Bilan radio (3) : Seul le Père Noël est objectif

        En ce matin du 25 décembre, après des dizaines d’années de journalisme politique, local, régional, national, et donc doté d’une longue barbe blanche, mon devoir est de répondre aux milliers de lettres qui commandent un même cadeau : l’objectivité

        En ce matin du 25 décembre, après des dizaines d’années de journalisme politique, local, régional, national, et donc doté d’une longue barbe blanche, mon devoir est de répondre aux milliers de lettres qui commandent un même cadeau : l’objectivité

        Et c’est un problème majeur… Un problème déchirant… Faut-il dire la vérité ou entretenir le rêve ? Car cette objectivité, elle est belle comme le Père Noël, le sapin, les guirlandes, et les boules, mais c’est au mieux une illusion, au pire une escroquerie. C’est le plus beau des contes de fée et le plus gros des mensonges. Elle existe autant que les lutins, la hotte, les rênes, et le bonhomme rouge qui passe par la cheminée, sans en ressortir tout noir, même quand la cheminée est une gaine d’aération.

       Cette revendication d’objectivité s’appuie sur l’idée d’une vérité naturelle, à l’état brut, qui se promènerait dans la nature, telle qu’elle, et que le journaliste n’aurait plus qu’à cueillir comme un bouquet, et à restituer tel quel, sans commentaire, sans recul, sans perspectives, sans subjectivité.

       Or il y a comme un problème… C’est que nul n’est un objet et que tout le monde est un sujet, qu’il ait ou pas sa carte de presse. C’est qu’il n’y a pas de vérité absolue, mais des regards sur une réalité, des angles, des cadrages, et que ces angles de prises de vue sont déjà des commentaires.

       D’ailleurs, les auditeurs, les téléspectateurs, les lecteurs, ne sont pas plus objectifs que celui dont ils exigent « l’objectivité ». Soit leurs courriers applaudissent votre regard libre, et ils émanent alors d’hommes ou de femmes qui se reconnaissent dans vos propos, donc que vous confortez dans leurs préférences personnelles, soit ces messages vous engueulent, en dénonçant votre absence d’objectivité, parce que votre reportage, ou votre éditorial, a pu défriser leur champion, donc leur intime conviction…

       Le constat est imparable : quand vous êtes journaliste politique, vous êtes considéré comme « objectif » par le public qui peut chanter « Il est des nôtre », et comme un traître, quand vous ne dites pas ce que votre auditoire avait envie d’entendre.

       C’est aussi incontournable que l’attraction universelle. Le journaliste doit affronter la loi du porteur de mauvaise nouvelle, qui l’oblige à se taire, donc à ne servir à rien, ou à dire, et à risquer d’être réduit au silence...

       Comment, dès lors, approcher la vérité si toute prise de parole devient une prise de position ? Premièrement en ne tordant pas les faits pour les besoins de sa cause. S’il y a eu dix mille manifestants ne dites pas qu’il y en a eu cent mille par sympathie pour un mouvement, qu’il parle de retraite ou de mariage pour tous. Et faites entendre les avis opposés, sur tous les sujets, en toute occasion, confrontez les, faites des étincelles avec.

       L’objectivité, ne peut jaillir que du débat qu’on suscite, en ne croyant pas au Père Noël. C’est héroïque dans certains pays. Ce n’est pas toujours facile en France, et pas seulement le 25 décembre…  

       France Culture 7h15 ; France Musique 8h07 ; Twitter @huberthuertas

      

         

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