Europe : des précipices ou des sommets ?

Les visages ont changé mais la scène est immuable. Aujourd’hui, François Hollande reçoit Angela Merkel à l’Elysée, comme le faisait Nicolas Sarkozy, à la veille d’un sommet Européen dont le scénario se répète à l’infini. Il faut préserver l’Euro en sauvant le soldat Grec, et toute la troupe qui l’a suivi dans la crise...

Les visages ont changé mais la scène est immuable. Aujourd’hui, François Hollande reçoit Angela Merkel à l’Elysée, comme le faisait Nicolas Sarkozy, à la veille d’un sommet Européen dont le scénario se répète à l’infini. Il faut préserver l’Euro en sauvant le soldat Grec, et toute la troupe qui l’a suivi dans la crise...

       A tort ou à raison cette image de la volonté politique est usée jusqu’à la corde car les paroles et les images, racontent une autre histoire que l’histoire qui se déroule sous les yeux des citoyens.

       Au-delà des aléas, des divergences, des dramatisations, au-delà du contenu terriblement économique de ces échanges au bord du gouffre, forcément très techniques, et donc terriblement lointains, les images et les paroles de ces sommets racontent une épopée qui tourne mal. Une histoire qui promettait d’être extraordinaire, en prenant à rebours tous les mauvais plis de l’histoire. Pour une fois des groupes hommes ne se déchireraient plus, mais passeraient au contraire par dessus les frontières pour créer un seul ensemble. Ils s’uniraient plutôt que se faire la guerre. Leur monnaie unique, L’Euro, créerait un mouvement irréversible.

      

       Magnifique, sauf que treize ans après sa création,  dix ans après le remplacement des monnaies nationales, l’histoire que raconte cet Euro fabuleux n’est pas la même que sa légende. Elle a l’air irréversible, ça oui, mais dans le genre irrémédiable, dans le style engrenage qui vous prend le doigt grec, puis la main irlandaise, puis le poignet portugais, puis l’avant bras espagnol, puis le bras italien, et qui menace maintenant la tête française, sans parler de la clavicule chypriote.

       Ce qu’il y a de tragique, il n’y a pas d’autre mot, dans cette suite de sommets de la dernière chance destinés à prouver que ce qui se passe ne se passe pas, c’est que cette répétition prouve que la coque du navire est bel et bien fragile, que le défaut de conception initial fait céder un par un les rivets les plus vulnérables, comme sur le Titanic, et qu’on espère gagner le port en posant du sparadrap sur les fissures qui s’élargissent.

       Pendant ce temps la belle histoire initiale, celle d’une « monnaie moteur » qui rendrait plus prospère les pays adhérents s’est transformée pour les peuples en cauchemar d’austérité.

       A tel point que le problème a priori financier est devenu politique. Il devient celui du sens. L’idée d’union a provoqué des désunions, voire des nationalismes haineux, à travers tout le continent.

       Ce que François, Angela, Mario, et les autres, ont à sauver désormais n’est plus seulement une monnaie, si tant est qu’ils y parviennent. C’est d’abord une grande idée. La seule qui tienne encore, et qui fait dire aux peuples, comme des enfants maltraités, que l’Euro les fait souffrir, mais que sans l’Euro la vie serait encore moins supportable.  

       France Culture 7h36, France Musique 8h07, twitter : @huberthuertas

      

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