Un décalage nommé Manuel Valls

       Il y a comme un décalage au sommet de l’état, et Manuel Valls est en train de le personnifier… Un décalage entre une certaine idée de la gauche, et l’exercice du pouvoir.  Depuis le début de la semaine, plusieurs dossiers suscitent des débats houleux.

       Il y a comme un décalage au sommet de l’état, et Manuel Valls est en train de le personnifier… Un décalage entre une certaine idée de la gauche, et l’exercice du pouvoir.  Depuis le début de la semaine, plusieurs dossiers suscitent des débats houleux.

       Le coup de pouce sur le Smic, ressenti comme une pichenette par les syndicats…

       L’affaire des forages pétroliers au large de la Guyane est présentée comme une faiblesse vis à vis des grandes compagnies…

       Et les déclarations de Manuel Valls, réputé comme le ministre le plus à droite de la gauche au pouvoir...

       A la veille d’un sommet européen tendu et attendu, qui devait placer l’Euro et la relance au centre des regards, ses interviews sur la gestion de l’immigration ont déplacé les projecteurs vers sa personne.

       Ces trois dossiers sont différents, mais leur gestion convergerait vers la même conclusion. Il y aurait un hiatus entre le discours du candidat Hollande et la gestion du Président. Un décalage.

       Il se trouve que le phénomène est plus complexe. S’il existe un décalage, ce n’est pas là qu’il se situe …

       Car la pichenette sur le Smic est une confirmation. C’est le Front de gauche qui voulait une augmentation massive du salaire minimum, pas Hollande, d’une grande prudence sur le plan économique, et pour qui la réduction du déficit est une priorité affichée depuis les primaires.

       Quant à la politique de Manuel Valls sur l’immigration, elle n’est que la mise en musique, par un stratège ambitieux de la communication, du programme du candidat PS, rigoureux dans ce domaine. C’est Nicolas Sarkozy qui accusait François Hollande de vouloir régulariser massivement, pas Hollande qui le promettait.

       En fait, si un décalage existe, il touche moins au discours et à la pratique du Président socialiste, qu’au regard qu’on porte sur lui. On examine le PS de 2012 avec des lunettes des années 80. La droite, par exemple, quand elle s’accroche désespérément à l’idée que la pichenette sur le Smic serait un séisme de force 10, quasiment une vague de nationalisation, ou la presse quand elle découvre que le discours porté par M. Valls n’est pas celui qui prévalait à l’époque de Mitterrand.

       Mais il y a autre chose. Un autre décalage, plus réel et plus gênant pour le pouvoir, car il donne l’impression d’un désordre, d’une absence d’autorité : l’affaire des forages est bel et bien née d’un cafouillage, et le déboulé du Ministre de l’Intérieur est tout de même bien curieux au niveau du calendrier.

       L’événement politique du jour, l’événement annoncé, c’était l’économie, le sommet Européen, le Président de la République…

       Il se trouve que ce matin la presse ne parle que d’immigration,  de reconduites à la frontière, et d’un certain Manuel Valls…

       France culture 7h36, France Musique 8h07, Twitter @huberthuertas

     

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