Les violences occultées

Dans le climat actuel, il y a une double violence qui est occultée ou à tout le moins sous-estimée. La violence sociale, d’abord, dont la pandémie a rappelé la profondeur dans la société française, et plus largement européenne. Le néo-libéralisme appliqué depuis quatre décennies a creusé les inégalités comme jamais et sa mise entre parenthèses obligée le temps d’une crise sanitaire n’est que provisoire. Voici mon premier billet accueilli par Mediapart.

Voici mon premier papier accueilli par Mediapart. Il se situe dans la continuité de mon Blog-Notes personnel (https://leblognotesdehugueslepaige.be/france-les-violences-occultees/) et il propose le regard d'un observateur (journaliste-réalisateur belge) attentif de longue date de la vie politique française. D'autres contributions seront essentiellement consacrées à la Belgique et à l'Italie.

Les « professionnels de la profession » — ceux du commentaire — sont unanimes pour condamner le climat délétère de la campagne régionale et présidentielle. La gifle infligée à Macron restera peut-être dans les annales des faits-divers élyséens. On espère pour lui que les propos complotistes de Mélenchon sur les attentats préélectoraux seront, eux, vite oubliés. Mais le fait est là, en France, le niveau du débat politique ne monte pas. Tout cela, comme la stratégie adoptée par le président de la République[1], donne des ailes au Rassemblement National sans que celui-ci ait vraiment besoin de faire campagne. Avec son discours ultra sécuritaire et répressif, le ministre de l’Intérieur fait d’ailleurs le travail à sa place, ouvrant un boulevard à Marie Le Pen. Les analyses confirment que l’extrême-droite a imposé ses thèmes dans la campagne des régionales ouvertement présentées comme une étape vers la présidentielle. Et les sondages suivent, l’extrême-droite arrive en tête du premier tour dans plusieurs régions et menace d’en emporter trois. Les responsabilités de la droite et celle d’une partie de la gauche (socialiste et communiste) qui favorisent cette hégémonie sont écrasantes et historiquement inédites.

Dans le climat actuel, il y a cependant une double violence qui est occultée ou à tout le moins sous-estimée. La violence sociale, d’abord, dont la pandémie a rappelé la profondeur dans la société française, et plus largement européenne. Le néo-libéralisme appliqué depuis quatre décennies a creusé les inégalités comme jamais et sa mise entre parenthèses obligée le temps d’une crise sanitaire n’est que provisoire. Le discours de Macron ou Lemaire sur la nécessité de la réforme des pensions n’en est qu’un des signes tandis que les velléités d’un retour à l’orthodoxie budgétaire regagnent du terrain.

L’autre violence qui n’a jamais été aussi brutale est médiatique. On n’étudiera jamais assez le rôle des chaînes d’information continue dans la propagation des thèmes de l’extrême-droite. C8, la chaîne bolloréenne, est devenue l’équivalent d’un office de propagande du RN. Mais à force de débats interminables et largement univoques, BMF-TV ou LCI ne sont pas en reste pour œuvrer dans le même sens. On dénonce partout et dans toutes les langues la violence des réseaux sociaux — qui est une réalité — mais ceux qui donnent le ton, alimentent et renforcent le discours dominant sont bien aux commandes de ces chaînes. Pour se justifier, leurs responsables disent qu’ils ne font que refléter l’opinion et la demande de la majorité (silencieuse). On peut leur rappeler ce que disait déjà… en 1932, le premier président de la BBC, Lord Reith : « Celui qui se flatte de donner au public ce que souhaite ce dernier, ne fait, le plus souvent, que créer une demande pour la médiocrité afin de la satisfaire ensuite. » Et ici, très souvent, la médiocrité proposée se double d’une violence symbolique et d’une exploitation du sentiment d’insécurité dont les effets électoraux sont prévisibles.

 

[1] Voir mon Blog Notes : https://leblognotesdehugueslepaige.be/france-le-cauchemar-ideologique/

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