 1/5/2016 Édition de la mi-journée

Lettres ouvertes au Père Noël

       C’est le temps des lettres ouvertes. Partout dans la presse, depuis quelques mois, des groupes de chefs d’entreprise, de députés, d’acteurs, s’adressent au public, au chef de l’état, aux chefs de parti pour exprimer des revendications. Ce matin nous sommes en mesure de révéler que d’autres courriers circulent depuis quelques jours, dans le plus grand secret. Des lettres au Père Noël. 

       C’est le temps des lettres ouvertes. Partout dans la presse, depuis quelques mois, des groupes de chefs d’entreprise, de députés, d’acteurs, s’adressent au public, au chef de l’état, aux chefs de parti pour exprimer des revendications. Ce matin nous sommes en mesure de révéler que d’autres courriers circulent depuis quelques jours, dans le plus grand secret. Des lettres au Père Noël.

 

       François Hollande a commandé de la croissance, mais les services du Père Noël ont répondu qu’ils auraient du mal à fabriquer cet article au cours des prochains mois. Le Président Français s’est rabattu sur un gouvernement plus concentré, celui dont il dispose actuellement ayant tendance à partir dans tous les sens.

       Le Père Noël y réfléchit.

       De son côté, le  gouvernement a envoyé une lettre collective. Il voudrait un Président qui trace le cap et ne varie pas en fonction des événements. Le Père Noël est embêté. Il n’a pas d’autre article avant quatre ans et demi.

       Jérôme Cahuzac a envoyé une plainte. Il a appris que le Père Noël avait reçu de sa part un abonnement à Mediapart, or il soutient que cette lettre était un faux, envoyé depuis la Suisse.

       Jean-François Copé a commandé un stage en France, pour apprendre à organiser une élection. En effet, dans ce pays là, on arrive à faire voter quarante cinq millions de personnes et  à donner le résultat à 20 heures, alors que dans le sien, le pays de l’UMP, on n’arrive pas à canaliser 180 000 électeurs, et on met un mois pour décider qu’on revotera en septembre. Il paraît que le Père Noël va s’y mettre, et qu’un certain François Fillon se proposerait de l’aider.

       L’UDI, le Nouveau Parti Centriste a commandé un Chef. Elle en a un, un certain Jean-Louis Borloo, mais elle dit qu’elle l’a déjà commandé l’année précédente, que l’emballage est beau, que le personnage fonctionne quand on le met en route, mais qu’il disparaît dès que la partie commence. Le Père Noël a demandé un délai. Il livrera peut-être un Borloo 4G avant 2017.

       Marine Le Pen a commandé des menaces, des crises, des récessions, des faits-divers, car elle en a besoin pour la société de films catastrophes dont elle a hérité de son Père, et elle vise un Oscar en 2017. Le Père Noël lui a dit qu’il n’avait pas ce genre d’articles en magasin. Sa spécialité c’est le bonheur. Elle lui a dit qu’il mentait et qu’il était complice du système. Comme elle pleurait, quelqu’un lui a apporté des pains au chocolat, il paraît que ce quelqu’un prépare une élection.

       Enfin, tout une série de gens importants, Depardieu, Tapie, Deneuve, Arnault, Afflelou, Elmaleh, ont envoyé une supplique  à l’homme en rouge, même si cette couleur les terrorise. Ils lui ont demandé des couvertures de survie importées de Belgique, car ils ont peur de dormir sous les ponts.

       Le Père Noël leur a fait savoir que le stock était épuisé. Des vrais pauvres il y en a des millions.   

       France Culture 7h36 ; France Musique 8h07 ; Twitter : @huberthuertas

       

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

Tous les commentaires

"elle en a besoin pour la société de films catastrophes dont elle a hérité de son Père"

Le Père Noël a répondu que le vrai film catastrophe a déjà commencé, en Grèce et en Hongrie et que la marine pouvait s'y approvisionner. Comme tout le monde s'en fout, le stock est important. A l'heure qu'il est, elle pourrait passer pour centriste dans ces lieux de délices où les flics sont les principaux adhérents à son fonds de commerce idéal.

Construisez l'indépendance de Mediapart

onze euros par mois

Souscrivez à notre offre d'abonnement à 11€/mois et découvrez notre nouvelle application mobile.
Je m'abonne

Le blog

suivi par 536 abonnés

Pourquoi je ne voterais pas pour Estrosi

À propos du blog
"Qu'est-ce que tu ferais à ma place ?". Depuis lundi la question m'est souvent posée par des proches et des amis d'Avignon, Toulon, ou Marseille. Il se trouve que j'ai longtemps, très longtemps, vécu et travaillé en Provence Alpes Côte d'Azur. J'y ai voté Chirac en 2002. Ce dimanche, si j''étais encore inscrit là-bas, je ne voterais pas Estrosi. Je n'aime pas le journalisme à la première personne, mais que l'on me pardonne : cette fois nous sommes dans un moment exceptionnel, il faut sortir de sa réserve et je n'écris pas un article, je m'exprime sur un blog. Observer ne suffit plus. Depuis dimanche je m'interroge. Si je votais encore dans le Sud-Est, moi qui ne vote pas à droite, je choisirais quelle ligne ? Celle de Cambadelis, ou de la canne à pêche ? Le vote "républicain", comme ils disent, c'est à dire en faveur de Christian Estrosi, ou l'abstention qui ouvrirait la porte à Marion Maréchal Le Pen ? Le choix de Sarkozy ou celui de l'extrême droite ? Mon idée c'est que cette question n'a plus grand sens. Quelle différence entre les deux ? Ils sont en compétition, parfois féroce, mais c'est le même drapeau qu'ils essaient de s'arracher. Celui de la France qui se recroqueville dans ses souffrances, ses méfiances, ou ses rejets. Les Le Pen parce qu'ils se sentent propriétaires des des peurs, celle des étrangers entre autres, la droite forte parce qu'elle se croit dépossédée de son bien et compte récupérer ses électeurs en enfiévrant les mêmes colères. Le discours est identique : cinquième colonne, pain au chocolat, cantines, canalisations, famille réduite au refus des homos. Leur seul point de divergence, au fond, le Figaro l'écrit d'ailleurs chaque jour, c'est le programme économique ! Et encore... Marine Le Pen voudrait sortir de l'Europe tout en comptant y rester tandis que les Sarkozystes en appellent à un monde ouvert mais hérissé de frontières. Enfin le candidat, sa vie, son oeuvre... Un recours Christian Estrosi ? L'ultime rempart de la République ? Il a bonne mine ce mur de Jéricho avec ses couvre-feux pour les mineurs, ses arrêtés anti-mendicité, anti youyou, anti bivouac, ses 1250 caméras soit une pour 283 habitants, ses demandes d'incarcérations préventives, ses négociations successives avec Jean-Marie Le Pen, en 1992 et 1998 en vue d'accord pour les régionales avec vice-présidence à la clé. Ce rempart est aussi hermétique aux idées de sa jeune adversaire qu'un réservoir à son vase communiquant. Mais je sais, et tant d'amis me le répètent depuis lundi. Je ne vote plus en Provence Alpes Côte d'Azur, ils sont d'accord avec mes objections, ils les connaissent, il les partagent, mais eux ils votent ici, et s'ils suivent ce raisonnement Marion Maréchal Le Pen, petite fille de Jean-Marie et nièce de Marine deviendrait la Présidente de la Région. Présidente ! Pourtant je persiste. Je ne voterais pas Christian Estrosi. Non pas pour éviter la confusion entre la gauche et la droite, mais pour ne pas cautionner le mélange avancé de la droite et de l'extrême droite. Quoi, mardi, à Rochefort, Nicolas Sarkozy, président des Républicains a pu décréter qu'il n'y avait pas de différence entre le PS et le FN, et la gauche lui permettrait, dimanche soir, de distancer son modèle par la droite, puis de se croire autorisé à pavoiser en extrémisant encore son discours, pour battre les Le Pen sur le terrain des Le Pen ? Oui, insistent mes amis... Mais Marion Maréchal Présidente de la Région Paca, est-ce que ce ne serait pas pire encore, et pour cinq ans ? Cinq ans ! Peut-être. Mais il y a pire que ce pire là. Pire que Paca, pire que le Nord, pire que l'Alsace et la Lorraine. Il y a la France. Pardon du mot, mais l'infection marine depuis trente ans. Depuis trois décennies aucune digue n'a résisté. Les partis classiques ont sonné le tocsin pour éviter qu'un élu Front National ne s'empare d'un canton, et des cantons sont tombés, à l'unité puis par dizaines. Les villes ne devaient pas céder, et plusieurs ont succombé sans le regretter, des députés ne pouvaient pas être élus au scrutin majoritaire (cinquante pour cent des suffrages c'était parait-il inaccessible pour l'extrême droite) et des circonscriptions sont allées à l'extrême droite. Nous voici au bord des régions. De barrages passoires en barrages vermoulus faut-il aller jusqu'au pouvoir suprême en laissant à ce parti qui dit n'importe quoi, et qui concentre toutes les dérives qu'il dénonce, la dictature d'une parole non confrontée à la réalité, à la complexité, aux contradictions, aux dilemmes, aux oppositions, aux révoltes ? Faut il le mettre à l'abri du pouvoir jusqu'à ce que le fruit tombe et qu'il s'empare du pouvoir suprême, dans cette France où le Président de la République les concentre tous entre ses mains ? Le mouvement est trop ancien, trop ancré, pour buter sur nos obstacles en carton. Jamais dans l'histoire les barrages n'ont fait barrage à un mouvement exponentiel. Quand le vin est tiré il faut le boire. Souvenez-vous de la gauche dans les années 70. La droite avertissait, menaçait, annonçait les soviets et les chars russes sur la place de la Concorde, mais au bout de dix ans Mitterrand a quand même été élu, et des ministres communistes ont été nommé. Il y avait à l'époque un espoir irrésistible, il existe aujourd'hui, par nos fautes, nos dénis, nos commodités, nos abandons, et parceque le monde a changé, un désespoir exponentiel. Le FN, diabolique ou dédiabolisé, s'alimente à tous les malheurs, et à toutes les contrariétés. Pire encore il est maintenant légitimé par une colère raisonnable. Une colère républicaine. Au nom de quoi, depuis trente ans, un parti fort de dix, de vingt, de vingt-cinq, de trente pour cent des voix serait-il tenu á l'écart des responsabilités ? Ça ne peut pas tenir la route en démocratie. La droite ne peut pas passer son temps à légitimer les discours successifs de l'extrême-droite, le PS au pouvoir ne peut pas mettre en oeuvre le programme de la droite, la gauche alternative ne peut pas contempler ce désastre en s'enfermant dans sa protestation polyphonique, et leurs electeurs ne peuvent plus croire qu'un vote contre nature, une fois de temps en temps, stoppera la marche d'un mouvement que tout le monde alimente. Puisque dans certaines régions le FN est majoritaire, qu'il ait la majorité, c'est aussi bête que ça. Tout effet barrage ferait grossir sa colère, donc sa puissance, pour la prochaine élection, et la prochaine c'est la Présidentielle. Marion Maréchal Le Pen présidente en Paca, Marine Le Pen dans le Nord, Florian Filippo dans l'Est, c'est effrayant. Mais Sarkozy qui ramasserait la mise grâce à cette gauche qu'il vomit, c'est de la nitroglycérine pour le Front National. Entre deux maux il faut choisir le moindre. Dimanche, si j'étais inscrit sur les listes électorales de la région Provence Alpes Côte d'Azur, je ne voterais donc pas pour Christian Estrosi. Je voterais blanc, puis avalerais trois aspirines.