HUGO REIS
élu au Conseil d'administration de La Poste - SUD PTT
Abonné·e de Mediapart

12 Billets

0 Édition

Billet de blog 3 avr. 2021

COMPTE 2020 LA POSTE

La direction présentait au conseil d’administration deux sujets majeurs ce mois-ci : les comptes 2020 impactés par le COVID et le plan stratégique pour les 10 prochaines années.

HUGO REIS
élu au Conseil d'administration de La Poste - SUD PTT
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Que cela soit sur le budget ou le plan stratégique, la direction était soutenue par les actionnaires et la majorité des administrateurs/trices y compris ceux et celles élu-e-s par le personnel. Pourtant voter pour ces deux sujets, c’était avant tout avaliser une politique qui creuse la tombe du service public postal et fait la part belle aux profits sans redistribution aux postier-e-s. C’est pourquoi l’élu parrainé par SUD PTT a voté contre le budget et contre le plan stratégique. 

Alors de l’argent il y en a dans les caisses du patronat ?

De prime abord, la présentation des comptes 2020 est assez ambiguë. La direction en joue d’ailleurs en affirmant que les comptes de l’entreprise ont été sauvés par la CNP permettant de dégager un résultat net de plus de deux milliards d’euros (mais qui, bizarrement, ne permettait pas de donner un intéressement au personnel). SI on reste un peu plus dans les dédales et les montagnes de documents, la réalité est tout autre. 

Chute du courrier en 2020 : mais à quoi cela correspond ?

C’est indéniable, le courrier a pris un sérieux coup (baisse de 13 % du Chiffre d’affaires du courrier et de 18 % volume du courrier).

Il faut quand même regarder ces chiffres de plus près. Sur les 18 %, 10 points correspondent à la crise du COVID (4 sont dus à une accélération de la digitalisation par les entreprises et auraient dû se répercuter sur les années à venir).

Deuxième remarque, elle a eu lieu le premier semestre puisque dès le mois de juillet, le courrier remontait la pente, même si les chiffres sont plus bas qu’en 2019. 

Autre enseignement, le colis, même si cela ne compense pas la baisse de volume du courrier explose en 2020 avec une augmentation de 20 % du Chiffre d’affaires et quasiment 30 % du volume de colis, de quoi largement occupé les facteurs et factrices. 

Rappelons enfin que le service universel postal accuse un déficit chaque année que l’État ne compense pas entièrement. Cette année pour le seul service universel postal cela représente près de 800 millions d’euros. 

Autre point notable La Poste a été obligé par les commissaires aux comptes de déprécier une grande partie des actifs du courrier. Résultat un trou de 900 millions d’euros supplémentaires. ON a donc une baisse du résultat d’exploitation qui est largement amputé par ces deux postes qui constituent près de 1,6 milliard d’euros et qui ne dépendent pas du tout de l’investissement de postier·e·s…

Sans ces deux postes la chute du courrier aurait été loin de constituer cette catastrophe pointée par la direction qui scénarise bien son histoire pour mètre en place son futur plan stratégique. 

Le réseau, au service du public, totalement délaissé par la direction

Le Réseau est une branche qui, pour la direction, ne constitue qu’un centre de coût. Conséquence, les dirigeants n’ont qu’un seul but diminuer les coûts de toutes les façons inimaginables. Ils ont bien réussi leur coup cette année puisque le nombre de points de contact physique est passé en dessous de la barre des 17 000 obligatoires. 

De la même façon, la baisse d’activité de 25 % est soulignée par le patron du Réseau, tout en se félicitant d’avoir pu ouvrir tous les bureaux avant la fin du confinement et de continuer à vendre… Une façon de pointer que le face à face n’est pas si essentiel et que les bureaux de plein exercice vont continuer à être fermés par la direction : la direction en arrive d’ailleurs à regretter l’impossibilité de transformer le réseau plus profondément pendant la crise.

Depuis le début de La Poste Mobile, les pertes continuent de s’accumuler. Tout bénéfice pour SFR qui, même si elle doit encaisser aussi les pertes bénéficie d’une entrée d’argent conséquence par l’achat des minutes par la filiale de La Poste. 

La Banque Postale… tient le choc malgré la crise

Face au choc COVID, la Banque a réussi à laisser passer l’orage, même si certains secteurs comme la banque de détail ou la CNP sont dans le creux de la vague : alors que l’épargne collectée sur le livret A augmentait, la collecte sur l’assurance vie baissait de plus de 3 milliards d’euros. Ce qui peut inquiéter c’est, face à des taux négatifs qui perdurent, la volonté de transformer les fonds des assurances vie des clients en UC plutôt qu’en euros. 

Autre fait notable le coût du risque est en train d’exploser, la banque devant provisionner près de 450 millions d’euros pour faire face aux possibles défauts de paiement des emprunteurs.

Cela n’empêche pas le président de La Banque Postale d’annoncer attendre que le moratoire de la BCE soit levé pour verser les dividendes à son actionnaire La Poste. Les profits n’attendent pas surtout quand ils ne sont pas reversés au personnel. 

GEOPOST et colis express : le jackpot

S’il est une branche qui s’en sort avec le COVID c’est bien celle du colis express qui engrange les résultats positifs : un chiffre d’affaires en hausse de 40 % comme le résultat d’exploitation qui a doublé. Cependant, il faut quand même temporiser cette euphorie patronale : 41 % de la croissance du résultat d’exploitation a été faite par des acquisitions externes. 

Le grand changement est sans doute le basculement du modèle majoritaire de GEOPOST dans des trafics de B2C au lieu de B2B accélérée par la crise sanitaire. 

La direction de GEOPOST annonce également 20 000 recrutements pérennes dans la branche, mais qui sont aussi bien en interne que chez des sous-traitants (est au vu de ce qui passe chez DPD en Suisse on peut légitimement se poser des questions sur cette annonce triomphaliste.

Branche Numérique 

Si le chiffre d’affaires [CA] de cette branche est en augmentation de 102 M d’euros, elle accuse une perte en termes de résultat d’exploitation de quasiment 58 millions d’euros dont plus de la moitié provient des pertes sur l’éditique et les chèques. Mais cette augmentation du CA est en trompe l’œil notamment parce que sans les acquisitions, ce dernier serait en net recul de 30 millions d’euros. 

On est donc très loin de l’eldorado du tiers de confiance numérique présenté par nos dirigeants

Siège et support

Ces postes sont considérés, à l’instar de la Branche Réseau comme un centre de coût et cela d’autant plus que les grandes opérations immobilières opérées les années précédentes se tarissent à vue d’œil. La seule fierté de la direction : la flotte de véhicule électrique, c’est dire comment est considéré le personnel qui travaille dans ses structures [comptabilité, informatique, etc.]

Alors La Poste est-elle vraiment au bord du gouffre ?

D’un côté, elle nous dit que les résultats sont mauvais et qu’elle ne peut pas verser d’intéressement, de l’autre elle brandit fièrement la CNP comme le messie qui a sauvé La Poste d’une année noire. 

Le président parle d’une situation paradoxale. C’est peut dire : annoncer des résultats excédentaires de 2 milliards et en même temps nous faire le coup  «nous n’avions pas assez de résultats pour le distribuer au personnel » cela relève d’un raisonnement très particulier. 

Deux points essentiels montrent les errements de la direction et de certaines organisations syndicales.

Sur l’intéressement maison-mère,

Les syndicats signataires se débattent dans leurs contradictions. En août dernier, nous annoncions un intéressement à zéro. Juste avant les élections, Les syndicats signataires nous traitent de menteur et ou nous accusent de propager des fake news. Ils vont même pour certains jusqu’à affirmer qu’un intéressement est possible. 

Il s’avère que nous avions raison. Il n’y aura pas d’intéressement cette année. Depuis l’annonce de ce mois de février, certains se défendent maladroitement notamment en affirmant qu’ils avaient tout fait pour modifier les critères. 

  • L’article 1 de l’accord permet de signer un avenant mais au plus tard le 30 juin de l’année en cours. L’intégration de CNP ayant eu lieu en mars 2020. Les signataires avaient tout loisir de demander si ce n’est l’intégration de la CNP pour calculer l’intéressement, au moins une modification des critères. Ils auraient bien pu aussi au regard de la situation sanitaire et les impacts probables sur le REX le faire également. Or, ils n’ont rien fait la direction l’ayant confirmé dans une réunion. D’ailleurs, nous n’avons pas vu ces fameuses adresses ou lettres envoyées à la direction. Pas étonnant de la part d’organisations dont la transparence des tractations avec le patronat n’est pas une habitude. 
  • L’accord prévoit dans son article 4.1.1.2 une garantie de périmètre et une réunion avec les signataires dans une commission de suivi de l’impact du changement de périmètre.  Ils ont donc été informés bien en amont de l’arrivée de la CNP et de l’impact... 

Que l’on soit bien clair, les signataires tordent la vérité quand ils disent qu’ils n’étaient pas au courant et qu’ils ne pouvaient rien faire. 

Quand on peut peser sur la direction pour que des dispositions favorables aux postier·e·s soient mise en place on le fait, on ne se répand pas dans des explications toutes plus farfelues les unes que les autres en tapant sur les autres. 

Sur les résultats de La Poste :

La direction pointe que la revalorisation de la CNP à hauteur de 3 milliards d’euros disparaitra l’année prochaine. Par contre elle oublie aussi de pointer un autre point: les 900 millions de dépréciation du courrier qui viennent plomber les comptes disparaitront aussi… oublié aussi par la CFDT dans son tract... Tout serait-il fait pour organiser des annonces catastrophiques ?

N’oublions pas non plus la non-compensation intégrale des missions de service public qui creuse un déficit entre 800 millions d’euros et un milliard d’euros. En ajoutant tout cela cela représente près de 1,7 milliards d’euros : 

Entre les tours de passe passe comptable et les créances de l’État,  on peut se dire que nous serions très loin de la catastrophe avec un résultat positif autour des 500 millions d’euros avant CNP.  

Quant au versement d’une prime au personnel, il y a de quoi faire et les actionnaires en sont encore responsables. Le non-versement de l’intéressement a permis à la direction de récupérer 107 millions d’euros. Quant aux dividendes, ce sont près de 700 millions d’euros qui ne sont pas versés [sur les exercices 2019 et 2020], soit environ 800 millions d’euros. Cela représente donc une prime de 3000 euros bruts par postier·e·s. 

Nous pouvons avoir une prime cette année, La Poste en a les moyens.

D’autant plus après les annonces gouvernementales. Elle fait d’autres choix notamment d’investir à l’étranger nous faisant miroiter, comme elle le fait depuis plus de 10 ans, les futurs résultats. 

La situation est d’autant moins catastrophique que La Poste annonce des résultats largement en augmentation pour fin 2021 avec un résultat de près de 2 milliards envisagés

Pour comparaison par rapport à fin 2019 le résultat d’exploitation de La Poste sera multiplié par deux. 

Soyons clair le bateau Poste est loin de couler et il le serait encore moins si l’état compensait nos missions de service public. 

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Migrations
La véritable histoire d’Omar Elkhouli, tué par la police à la frontière italienne
Cet Égyptien est mort mi-juin pendant une course-poursuite entre la police aux frontières et la camionnette où il se trouvait avec d’autres sans-papiers. Présenté comme un « migrant », il vivait en fait en France depuis 13 ans, et s’était rendu en Italie pour tenter d’obtenir une carte de séjour.
par Nejma Brahim
Journal — Éducation
Au Burundi, un proviseur français accusé de harcèlement reste en poste
Accusé de harcèlement, de sexisme et de recours à la prostitution, le proviseur de l’école française de Bujumbura est toujours en poste, malgré de nombreuses alertes à l’ambassade de France et au ministère des affaires étrangères.
par Justine Brabant
Journal — Europe
L’Ukraine profite de la guerre pour accélérer les réformes ultralibérales
Quatre mois après le début de l’invasion, l’économie ukrainienne est en ruine. Ce qui n’empêche pas le gouvernement de procéder à une destruction méthodique du code du travail.
par Laurent Geslin
Journal
Comment combattre l’enracinement du Rassemblement national
Guillaume Ancelet et Marine Tondelier, candidats malheureux de l’union de la gauche dans des terres où l’extrême droite prospère, racontent leur expérience du terrain. Avec l’historien Roger Martelli, ils esquissent les conditions pour reconquérir l’électorat perdu par le camp de l’égalité. 
par Fabien Escalona et Lucie Delaporte

La sélection du Club

Billet de blog
L’aquaculture, une promesse à ne surtout pas tenir
« D’ici 2050, il nous faudra augmenter la production mondiale de nourriture de 70% ». Sur son site web, le géant de l’élevage de saumons SalMar nous met en garde : il y a de plus en plus de bouches à nourrir sur la planète, et la production agricole « terrestre » a atteint ses limites. L'aquaculture représente-elle le seul avenir possible pour notre système alimentaire ?
par eliottwithonel
Billet de blog
Face aux risques, une histoire qui n'en finit pas ?
[Rediffusion] Les aliments se classent de plus en plus en termes binaires, les bons étant forcément bio, les autres appelés à montrer leur vraie composition. Ainsi est-on parvenu en quelques décennies à être les procureurs d’une nourriture industrielle qui prend sa racine dans la crise climatique actuelle.
par Géographies en mouvement
Billet de blog
Cochon qui s’en dédit
Dans le cochon, tout est bon, même son intelligence, dixit des chercheurs qui ont fait jouer le suidé du joystick. Ses conditions violentes et concentrationnaires d’élevage sont d’autant plus intolérables et son bannissement de la loi sur le bien-être animal d’autant plus incompréhensible.
par Yves GUILLERAULT
Billet de blog
Grippe aviaire : les petits éleveurs contre l’État et les industriels
La grippe aviaire vient de provoquer une hécatombe chez les volailles et un désespoir terrible chez les petits éleveurs. Les exigences drastiques de l’État envers l’élevage de plein air sont injustifiées selon les éleveurs, qui accusent les industriels du secteur de chercher, avec la complicité des pouvoirs publics, à couler leurs fermes. Visite sur les terres menacées.
par YVES FAUCOUP