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Billet de blog 6 déc. 2018

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LETTRE OUVERTE AU PRESIDENT MACRON.ACTE II

Monsieur le Président de la République, C’est la deuxième fois que je me permets de vous adresser une lettre ouverte. La première fois, vous n’étiez que candidat à la Présidence de la République, et je terminais mes propos par ces mots : « Nous verrons simplement, si vous êtes élu, le résultat de votre action.

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Et je prends le pari que, comme vous avez cassé ma profession, vous casserez bien d'autres choses,. »

Nous y voilà. Après dix- huit mois de présidence, vous avez mis la France à feu et à sang. 

Malgré vos promesses, très rapidement, votre façon de faire de la politique rappelait celle d’avant, avec beaucoup de petits arrangements entre amis. Les affaires se suivent, et se ressemblent…

Le seul changement réel consiste en ce que, après avoir donné l’impression d’être à l’écoute de vos concitoyens, par votre regard vissé dans celui de vos interlocuteurs, vous tranchez unilatéralement, sans tenir compte de leur avis. Le fameux principe de verticalité.

Voyez en le résultat. Après les gilets jaunes, les routiers et les étudiants ont décidé de se faire entendre. Sans oublier les ambulanciers, les infirmières et les avocats, qui ont organisé des manifestations ponctuelles.

Pour éviter tout cela, il aurait suffi que vous décidiez, il y a trois semaines, d’annoncer les mesures qui ont été prises cette semaine. Et tout serait rentré dans l’ordre. Plutôt que cela, certain d’avoir raison, vous vous êtes enfermé dans votre tour d’ivoire et n’avez pas voulu prendre en compte la colère populaire qui montait. Ce n’étaient pour vous que des gaulois réfractaires, des gens qui ne sont rien, en bref des gens incapables de comprendre que vous agissez pour leur bien comme on a pu le lire sur les réseaux sociaux sous la plume de certains de vos soutiens.

A la limite, cette façon de procéder pourrait être légitime si votre politique était cohérente. Mais elle ne l’est pas, et vous le savez. Comment peut-on prétendre, sans prendre les français pour des simples d’esprit, que la hausse des taxes sur les carburants est faite pour protéger leur santé, alors qu’en même temps on exonère le carburant des avions et navires, bien plus polluant ?

Je sais, ce qui vous ennuie le plus est que les concessions que vous devrez faire ne satisferont pas la Commission Européenne. Vous qui vous rêviez en premier président d’une Europe forte, vous serez finalement probablement celui qui l’aura menée à sa perte. Et l’on sent la fébrilité qui s’est emparée de la Commission Européenne, qui prend le temps de communiquer sur les réseaux sociaux sur le fait qu’elle n’imposerait aucune contrainte aux états membres. Mais pourquoi alors invoquer continuellement la règle des 3% ? Pourquoi les recommandations de la Commission Européenne aux états membres préfigurent elles les politiques nationales ? 

L’Europe que vous servez est celle qui contraint les états membres, mais sans aucune coordination. Si le diesel est mauvais pour la santé des français et doit à ce titre être taxé, le diesel luxembourgeois serait- il moins dangereux, car moins taxé qu'en France ? Bruno LE MAIRE envisage de taxer les profits réalisés par les GAFA, mais n’est pas certain que cela soit envisageable à l’échelon européen. Vous avez dit Union Européenne ?

C’est vrai, suis-je distrait, j’oubliais que la Commission Européenne est présidée par Jean Claude JUNCKER, grand organisateur de « l’optimisation fiscale » au détriment des autres pays européens, alors qu’il était Premier Ministre du Luxembourg. Bel exemple de solidarité.

Vous gérez la France comme un technocrate, sans aucune prise en compte de l’humain.

En tardant à prendre des décisions, vous avez voulu jouer. Et vous avez perdu.

Quand je vois l’état dans lequel vous avez mis la France, j’ai mal pour elle.

Votre seul argument est de dire que vous avez été élu pour appliquer votre programme. On ne vous l’a peut- être pas dit, Monsieur le Président, mais vous avez été élu pour faire barrage à Marine le Pen. Et rien d’autre. Pour reprendre une référence cinématographique, vous avez été élu sur un  malentendu.

Je sais, en prendre conscience demande un peu d’humilité, et on ne peut pas dire que ce soit votre principal trait de caractère. Mais reconnaitre ses erreurs, parait-il, fait grandir. Il est temps pour vous de grandir.

La vague de députés élus sous votre bannière l’a été sur la promesse d’un renouveau politique, d’une nouvelle façon de gouverner. Ces députés qui ont dû signer un engagement de ne pas voter contre les textes présentés par le gouvernement. Une sorte de mandat impératif, nul de plein droit. Mais vous avez voulu éviter les frondeurs, et les trahisons. Il est vrai, qu’en la matière, vous avez une certaine expérience à en croire certains.

On ressent maintenant  la gêne de certains des députés marcheurs, qui commencent à traîner des pieds. Quand je les vois devoir (mal) défendre un projet auquel ils n’adhèrent plus, j’ai mal pour eux. Mais s’ils acceptent de ne pas être en concordance avec leurs convictions, ils n’ont à s’en prendre qu’à eux-mêmes. Ils prétendent représenter leurs électeurs, mais ne représentent que la ligne officielle du parti que vous avez créé. Avec quels soutiens? Désolé, je m'égare...

Vous avez provoqué les français, avec votre fameux « Ils cherchent un responsable, qu’ils viennent me chercher », prononcé avec force et conviction dans le confort d’un auditoire acquis à votre cause. Monsieur le Président, il faut que vous le sachiez, certains d’entre eux vous ont pris au mot, et prévoient de s’inviter à l’Elysée ce samedi.

Du jamais vu !

Imaginez- vous ce que cela représente pour les français moyens, dont je fais partie, cette idée que des compatriotes soient tellement en colère qu’ils envisagent d’investir le palais de l’Elysée, symbole de votre autorité ?

Et bien cela nous conduit à penser que vous n’avez plus aucune autorité. Un problème de légitimité, si vous voyez ce que je veux dire.

La seule façon d’éviter cela, et de mettre fin à la gronde populaire, serait de dissoudre l’Assemblée Nationale, qui n’est plus représentative de la Nation dans sa composition actuelle.

Cela demanderait un peu de courage mais serait la preuve d’une certaine maturité politique. Et ne manquerait pas de panache.

En faisant cela, vous pourriez vérifier si votre élection est réellement due à votre programme, comme vous le prétendez.

Je peux comprendre que vous ne souhaitiez pas y procéder, vous retranchant derrière le fait que, s’il fallait dissoudre l’Assemblée nationale chaque fois que les français manifestent, ce pays serait ingouvernable. Oui, mais ce serait ne pas prendre la mesure de la gronde populaire. La colère n’est pas limitée à un groupe ou un secteur d’activité, elle est générale. Elle n’a pas été organisée par un syndicat ou un parti politique, elle est née de façon spontanée. Elle n'est pas limitée à une ville ou une région, elle est nationale. Elle ne faiblit pas, au contraire elle se renforce de jour en jour.

Et cette décision de dissolution, vous devrez la prendre un jour ou l’autre, puisque les dernières semaines nous ont montré que plus vous attendez, plus la colère se renforce, et moins les concessions que vous faites ont de l'effet. Les français ont besoin d’un geste fort, marquant une rupture  totale avec la politique que vous avez menée jusqu’à présent, signe que vous avez compris le message, si tant est que cela soit possible.

Vous seul avez la clé de sortie du conflit, et serez donc seul responsable de la tournure des événements de ce samedi. Vous savez comme moi que ces manifestations vont dégénérer, car des casseurs vont se mêler aux manifestants pacifiques.

Dissoudre l’assemblée nationale, c’est mettre fin aux manifestations, car c’est redonner la voix au peuple, qui pourra s’exprimer dans les urnes, plutôt que dans la rue.

Je sais que c’est un mauvais moment à passer, mais vous verrez, après cela vous vous sentirez mieux, et surtout vous montrerez que, finalement, vous avez la stature de chef d’état.

Chiche ?

A moins que vous ne préfériez faire vôtres les propos du Général de GAULLE, prononcés alors qu’il n’avait que 47% de soutien populaire « Si je suis désavoué par une majorité d’entre vous, ma tâche actuelle de chef de l’Etat deviendra évidemment impossible, et je cesserai aussitôt d’exercer mes fonctions ». Ça aurait de la gueule, non ? 

Je sais, je ne suis personne pour me permettre de vous écrire cette lettre, personne comme ces millions de français qui désapprouvent votre politique et qui, pris individuellement, ne représentent rien. Mais qui, une fois agglomérés, forment un  peuple.

Songez- y.

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