IFI: UN BEL EXEMPLE DE LA PENSEE BINAIRE DU PRESIDENT

En choisissant de soumettre à l’impôt sur la fortune les seuls biens immobiliers, Emmanuel MACRON fait preuve d’un parti pris étonnant pour quelqu’un connu pour avoir une pensée complexe. Ce faisant, il fait apparaitre que sa pensée peut être purement binaire, d’un côté le bien, de l’autre le mal.

Ce mode de pensée serait excusable, s’il n’était fondé sur une erreur fondamentale, et n’était révélateur d’une volonté clairement affichée d’avantager indûment un certain type d’investisseurs, les détenteurs de portefeuilles titres et d’actifs financiers.

Il n’est nullement question ici de se prononcer sur le bien- fondé ou non de l’impôt sur la fortune, il est simplement question de relever une aberration de la pensée macronienne .

Pour illustrer mon propos, je prendrais l’exemple de deux personnes dont la similitude avec des personnes existantes n’est pas fortuite.

-M B était propriétaire de plusieurs immeubles, tant à usage d’habitation qu’industriels et commerciaux. Ses immeubles étaient loués à des individus ou des entreprises, qui sauf preuve contraire forment le tissu social et économique de notre pays. M B n’était pas trop gourmand au niveau de ses loyers, estimant qu’un locataire qui n’est pas étranglé est un locataire pérenne. Chaque fois que l’un d’eux l’appelait pour lui signaler un problème, il faisait passer une entreprise pour faire les travaux nécessaires.

M B ayant entendu parler de l’IFI, a décidé de vendre tous ses immeubles, pour placer son argent en bourse.

Dorénavant, il passe une heure le matin et une heure le soir à boursicoter, sans bouger de chez lui. Etant bon gestionnaire, il gagne de 20.000 à 30.000 euros par mois.

De son propre aveu, il est conscient de ne participer d’aucune façon à la vie économique du pays, contrairement à la période durant laquelle il était propriétaire d’immeubles, puisqu’alors il permettait à des individus ou des entreprises de se loger, il faisait travailler des entreprises de travaux chaque fois que cela était nécessaire, payait un comptable pour faire sa comptabilité…Plus rien de tout cela dorénavant. Mais maintenant, il gagne plus d’argent qu’avant, les soucis de gestion immobilière en moins.

-Second exemple, M D  dispose d’un capital. Amoureux des vieilles pierres, il envisage d’acheter un immeuble ancien pour le mettre en location après rénovation. Son choix se porte sur un immeuble nécessitant de nombreux travaux. Il s’en porte acquéreur, prend un architecte et fait effectuer les travaux par des entreprises locales. Au total, ce seront six entreprises qui effectueront les travaux, sur une période de huit mois. M D aura donc fourni du travail à ces entreprises et à l’architecte, sur une période non négligeable. Au final, son bien sera revalorisé, risquant de le soumettre à l’IFI pour peu qu’il détienne d’autres immeubles.

D’un point de vue affectif, il ne regrette rien : la rénovation qu’il a effectuée l’a été avec des entreprises qui se sont réellement investies dans le chantier, et permet de sauvegarder un patrimoine régional.

Mais d’un strict point de vue économique, il sait qu’il aurait mieux fait de placer son capital sur un support financier ou en bourse, comme M B. Il n’aurait pas eu les tracas de suivi de chantier, les surcoûts non prévus, et la prise en compte de cet immeuble pour l’IFI.

Ces deux exemples sont révélateurs de la façon dont E MACRON envisage sa politique : il n’a qu’une vision macro- économique de notre société, mais tient à tout ignorer de la réalité de terrain, de ce qui compose notre société, de ce qui la fait vivre, de ces petites entreprises qui fondent l’économie de notre pays.

Pour lui, l’argent investi dans l’immobilier n’est pas vertueux, car il ne participerait pas à la production de richesse. Par contre, pour lui, le patrimoine financier concourt par principe à l’économie nationale, car il servirait à financer les entreprises nationales. Et peu importe la façon dont il est placé, et les entreprises qui en bénéficient, qu’elles soient françaises ou étrangères, qu’elles paient ou non des impôts en France, qu’elles utilisent ou non des artifices d’optimisation fiscale.

Pour lui, investir dans des sociétés cotées, dont le seul objectif est de servir des dividendes à leurs actionnaires, à n’importe quel prix, serait plus vertueux que de détenir un immeuble qui loge une entreprise, un particulier ou un acteur économique.

Alors que le propriétaire immobilier qui veut mettre son bien en location est soumis à une réglementation toujours plus contraignante tendant à assainir et moraliser le marché de la location, rien de tel pour les placements financiers. Peu importe l’éthique de ces sociétés, la façon dont leurs employés sont traités, de leurs conditions de travail, de leur âge, du respect de leur dignité.

Et le président de justifier ce choix par le fait que les investisseurs financiers prendraient des risques pouvant entrainer la perte de leur capital. Comme si tous les placements financiers étaient risqués (mais peut être tire-t-il là une leçon de son expérience personnelle, ce qui expliquerait son faible patrimoine au regard de ses revenus passés), et tous les investissements immobiliers sécurisés. Comme si un propriétaire immobilier ne risquait pas de connaitre des pertes de loyers, des locataires insolvables, des dégradations sur son immeuble, une baisse du marché immobilier… et ce ne sont pas des hypothèses d’école.

L’autre argument utilisé par Monsieur MACRON est que l’immobilier ne créerait aucun emploi. Or le site de Pôle emploi annonce que « Malgré un contexte économique difficile, de nombreuses offres d'emploi sont à pourvoir dans le secteur du Bâtiment. » Il suffit d’ailleurs de discuter avec des entrepreneurs du bâtiment pour savoir qu’ils sont en sous- effectif. Et même au cas où le bâtiment perdait des emplois, donner un signe négatif aux investisseurs immobiliers serait accélérer le recul dans ce domaine.

Limiter l’impôt sur la fortune à la seule fortune immobilière est donc un très mauvais signe à l’adresse de ceux qui ont encore la volonté d’investir dans l’immobilier, alors que le parc de logements est en fort déficit quantitatif.

Peut- être l’explication repose-t-elle dans la directive européenne entrée en vigueur le 1er janvier 2016, qui donne la possibilité aux banques en faillite de prélever sur les comptes de leurs clients les sommes déposées au-delà de 100.000 euros, ce seuil tenant compte de l’ensemble des comptes détenus par un même client auprès du même établissement bancaire. Ainsi, les dépôts sur un compte courant, livret bancaire, compte à terme, PEL, CEL, livret Jeune ou compte-espèces d'un PEA sont couverts jusqu'à 100.000 euros, par client et par banque. Au-delà, les sommes peuvent être prélevées par la banque pour renflouer ses comptes. Quant aux contrats d’assurance vie, le seuil au-delà duquel les établissements peuvent prélever est de 70.000 euros.

Ainsi, plus on taxe l’immobilier, plus on conduit les français à détenir des actifs financiers, plus on assure le sauvetage des banques, au détriment des épargnants.

Cela est révélateur de ce qui conduit l’action de notre président : la finance, rien que la finance. Et il a beau s’en défendre, les options qu’il a prises, et qu’il ne cesse de justifier comme il le peut, le confirment. Certains n’y voient qu’un renvoi d’ascenseur, d’autres un culte immodéré pour le pouvoir de la finance. Comme si l’un excluait l’autre, alors que finalement il semble bien qu’il soit le point de  rencontre des deux.

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