Bilan radio (4) : Ruptures et continuités

1974-2014, quarante ans d’histoire politique en sept élections présidentielles, et cette observation qui douchera les enthousiasmes militants. Contrairement à ce que pensent les élus, qui se prennent pour des génies, et les battus, qui se sentent incompris, ce qui surprend n’est pas leur victoire, ou leur défaite, mais l’extraordinaire stabilité du corps électoral.

1974-2014, quarante ans d’histoire politique en sept élections présidentielles, et cette observation qui douchera les enthousiasmes militants. Contrairement à ce que pensent les élus, qui se prennent pour des génies, et les battus, qui se sentent incompris, ce qui surprend n’est pas leur victoire, ou leur défaite, mais l’extraordinaire stabilité du corps électoral.

       Entre le score le plus serré au second tour, 1974, élection de Valéry Giscard d’Estaing sur François Mitterrand, et l’écart le plus large, en 1988, François Mitterrand sur Jacques Chirac, il y a que six points d’écart.

       L’écart moyen entre les deux finalistes, si l’on excepte le second tour de 2002, totalement atypique, est de 4,6%. Par rapport à ce repère, le score des vainqueurs oscille dans des marges étroites : Mitterrand est un peu au dessous en 81, et 3 points et demi au dessus en 88, Chirac est juste au dessous en 95, Sarkozy est un peu au dessus en 2007, Hollande un peu au dessous  en 2012…

       En résumé, l’élection, quoi qu’il arrive, se joue autour de 52-48, quatre fois pour la droite, trois fois en faveur le PS.

       Mieux encore, depuis 81, si on observe, les deux élections au cours desquelles les sortants ont été battus, l’écart est presque identique : Giscard est à 3 points et demi de Mitterrand cette année là, et Nicolas Sarkozy est à 3 points 2 de François Hollande en 2012.

       Et si l’on examine les écarts lorsque l’élection oppose deux candidats qui n’ont jamais été président, la symétrie est alors presque parfaite : 5 points 2 d’avance pour Jacques Chirac sur Lionel Jospin en 95, et 6 points de mieux pour Sarkozy face à Ségolène Royal douze ans plus tard.

       Enfin, la cohabitation avantage très fortement le Président sortant. Ecart record pour Mitterrand en 88, et élection folle de Jacques Chirac en 2001.

       La leçon de cette stabilité, c’est que le vacarme politique, les petites phrases, les sensations, les fracas, les polémiques, les habiletés et les bourdes ont plus de résonnance dans les medias que dans l’électorat, dont les réactions sont lentes et souvent irrémédiables. Ainsi la victoire de Mitterrand en 81 est intervenue après un glissement de quinze ans, celle de Chirac en 95 a consacré le rejet du PS enregistré deux ans avant, et la défaite de Sarkozy en 2012 a consacré un désamour de quatre ans, et un remord de douze ans, qui remontait à 2002.

        Finalement le seul séisme en quarante ans a été provoqué par Jean-Marie Le Pen, qui a brouillé les cartes en surgissant lors des européennes de 84, puis a provoqué la stupeur en éliminant Jospin, mais en prouvant dans la foulée son incapacité à rassembler au tour décisif. C’est cette inaptitude que sa fille essaie de briser, pour créer, au second tour d’une présidentielle, le même bazar que son père avait mis au premier. Y parviendra-t-elle, c’est la seule grande inconnue. Le reste, alternance ou reconduction, se jouera comme d’habitude, autour de 52%...

      France Culture 7h15 ; France Musique 8h07 ; Twitter @huberthuertas

     


 

 

      

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.