Hubert Huertas
Journaliste à Mediapart

308 Billets

1 Éditions

Billet de blog 26 nov. 2012

Hubert Huertas
Journaliste à Mediapart

Le suicide politique de Jean-François Copé

Ce matin c’est à Descartes et à son traité des passions qu’il faudrait faire appel pour essayer de comprendre le suicide politique de Jean-François Copé. Descartes parle du changement interne que subit l’âme sous l’impulsion du corps. Lundi dernier, par son résultat, Copé avait prouvé qu’il avait vu juste en s’adressant à son électorat de militants. Une semaine plus tard, aveuglé par la rage de préserver sa position présumée, il s’est carbonisé

Hubert Huertas
Journaliste à Mediapart

Ce matin c’est à Descartes et à son traité des passions qu’il faudrait faire appel pour essayer de comprendre le suicide politique de Jean-François Copé. Descartes parle du changement interne que subit l’âme sous l’impulsion du corps. Lundi dernier, par son résultat, Copé avait prouvé qu’il avait vu juste en s’adressant à son électorat de militants. Une semaine plus tard, aveuglé par la rage de préserver sa position présumée, il s’est carbonisé en oubliant qu’il avait changé de public, et que la scène ne se déroule plus sous le jugement des encartés, mais qu’elle se passe désormais sous les yeux effarés de l’ensemble des Français.

       Ce décalage formidable peut se lire à deux niveaux.

       Premier niveau, l’opinion : il y avait d’un côté l’épouvante des militants de droite et l’espoir placé, à tort ou à raison, dans la médiation d’Alain Juppé, et de l’autre la fermeture ésotérique du Président autoproclamé et de ses soutiens qui s’accrochent à un mot devenu magique « Statut, statut, statut »… Résultat, dans deux sondages absolument concordants, M. Copé, gagnant la semaine dernière, ne baisse pas, il s’effondre : -21 et -22 points.

       Le deuxième symptôme de déphasage intégral, le franchissement du mur du çon, avec un ç cédille comme dit le Canard Enchaîné, c’est la première déclaration de M. Copé, hier soir : « Nous avons eu un entretien qui s’est déroulé dans un climat extrêmement cordial… ».

     Ici s’arrête la politique, et là commence la pathologie diagnostiqué par Descartes et tant d’autres philosophes. C’est Œdipe qui vient vous expliquer qu’il a filialement bercé son père pour l’aider à s’endormir, ou Caïn qui publie un traité sur l’amour fraternel, et qui pense, en toute sincérité, qu’il est cru sur parole…

     Mais ce geste, qui consiste finalement à se jeter d’une falaise en criant « j’ai des ailes et je vole » n’aurait finalement pas beaucoup d’importance, si, comme l’écrit ce matin la Une du Figaro, sur huit colonnes, il ne s’agissait « du suicide en direct de l’UMP ».

     Car cette affaire intestine aura des conséquences majeures sur la vie politique en général. Elle affaiblit ou casse, nous verrons bien, le grand parti d’opposition, mais elle régénère un concept qui avait terriblement vieilli cet été. Celui du Président normal.

     Ce qui se passe à l’UMP est tellement énorme, tellement anormal, que la normalité de François Hollande, qui avait fini par devenir anxiogène, redevient rassurante. Les doutes des Français sur la capacité du pouvoir à résoudre la crise ne vont pas se lever par enchantement, mais pendant que le clan Copé répète comme un mantra son discours sur « le statut, le statut le statut », l’idée que finalement Hollande soit un homme apaisant se refait une virginité.  

     Encore une semaine comme ça et ce n’est pas « un », mais « une » statue que l’Elysée va ériger à la droite décomplexée…

     France Culture : 7h37 ; France Musique : 8h07 ; Twitter : @huberthuertas

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — France
À Saint-Étienne, le maire et le poison de la calomnie
Dans une enquête que Gaël Perdriau a tenté de faire censurer, Mediapart révèle que le maire de Saint-Étienne a lancé une rumeur criminelle, dont il reconnaît aujourd’hui qu’il s’agit d’une pure calomnie, contre le président de région Laurent Wauquiez. À l’hôtel de ville, des anciens collaborateurs décrivent un quotidien empoisonné par la rumeur, utilisée comme un instrument politique.
par Antton Rouget
Journal — France
L’encombrant compagnon de la ministre Pannier-Runacher
Des membres du ministère d’Agnès Pannier-Runacher sont à bout : son compagnon, Nicolas Bays, sans titre ni fonction, ne cesse d’intervenir pour donner des ordres ou mettre la pression. En outre, plusieurs collaborateurs ont confié à Mediapart avoir été victimes de gestes déplacés de sa part il y a plusieurs années à l’Assemblée nationale. Ce que l’intéressé conteste.
par Lénaïg Bredoux, Antton Rouget et Ellen Salvi
Journal — Europe
Ukraine : le soupçon de la collaboration plane sur les villages libérés
Dans la région de Kherson, certains villages ont vécu pendant des mois à huis clos, sous occupation russe. Des voisins ont été tués ou sont portés disparus. La difficulté à mener des enquêtes rapides dans un pays mis sens dessus dessous par la guerre permet à la rumeur de prospérer.
par Mathilde Goanec
Journal
À Bruxelles, la France protège la finance contre le devoir de vigilance
Dans une note confidentielle, la France supprime toute référence au secteur financier dans la définition de la « chaîne d’activités » couverte par le devoir de vigilance dans la directive européenne en préparation. Bercy dément vouloir exonérer les banques. Les États se réunissent jeudi 1er décembre à ce sujet. 
par Jade Lindgaard

La sélection du Club

Billet de blog
Noémie Calais, éleveuse : ne pas trahir l’animal
Noémie Calais et Clément Osé publient « Plutôt nourrir » qui aborde sans tabou et avec clarté tous les aspects de l’élevage paysan, y compris la bientraitance et la mort de l’animal. Entretien exclusif avec Noémie.
par YVES FAUCOUP
Billet de blog
Abattage des animaux à la ferme. Nous demandons un réel soutien de l’Etat
Solidarité avec Quand l’Abattoir Vient A la Ferme : Depuis 2019, la loi autorise les éleveurs, à titre expérimental, à abattre leurs animaux à la ferme. Ils n’ont toutefois bénéficié d’aucuns moyens dédiés et doivent tout à la fois assurer les études technique, financière, économique, sanitaire. Respecter les animaux de ferme est une exigence collective. Nous demandons un réel soutien de l’État.
par Gaignard Lise
Billet de blog
L’animal est-il un humain comme les autres ?
Je voudrais ici mettre en lumière un paradoxe inaperçu, et pour commencer le plus simple est de partir de cette célèbre citation de Deleuze tirée de son abécédaire : « J’aime pas tellement les chasseurs, mais il y a quelque chose que j’aime bien chez les chasseurs : ils ont un rapport animal avec l’animal. Le pire étant d’avoir un rapport humain avec l’animal ».
par Jean Galaad Poupon
Billet de blog
Le cochon n'est pas un animal
Pour nos parlementaires, un cochon séquestré sur caillebotis dans un hangar n'est pas un animal digne d'être protégé. C'est pourquoi ils proposent une loi contre la maltraitance animale qui oublie la grande majorité des animaux (sur)vivant sur notre territoire dans des conditions indignes. Ces élus, issus des plus beaux élevages politiciens, auraient-ils peur de tomber dans l'« agribashing » ?
par Yves GUILLERAULT