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Le Club de Mediapart ven. 12 févr. 2016 12/2/2016 Dernière édition

Bilan radio (2) : Des mots et des slogans

De quel cadeau peut-on rêver en politique en cette veille de Noël 2013 ? Peut-être, au moment de servir la bûche, de renoncer aux tartes à la crème. Car ce qui frappe, c’est la part de l’habillage, pour ne pas dire du camouflage. Depuis une vingtaine d’années, plus un mot est répété, plus il est dénaturé.

De quel cadeau peut-on rêver en politique en cette veille de Noël 2013 ? Peut-être, au moment de servir la bûche, de renoncer aux tartes à la crème. Car ce qui frappe, c’est la part de l’habillage, pour ne pas dire du camouflage. Depuis une vingtaine d’années, plus un mot est répété, plus il est dénaturé.

       Prenez le mot réforme, qui s’est imposé dans les années 90. Au départ il voulait dire transformation dans le calme, par opposition au mot révolution. Une réforme pouvait réduire le temps de travail, une autre l’augmenter, une réforme instaurer la conscription, une autre la supprimer, le mot « réforme » allait dans tous les sens, il était plutôt de gauche, mais on en faisait aussi de droite.

        Et puis, dans les années 90, il s’est retourné comme un gant. Il est devenu libéral, et seulement libéral. En choisissant son camp, il a perdu son pluriel, on n’a plus parlé « des » réformes, mais de « la » réforme, avec un article défini féminin singulier, qui renvoyait bizarrement aux guerres de religion. D’un seul coup le mot réforme a fait sa révolution, et le changement s’est transformé en sens unique, « there is no  alternative ».

       Le mot « assistance » a subi la même inversion. Il indiquait à l’origine un secours, une aide, une manière de ne pas abandonner quelqu’un, donc un acte généreux, et voilà qu’il est devenu synonyme de permissivité, d’abus, d’encouragement à l’abandon de soi-même, donc de complicité avec  des groupes de parasites

       Le mot « dialogue » s’est aussi simplifié. Il voulait dire échange entre deux personnes ou groupes de personnes, il a tendance à se réduire aujourd’hui à une volonté de botter en touche, quand on est décideur, pour éviter de choisir, ou pour cacher ses intentions.

       L’expression « valeur travail » a subi le même genre de destin. Plus on en parle, plus on la met en avant, plus on insiste sur sa dimension presque théologique, et moins le travail est payé, car il doit se conformer à une autre valeur, encore plus universelle : celle du « coût du travail », qui veut dire dans les faits « travail  qui ne coûte pas ».

       Dans le même esprit, « politique de la jeunesse », veut dire « politique écartant la jeunesse » en la traitant différemment du reste de la population, « libre choix de sortir de l’école à 14 ans », au nom du droit à la formation veut dire « fin de la formation générale jusqu’à l’âge de seize ans », et elle est en général prônée par des dirigeants qui ont fait les grandes écoles et qui ne rêvent pas pour leurs enfants d’apprentissage à quatorze ans, on se demande bien pourquoi.

       Plus les mots sont des slogans, et plus ils prônent le contraire de ce qu’ils disent. Le cadeau du réveillon serait au fond de les redresser dans leur sens initial, pour en finir avec les Pères Noël. Sinon attention danger. Au moment des vœux de fin d’année les Français auront tendance à faire la traduction instantanée, et à entendre « coup de bambou » quand on leur dira « cadeau »…      

       France Culture 7h15 ; France Musique 8h07 ; Twitter @huberthuertas

      

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La "cuisine", pour les têtes de liste politiques, s'appelle "éléments de langage". Elle accumule les mots, expressions et tournures qui "donnent un air de jeunesse" à de vieux plats immangeables ; qui "noient le poisson" en multipliant les acceptions de mots déjà "valises" ; en multipliant les euphémismes apaisants ; en sacrifiant au vocabulaire du dieu Fric (compétitivité, croissance, rentabilité, relance, crise, plans sociaux, etc...)employé tous azimuts ; en agençant une interpénétration de leur "langue de bois" avec celle des medias ("normale", au lieu de "moyenne", ne se limite pas aux bulletins météo, par exemple).

 Et la vitesse, la multiplicité des "messages" fait obstacle au patient débat nécessaire sur le sens des mots que l'on emploie, à leur présence en langage "relâché", ou "tenu" ; dans des domaines différents, à propos de questions et sujets distincts et différents..

Il y a une guerre de l'expression orale et écrite à mener...

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Pourquoi je ne voterais pas pour Estrosi

À propos du blog
"Qu'est-ce que tu ferais à ma place ?". Depuis lundi la question m'est souvent posée par des proches et des amis d'Avignon, Toulon, ou Marseille. Il se trouve que j'ai longtemps, très longtemps, vécu et travaillé en Provence Alpes Côte d'Azur. J'y ai voté Chirac en 2002. Ce dimanche, si j''étais encore inscrit là-bas, je ne voterais pas Estrosi. Je n'aime pas le journalisme à la première personne, mais que l'on me pardonne : cette fois nous sommes dans un moment exceptionnel, il faut sortir de sa réserve et je n'écris pas un article, je m'exprime sur un blog. Observer ne suffit plus. Depuis dimanche je m'interroge. Si je votais encore dans le Sud-Est, moi qui ne vote pas à droite, je choisirais quelle ligne ? Celle de Cambadelis, ou de la canne à pêche ? Le vote "républicain", comme ils disent, c'est à dire en faveur de Christian Estrosi, ou l'abstention qui ouvrirait la porte à Marion Maréchal Le Pen ? Le choix de Sarkozy ou celui de l'extrême droite ? Mon idée c'est que cette question n'a plus grand sens. Quelle différence entre les deux ? Ils sont en compétition, parfois féroce, mais c'est le même drapeau qu'ils essaient de s'arracher. Celui de la France qui se recroqueville dans ses souffrances, ses méfiances, ou ses rejets. Les Le Pen parce qu'ils se sentent propriétaires des des peurs, celle des étrangers entre autres, la droite forte parce qu'elle se croit dépossédée de son bien et compte récupérer ses électeurs en enfiévrant les mêmes colères. Le discours est identique : cinquième colonne, pain au chocolat, cantines, canalisations, famille réduite au refus des homos. Leur seul point de divergence, au fond, le Figaro l'écrit d'ailleurs chaque jour, c'est le programme économique ! Et encore... Marine Le Pen voudrait sortir de l'Europe tout en comptant y rester tandis que les Sarkozystes en appellent à un monde ouvert mais hérissé de frontières. Enfin le candidat, sa vie, son oeuvre... Un recours Christian Estrosi ? L'ultime rempart de la République ? Il a bonne mine ce mur de Jéricho avec ses couvre-feux pour les mineurs, ses arrêtés anti-mendicité, anti youyou, anti bivouac, ses 1250 caméras soit une pour 283 habitants, ses demandes d'incarcérations préventives, ses négociations successives avec Jean-Marie Le Pen, en 1992 et 1998 en vue d'accord pour les régionales avec vice-présidence à la clé. Ce rempart est aussi hermétique aux idées de sa jeune adversaire qu'un réservoir à son vase communiquant. Mais je sais, et tant d'amis me le répètent depuis lundi. Je ne vote plus en Provence Alpes Côte d'Azur, ils sont d'accord avec mes objections, ils les connaissent, il les partagent, mais eux ils votent ici, et s'ils suivent ce raisonnement Marion Maréchal Le Pen, petite fille de Jean-Marie et nièce de Marine deviendrait la Présidente de la Région. Présidente ! Pourtant je persiste. Je ne voterais pas Christian Estrosi. Non pas pour éviter la confusion entre la gauche et la droite, mais pour ne pas cautionner le mélange avancé de la droite et de l'extrême droite. Quoi, mardi, à Rochefort, Nicolas Sarkozy, président des Républicains a pu décréter qu'il n'y avait pas de différence entre le PS et le FN, et la gauche lui permettrait, dimanche soir, de distancer son modèle par la droite, puis de se croire autorisé à pavoiser en extrémisant encore son discours, pour battre les Le Pen sur le terrain des Le Pen ? Oui, insistent mes amis... Mais Marion Maréchal Présidente de la Région Paca, est-ce que ce ne serait pas pire encore, et pour cinq ans ? Cinq ans ! Peut-être. Mais il y a pire que ce pire là. Pire que Paca, pire que le Nord, pire que l'Alsace et la Lorraine. Il y a la France. Pardon du mot, mais l'infection marine depuis trente ans. Depuis trois décennies aucune digue n'a résisté. Les partis classiques ont sonné le tocsin pour éviter qu'un élu Front National ne s'empare d'un canton, et des cantons sont tombés, à l'unité puis par dizaines. Les villes ne devaient pas céder, et plusieurs ont succombé sans le regretter, des députés ne pouvaient pas être élus au scrutin majoritaire (cinquante pour cent des suffrages c'était parait-il inaccessible pour l'extrême droite) et des circonscriptions sont allées à l'extrême droite. Nous voici au bord des régions. De barrages passoires en barrages vermoulus faut-il aller jusqu'au pouvoir suprême en laissant à ce parti qui dit n'importe quoi, et qui concentre toutes les dérives qu'il dénonce, la dictature d'une parole non confrontée à la réalité, à la complexité, aux contradictions, aux dilemmes, aux oppositions, aux révoltes ? Faut il le mettre à l'abri du pouvoir jusqu'à ce que le fruit tombe et qu'il s'empare du pouvoir suprême, dans cette France où le Président de la République les concentre tous entre ses mains ? Le mouvement est trop ancien, trop ancré, pour buter sur nos obstacles en carton. Jamais dans l'histoire les barrages n'ont fait barrage à un mouvement exponentiel. Quand le vin est tiré il faut le boire. Souvenez-vous de la gauche dans les années 70. La droite avertissait, menaçait, annonçait les soviets et les chars russes sur la place de la Concorde, mais au bout de dix ans Mitterrand a quand même été élu, et des ministres communistes ont été nommé. Il y avait à l'époque un espoir irrésistible, il existe aujourd'hui, par nos fautes, nos dénis, nos commodités, nos abandons, et parceque le monde a changé, un désespoir exponentiel. Le FN, diabolique ou dédiabolisé, s'alimente à tous les malheurs, et à toutes les contrariétés. Pire encore il est maintenant légitimé par une colère raisonnable. Une colère républicaine. Au nom de quoi, depuis trente ans, un parti fort de dix, de vingt, de vingt-cinq, de trente pour cent des voix serait-il tenu á l'écart des responsabilités ? Ça ne peut pas tenir la route en démocratie. La droite ne peut pas passer son temps à légitimer les discours successifs de l'extrême-droite, le PS au pouvoir ne peut pas mettre en oeuvre le programme de la droite, la gauche alternative ne peut pas contempler ce désastre en s'enfermant dans sa protestation polyphonique, et leurs electeurs ne peuvent plus croire qu'un vote contre nature, une fois de temps en temps, stoppera la marche d'un mouvement que tout le monde alimente. Puisque dans certaines régions le FN est majoritaire, qu'il ait la majorité, c'est aussi bête que ça. Tout effet barrage ferait grossir sa colère, donc sa puissance, pour la prochaine élection, et la prochaine c'est la Présidentielle. Marion Maréchal Le Pen présidente en Paca, Marine Le Pen dans le Nord, Florian Filippo dans l'Est, c'est effrayant. Mais Sarkozy qui ramasserait la mise grâce à cette gauche qu'il vomit, c'est de la nitroglycérine pour le Front National. Entre deux maux il faut choisir le moindre. Dimanche, si j'étais inscrit sur les listes électorales de la région Provence Alpes Côte d'Azur, je ne voterais donc pas pour Christian Estrosi. Je voterais blanc, puis avalerais trois aspirines.