Où va La Poste ?... Dans le mur

Le Conseil d’administration de ce 13 novembre abordait plusieurs points, les deux principaux étant la question de la CDC/CNP et la transformation de la Branche Services Courrier Colis. Les débats confirment une chose : la volonté d’une transformation totale de l’entreprise avec des impacts sur les conditions de travail des postier·e·s.

Du cash, du flouse, de la maille : le service public perdu dans une histoire de dividendes.

 Le point présenté lors de ce CA sur la montée en capital de la CDC dans le groupe La Poste n’a pas révélé de grandes nouvelles aux administrateurs/trices, si ce n’est quelques subtilités ou précisions sur le volet technique du dossier dénommé « Mandarine ».

 Par contre, ce dossier a permis d’esquisser les premiers contours de la politique de l’entreprise que les deux actionnaires mettront en place.

 Dans une lettre en 2017, Bruno Le Maire avait donné à la CDC les grands contours des missions qu’elle devait conserver, correspondant à celles de missions de services publics essentielles pour l’État. Dans ce cadre, le désengagement des Aéroports de Paris et de la Française des Jeux étaient actés. Les représentant·e·s de l’agence des participations de l’État se sont donc voulus rassurants : La Poste devrait rester un grand service public au service de la population.

 Pourtant, l’abandon de l’État comme actionnaire majoritaire change le paradigme, quoi que l’on puisse penser par ailleurs, de l’action de l’État en tant qu’actionnaire principal de La Poste ces vingt dernières années sur le service public postal.

Une CDC aux commandes de La Poste pourra ajuster les dividendes en fonction des objectifs qu’elle fixera, et qui risquent de ne pas être en direction du service public postal. Pire, ces objectifs pourraient aller à l’encontre du maintien de ce service public postal, même si c’est pour maintenir d’autres services publics. La question des MSAP[1] que la CDC indique comme prioritaire pour elle (en lien avec le projet gouvernemental de réforme des services publics, CAP 2022), pourra faire passer certaines missions de service public postal en arrière plan. Le fait que d’autres missions de service public dévolues puissent apparaître à La Poste pose des questions du même ordre. Dans ces expérimentations futures, on peut déjà se questionner sur la place de la distribution du courrier six jours sur sept ou de l’inclusion bancaire qui semblera se limiter au livret A selon les actionnaires, mais aussi de  l’ensemble des missions de service public dévolues à l’entreprise publique.

Lors de ce Conseil d’administration, les membres ont été consulté·e·s sur cette montée au capital, seul·e·s les élu·e·s au titre de SUD et de la CGT ont voté contre. 

 La question de l’avenir du service public postal actuel, mais aussi celui du futur, ne peut se cantonner à des débats et des discussions dans les salles du Conseil d’administration et des couloirs du Parlement. Elle regarde la population et l’ensemble des représentant·e·s élu·e·s ou non du territoire. C’est une question trop sérieuse pour la réserver à ces seuls "spécialistes".

 La Branche Courrier Colis en mutation à marche forcée

Ce débat est d’autant plus urgent que la mutation de la Branche Courrier Colis s’accélère comme jamais avec des conséquences pour le personnel qui peuvent conduire à des drames humains comme les deux derniers suicides à La Poste en Dordogne.

Disons-le clairement, cette mutation violente voulue par la direction qui conduirait à soi-disant sauver La Poste d’un destin funeste est soutenue par la plupart des membres du Conseil d’administration de La Poste voire même applaudie des deux mains par certains élu·e·s salarié·e·s. Certains regrettent que cette mutation ne puisse pas se passer rapidement !!!

 Or, les projets présentés ne se feront pas sans dégâts notamment au vu des efforts demandés dans une période aussi courte. C’est d’autant plus remarquable que la direction a enfin avoué que les nouveaux services notamment dans le domaine de la santé et du service à la personne qu’ils nomment « services de proximité humaine » n’avaient pas vocation à apporter des activités supplémentaires aux facteurs et factrices mais avant tout à dégager des résultats pour la Branche Courrier et accessoirement un débouché pour les facteurs/trices si cela permet de réaliser du profit pour les filiales.

Alors que l’on nous avait présenté ces services comme l’avenir du métier de facteur, c’est devenu finalement un très très lointain horizon, surtout que La Poste souhaite que la part réservée à la santé qui ne devrait pas profiter à l’activité des facteurs/trices constituera près des deux tiers du résultat.

 Autre aveu et pas des moindres, l’accord distribution, présenté au départ comme un accord qui devait faire face aux mauvaises conditions de travail à la distribution, n’était en fait qu’un accord pour mettre en place sa stratégie de mutation du métier de facteur et de le transformer en source de profits pour la Branche. Nous n’étions pas dupes, mais cela a au moins le mérite d’être clair et marqué noir sur blanc.

 

 Les évolutions que la direction et les actionnaires préparent à moyen terme pour l’entreprise ne seront pas sans conséquences. Comme pour l’accord distribution, il n’est pas incertain que la direction nous sorte un accord dans les Services financiers pour accompagner les changements que pourrait entraîner l’arrivée de l’assurance-vie dans les métiers du Groupe La Poste. Les objectifs toujours plus importants en gains de productivité déjà demandés actuellement, lors de l’arrivée de la CNP malgré un coefficient d’exploitation qui correspondra à ceux actuel des banques ne seront pas sans conséquences sur le niveau de l’emploi et les conditions de travail des personnels. Les décisions prises aujourd’hui, notamment celle qui approuvent le rachat de la CNP par LBP et le passage de la CDC comme actionnaire majoritaire ne sont pas qu’une simple formalité.

 

 

 

 

 

[1] Maison de service au public

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