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Billet de blog 30 sept. 2021

La Poste 2025 Tout pour les actionnaires et le profit

Le Conseil d’Administration a présenté la trajectoire financière de l’entreprise pour les années qui viennent. Au menu, profit et dividendes en explosion. Tout ça sur fond de suppression d’emplois, de réorganisations permanentes et d’un service public totalement déstructuré.

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Sur la BSCC

La direction présentait le même tableau que d’habitude : une chute inexorable du courrier dans les prochaines années avec une prévision de baisse de volume qui atteindrait 30 % d’ici à 2025. Parallèlement, le volume du colis augmenterait du même niveau. Quant au Chiffre d’Affaires (CA) de la silver économie et des nouveaux services, sa croissance pourrait atteindre 60 %. Mais attention, car malgré ces chiffres mirobolants, les deux secteurs réunis ne constitueraient que 7,71 % du CA en 2025 contre 4,5 % aujourd’hui. Donc pas de quoi casser trois pattes à un canard. D’ailleurs, la Cour des Comptes s’en est rendu compte en épinglant ce qui pour elle semble constituer un gadget avant tout. Pas étonnant d’ailleurs pour une institution qui ne voit dans La Poste qu’une entreprise qui doit faire des profits et considérant le service public comme une charge.

Autre perspective pour Asendia, filiale de colis transfrontalier : elle va rejoindre GEOPOST dès cette année. Avec ce départ, c’est près du quart du Chiffre d’Affaires (CA) qui passera dans le giron de GEOPOST, affaiblissant d’autant plus la branche courrier colis sur le papier. Même si les chiffres ne sont pas communiqués, la conséquence sur le résultat d’exploitation de la branche sera encore plus importante.
À l’horizon 2025, le courrier ne représenterait plus que 16 % du Résultat d’exploitation de la BSCC, contre près de 60 % en 2019. Le colis passerait lui à plus de 46 % et les filiales plus de 36 %.

GEOPOST et le colis express

Pour cette branche, la part de plus en plus croissante des volumes de livraison vers le client se confirme : alors que GEOPOST basait son modèle de livraison sur un trafic entreprise à entreprise (60 % du Chiffre d’Affaires en 2019), 50 % du volume sera livré directement aux particuliers selon les projections de la direction (notamment avec l’explosion du modèle VINTED).
Autre changement de modèle pour la holding : l’explosion de la logistique urbaine (40 % d’augmentation d’ici 5 ans pour le CA) ; un modèle basé principalement sur l’ubérisation.

La direction de l’entreprise mise tout sur le colis comme le prouve également le 1/3 des investissements projetés dans le colis express en 2025, alors que ceux dans la BSCC passera de 30 % à 22 %.*

* Pour la BSCC il faut rajouter que ces investissements se feront principalement dans les infrastructures colis au détriment du courrier.

La Banque Postale

Les chiffres confirment la stratégie. Le Groupe mise principalement sur la CNP, la banque privée et patrimoniale. L’objectif pour elle serait de dévulnérabiliser LBP à la banque de détail (particuliers). Elle compte agir comme n’importe quelle banque et voir le client particulier comme un centre de coût auquel on doit ponctionner le plus de frais bancaires possibles.
Du côté de la banque de détail, la direction compte stabiliser le nombre de clients notamment par la banque digitale (cela veut dire aller chercher le client, car le nombre de clôtures est supérieur au nombre d’ouverture de compte). Cela passera aussi par une un objectif d’augmentation de près de 20 % des encours de crédit (consommation et immobilier).
Avec une perspective d’une diminution de près de 40 % des emplois en moins de 4 ans sur les CF et des conseillers bancaires dans le Réseau, la pression va encore s’accentuer sur de pour l’ensemble des personnels de ces activités …

La direction s’est aussi fixer des objectifs d’augmentation les encours pour les personnes morales entre 40 et 50 % en 4 ou 5 ans. Les pressions pour les personnels des services clientèles professionnels devraient aussi augmenter

Réseau et Branche Numérique : le nouveau Grand Public

L’objectif est d’aller vers encore plus de digitalisation des opérations et des relations avec le client. Du côté de DOCAPOST c’est +8 % sur le digital et -9,5 % sur le traditionnel sur le chiffre d’affaires, du côté du Réseau c’est une digitalisation à outrance des produits. Cela se concrétise par plus de trois quarts des investissements orientés vers le digital. Les implications sur le terrain sont déjà, programmées : saignée dans les emplois dans le Réseau, mais aussi sur la holding DOCAPOST. Enfin anecdotiquement, la direction du groupe envisage un REX positif pour La Poste Mobile à horizon 2025 soit presque 15 ans après sa création… Il était temps.

Quant au service support, la seule perspective tracée par la direction reste la baisse continue des « charges » donc du nombre d’emplois. C’est dire comme cela donne envie.

Résultats en hausse, mais pas pour tout le monde

La direction envisage une hausse continuelle des résultats pour les années qui viennent. Elle compte tripler le résultat entre 2021 et 2025. Normalement, ces résultats devraient nourrir les augmentations de salaire et l’intéressement, mais on peut a de bonnes raisons d’en douter.

En effet pour 2021, elle a sorti des jokers sur les répercussions des bons résultats : la dépréciation du courrier en 2020 avait servi entre autres à ne pas verser d’intéressement cette année. Cette année, le versement des compensations des missions de service public permet de revaloriser les actifs du courrier et de les réintroduire dans les comptes.

Or un article du nouvel accord d’intéressement signé par la CFDT FO CFTC, CGTC et UNSA l’exclut de la base de calcul. (ce qui fait passer virtuellement la base de l’intéressement de 650 à 350 euros pour l’année prochaine… soit 300 euros de différence qui vont revenir dans les poches des actionnaires).

Joker aussi pour la répercussion du SMIC sur l’augmentation de nos salaires et traitement. La direction aurait déjà fait beaucoup en maintenant les salaires pendant le COVID en versant des primes de pouvoir d’achat. En dernière minute, la direction les a répercutés sur les bas salaires pour les autres : rien. Cela va donc faire deux ans que les salarié·es de l’entreprise s’appauvrissent grâce aux décisions de l’entreprise et une dizaine d’années pour les fonctionnaires.

Le risque de voir tous les ans, la direction brandir des jokers est bien là.

Compensation des missions de service public pour quoi faire ?

L’État a décidé de compenser les missions de service public à hauteur de 500 à 520 millions d’euros* par an sous réserve que ces missions soient correctement exécutées. La direction part sur le fait que le contrat sera rempli chaque année. Pas compliqué quand les règles changent avec un J+1 sorti du champ de ses missions et le J+2 transformé en J+3… Avec des conséquences évidentes sur les horaires des personnels (nuit en centre de tri), les organisations de travail du personnel à la distribution.

Quant aux aides à la presse, les règles sont sur le point de changer également pour alléger « les charges » de l’entreprise en libéralisant à outrance la distribution de presse dans les zones urbaines.
Il est grand temps de se pencher sur les profits que font l’ensemble des banques, sur l’accessibilité bancaire et des frais bancaires trop importants. Nous devons réfléchir à un compte bancaire gratuit pour toutes et tous avec des services minimums qui pourront exister grâce à un fonds alimenté par les banques. Cela évitera aussi que LBP soit la « victime » indirecte du refus des autres banques d’ouvrir des comptes au client. Mais cela nécessitera de mettre sur le tapis une vraie banque publique au service de la population.

* Réparti pour 480 millions d’euros pour le courrier et 40 millions pour le réseau mais qui en rentre pas dans les chiffres de la Branche.

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