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Billet de blog 13 août 2019

C’est encore le personnel et le service public qui trinquent!

Le mois de juillet est celui de la présentation des comptes à la mi-année de l’entreprise. Au vu des résultats, la situation est loin d’être reluisante et frôle quelquefois la catastrophe. Pour la direction ce n’est pas le dossier Mandarine qui pourra permettre de limiter la casse. Elle annonce donc un plan d’économie de 300 millions d’euros qui va impacter l’emploi et les conditions de travail.

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Un grand plan d’économies sur le dos des postier·e·s : la Caisse des Dépôts à la manœuvre.

Alors que la Caisse des Dépôts n’est pas encore l’actionnaire majoritaire, elle fait déjà pression pour dégager les bénéfices.

La Poste a annoncé la mise en place d’un plan d’économie de 300 millions d’euros (s’étalant sur 2019 et 2020) qui concernera aussi une réduction des « charges » des Branches.

Même si la direction de la BSCC s’en défend, celle de La Banque Postale ne le nie pas,

Encore une fois ce sont les postier·e·s qui vont faire le frais des manœuvres financières de la direction et des actionnaires.

En combinant suppressions de poste de travail, attrition des embauches et des moyens de remplacement cela ne pourra qu’entraîner une dégradation des conditions de travail et l’austérité salariale. Une mauvaise nouvelle à tout juste trois mois du début des négociations salariales dans l’entreprise.

La Poste ayant expliqué que les résultats de 2019 seraient mauvais, comme ceux de 2018  (où elle avait tout de même réalisé un bénéfice de 798 M€ !), elle a dit avoir décidé de la mise en place d’un plan d’économie de 300 millions d’euros (pour 2020 mais débutant en 2019) qui concernera essentiellement le siège et les structures mais sans oublier les branches…

Cette mesure tombe au moment où l’actionnaire majoritaire de la poste va changer, et ce n’est pas un hasard… La CDC (Caisse des Dépôts et Consignation), futur actionnaire majoritaire, lors du conseil, a indiqué tout le bien qu’elle pensait de ce plan d’économies et fait déjà pression pour dégager les bénéfices à l’origine de ses futurs dividendes…

Ces suppressions de poste de travail, l’attrition des embauches y compris des moyens de remplacement ne pourront qu’entraîner une dégradation des conditions de travail et l’austérité salariale. Une mauvaise nouvelle à tout juste trois mois du début des négociations salariales dans l’entreprise.

Une conséquence d’une stratégie toujours aussi risquée.

Pour la deuxième année consécutive, les comptes continuent leur chute et cela dans tous les secteurs de l’entreprise. Si le chiffre d’affaires est en hausse (+4,5 %), le résultat d’exploitation[1] (REX) est en baisse de 29 %. Le résultat net est quant à lui en baisse de 25 %. Et cela touche quasiment toutes les branches

L’augmentation du timbre ne couvre que la moitié des pertes de la Branche Courrier. Pire, les fortes augmentations successives (le prix du timbre a doublé en 6 ans !) contribuent à la baisse des volumes du courrier traditionnel, sur laquelle La Poste verse des larmes de crocodile. Celle prévue en janvier 2020 — le montant du timbre vert atteint quasiment 1 euro - va sûrement faire franchir un palier supplémentaire.

Les nouveaux services et à la silver économie, quant à eux, sont loin de représenter un modèle alternatif, voire complémentaire, même si la direction se félicite d’avoir dépassé les objectifs. À bien regarder, elle ne constitue que 1 % du REX du courrier, avec même un REX en diminution pour les nouveaux services…

Pourtant présentée comme un fleuron de La Poste, le Produit Net Bancaire (PNB) de LBP est encore en recul de 3 %, dû en partie à la loi votée en 2019, gelant les tarifs bancaires et plafonnant les frais d’incidents bancaires. La direction de l’entreprise semble se désoler de ce fait. Il s’agit d’une mesure qui doit se pérenniser, voire même être accentuée. Cela ne pourra se faire que dans le cadre d’un vrai pôle public financier au service de la population.  Cependant, on ne peut écarter, dans les causes de ce recul, le mode de gestion d’une banque qui veut jouer dans la cour des grands sans en avoir les moyens. Résultat : seulement un compte ouvert pour sept clôturés. La suppression constante de personnel et l’externalisation d’activités provoquent aussi une baisse de la qualité de service, notamment sur les chèques et les délais d’encaissement.

Pour la Branche Réseau sont à la fois le CA et le REX qui sont en baisse. Baisse de la fréquentation des automates (courrier, colis, bancaires), mais aussi impact négatif de la Poste Mobile sur le REX malgré sa contribution positive pour le groupe. Même si le développement du paiement sans contact commence à impacter l’utilisation du cash dans notre pays, c’est aussi la résultante de la stratégie du groupe dans cette branche : la direction du Réseau ne semble que se consacrer qu’à la fermeture du bureau et la mise en place des MSAP.

GEOPOST connaît une augmentation de 7,2 % de son CA, et de 3,2 % de son REX, mais ces chiffres sont en trompe l’œil. En effet, une nouvelle norme comptable européenne (IFRS 16) oblige La Poste à comptabiliser ses locations différemment.

Sans cet ajustement comptable, le REX de cette branche serait négatif de 7,53 %. Le recul est important sur trois pays : en Allemagne, en Russie et En Espagne. Tous ces écueils ne font pas reculer la direction, elle continue à sortir le portefeuille : 750 millions d’euros lors de ce conseil d’administration, pour devenir majoritaire dans une entreprise de colis italienne : BRT. Alors que les postier·e·s souffrent chaque jour de leurs conditions de travail, que la sous-traitance se développe dans notre entreprise, que La Poste vient d’être condamnée à payer 120 000 € pour travail dissimulé et que des sans-papiers ont entamé un bras de fer avec Chronopost depuis plus d’un mois, cet achat sonne comme une provocation pour nombre de salarié·e·s de l’entreprise.

Nous n’avons de cesse de le répéter, la question du service public postal devient centrale non seulement parce qu’il impacte La Poste, mais parce qu’à terme, il va impacter l’ensemble des services publics sur les territoires. Il est grand temps de mettre la question sur la table comme celui d’un vrai pôle public financier et pas l’ersatz que nous vendent les actionnaires et la direction de La Poste.

À l’époque où il n’était encore que candidat au poste de PDG, Philippe Wahl présentait son programme de choc pour La Poste. Le magazine Challenge avait alors titré qu’il promettait « du sang et des larmes » aux postier·e·s. Vu les annonces, cela risque de suinter encore par tous les pores.


Mandarine, source de profit mais pas pour les postier·e·s

La Poste compte bien sur l’opération « Mandarine » et l’arrivée de la CDC comme actionnaire majoritaire pour se refaire la cerise. Dans un contexte de net recul, l’apport de la CNP va lui permettre de dissimuler les errements stratégiques de l’entreprise. La Poste espère que le résultat d’exploitation sera quasiment triplé et que le résultat net sera multiplié par 1,5.

Si certains salarié·e·s pouvaient espérer des jours plus agréables, les propos de la direction douchent tout de suite tout espoir. Ces apports supplémentaires notamment en fonds propres serviront essentiellement à la croissance et aux acquisitions afin d’achever dixit la direction « la nécessaire transformation de La Poste ». Le président de La Poste s’est félicité du projet, mais a également pris exemple sur la transformation de BSN en Danone. Il a ainsi confirmé la nécessité d’injecter encore plus de capital dès l’année prochaine… Une déclaration inquiétante sur ce que pourrait être l’équilibre déjà précaire de l’actionnariat en 2020.

La direction voit l’aboutissement du projet Mandarine comme moyen de contrer la baisse du courrier et de maintenir ses bénéfices par l’apport de capital qui va lui permettre de faire des futurs achats de boites importants. Pour SUD c’est la continuité du changement profond des métiers, que les postiers subissent depuis plusieurs années avec parfois des promotions à la clé mais au prix d’une dégradation catastrophique de leurs conditions de travail. Le malaise dans l’entreprise est bien réel.

[1] Résultats de l’entreprise avant impôts

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