De quel cadeau peut-on rêver en politique en cette veille de Noël 2013 ? Peut-être, au moment de servir la bûche, de renoncer aux tartes à la crème. Car ce qui frappe, c’est la part de l’habillage, pour ne pas dire du camouflage. Depuis une vingtaine d’années, plus un mot est répété, plus il est dénaturé.

       Prenez le mot réforme, qui s’est imposé dans les années 90. Au départ il voulait dire transformation dans le calme, par opposition au mot révolution. Une réforme pouvait réduire le temps de travail, une autre l’augmenter, une réforme instaurer la conscription, une autre la supprimer, le mot « réforme » allait dans tous les sens, il était plutôt de gauche, mais on en faisait aussi de droite.

        Et puis, dans les années 90, il s’est retourné comme un gant. Il est devenu libéral, et seulement libéral. En choisissant son camp, il a perdu son pluriel, on n’a plus parlé « des » réformes, mais de « la » réforme, avec un article défini féminin singulier, qui renvoyait bizarrement aux guerres de religion. D’un seul coup le mot réforme a fait sa révolution, et le changement s’est transformé en sens unique, « there is no  alternative ».

       Le mot « assistance » a subi la même inversion. Il indiquait à l’origine un secours, une aide, une manière de ne pas abandonner quelqu’un, donc un acte généreux, et voilà qu’il est devenu synonyme de permissivité, d’abus, d’encouragement à l’abandon de soi-même, donc de complicité avec  des groupes de parasites

       Le mot « dialogue » s’est aussi simplifié. Il voulait dire échange entre deux personnes ou groupes de personnes, il a tendance à se réduire aujourd’hui à une volonté de botter en touche, quand on est décideur, pour éviter de choisir, ou pour cacher ses intentions.

       L’expression « valeur travail » a subi le même genre de destin. Plus on en parle, plus on la met en avant, plus on insiste sur sa dimension presque théologique, et moins le travail est payé, car il doit se conformer à une autre valeur, encore plus universelle : celle du « coût du travail », qui veut dire dans les faits « travail  qui ne coûte pas ».

       Dans le même esprit, « politique de la jeunesse », veut dire « politique écartant la jeunesse » en la traitant différemment du reste de la population, « libre choix de sortir de l’école à 14 ans », au nom du droit à la formation veut dire « fin de la formation générale jusqu’à l’âge de seize ans », et elle est en général prônée par des dirigeants qui ont fait les grandes écoles et qui ne rêvent pas pour leurs enfants d’apprentissage à quatorze ans, on se demande bien pourquoi.

       Plus les mots sont des slogans, et plus ils prônent le contraire de ce qu’ils disent. Le cadeau du réveillon serait au fond de les redresser dans leur sens initial, pour en finir avec les Pères Noël. Sinon attention danger. Au moment des vœux de fin d’année les Français auront tendance à faire la traduction instantanée, et à entendre « coup de bambou » quand on leur dira « cadeau »…      

       France Culture 7h15 ; France Musique 8h07 ; Twitter @huberthuertas

      

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