Le drame de François Bayrou

       Pauvre François Bayrou, écrasé par la broyeuse du scrutin à deux tours. Il en est réduit à bâtir des postures artificielles, destinées à mettre en scène une indépendance que le premier tour des élections présidentielles vient pourtant de lui retirer.

       

Pauvre François Bayrou, écrasé par la broyeuse du scrutin à deux tours. Il en est réduit à bâtir des postures artificielles, destinées à mettre en scène une indépendance que le premier tour des élections présidentielles vient pourtant de lui retirer.

Alors que son mouvement se divise irrésistiblement en deux groupes, les uns confluent vers Nicolas Sarkozy, les autres affluent chez François Hollande, il entretient la fiction d’un libre arbitre, en écrivant une lettre aux deux candidats, et en faisant semblant de suspendre son choix à la qualité de leurs réponses.

       Il les connaît depuis trente ans, il sait tout de leurs travers, de leurs détours, de leurs talents respectifs, et son jugement dépendrait de trois mots au bas d’une lettre. Comme s’il ne savait pas depuis longtemps ce qu’il pense de l’un ou de l’autre, comme s’il n’avait pas déjà écrit des livres entiers, et à succès, sur l’actuel président. Comme si quelqu’un, en France, pouvait croire une seule seconde que sa décision mûrie par trois décennies d’expérience et de combats allait dépendre d’une bafouille  écrite entre deux tours.

       En fait, Bayrou n’attend pas une réponse. Il gagne du temps. Encore une semaine monsieur le bourreau, avant de revenir au réel, c’est à dire de renoncer à son rêve de créer la troisième voix qui engloberait les deux autres.

       S’il rejoignait Sarkozy, il serait ridicule. Hier encore il déclarait offensants ses propos qui mettaient dans le même sac les électeurs du Modem et ceux de Marine Le Pen. Et s’il rejoignait Hollande il serait contradictoire, après avoir dit de lui, depuis des mois qu’il est le candidat de l’illusion.

       En renvoyant dos à dos la droite et la gauche, Sarkozy et Hollande, en refusant même de dire si l’un des deux était moins pire que l’autre, Bayrou s’est enfermé à double tour, en bouchant toutes les issues.

       Lui, le candidat de la vérité, de la lucidité économique, il a choisi le déni en refusant d’envisager l’hypothèse d’un second tour où il ne serait pas. L’homme qui voulait voir la vérité de la crise en face, a préféré faire l’autruche devant la réalité des institutions. Comme dit Brassens, la loi de la gravitation est dure, mais c'est la loi !

       Il y viendra pourtant, d’une manière ou d’une autre, et il repartira, car il conserve une place à part. Bayrou s’est planté dans les grandes largeurs, mais Bayrou c’est Bayrou. Quelque chose d’irréductible. Il est têtu comme une mule, tête à claque à ses moment perdus, mais il a plus de caractère, plus de courage, plus de rigueur que la moyenne des politiques. Il lui en a fallu pour préférer son projet à sa carrière, sacrifier son UDF, éparpiller son groupe parlementaire, risquer même son siège de député, alors qu’il aurait suffi d’un mot, « je rends les armes », pour obtenir une fonction prestigieuse avec escorte et voiture.

       Que va-t-il faire ? Le minimum sans doute. Favoriser Hollande, d’une manière subliminale, pour devenir son opposant, puis parier sur l’éclatement de la droite, et tenter la constitution d’un pôle humaniste. C’est un pari hasardeux, mais un pari qui lui ressemble.


  

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