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Billet de blog 21 janv. 2016

L'AVIS D'UN ENTREPRENEUR, PLUS SUR QUE CELUI D'UN MINISTRE

La dernière déclaration d'Emmanuel Macron, selon laquelle la vie d'un entrepreneur serait plus dure que celle d'un salarié, divise les français et atteint par là son objectif. Alors que la réalité du terrain devrait les réunir.

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Une nouvelle fois, notre jeune ministre de l'Economie fait le buzz, en affirmant que " la vie d'un entrepreneur, elle est bien souvent plus dure que celle d'un salarié ".En disant cela, Emmanunel Macron s'inscrit dans sa ligne politique, qui est de se démarquer des partis traditionnels en ayant son coeur à gauche, mais son cerveau à droite, signe distinctif d'une nouvelle classe politique déconcertante car inclassable selon les critères traditionnels.Maitre dans l'art de la (douce) provocation, il pense ainsi capter une partie de l'électorat de droite. Mais cela se fait au prix d'un reniement partiel du peuple de gauche, risquant de créer un nouveau clivage entre d'une part les entrepreneurs et d'autre part leurs salariés.Les propos d'Emanuel Macron sont-ils justes?Indéniablement oui, si la vie se résumait à la vie professionnelle, puisque le chef d'entreprise prend plus de risques financiers que ses salariés, étant bien souvent responsable sur son patrimoine personnel, passe plus d'heures au travail, connaît les stress lié à la marche de l'entreprise, bénéficie d'une moins bonne couverture sociale et ne perçoit pas d'allocation chômage en cas de cessation d'activité. La vie d'entrepreneur est donc éprouvante, surtout en cette période de crise.Mais ce serait oublier que la vie est une succession de moments passés dans l'entreprise, en famille, en loisirs, faits de joies et de peines...Et s'il est certain que le chef d'entreprise a d'une certaine façon une vie professionnelle plus dure que celle de ses salariés, qui dans la majorité des cas connaissent également le stress lié à leur emploi et n'hésitent pas à faire des heures supplémentaires, il en perçoit des contreparties qui lui permettent de la compenser par une vie en dehors de l'entreprise plus agréable, outre le fait que sa vie professionnelle soit bien souvent plus exaltante. Revenus plus élevés, espérance de vie plus importante et risque de surendettement plus faible sont la contrepartie des désagréments d'une vie professionnelle plus intense.Par ailleurs, les conditions d'exercice de certaines professions, notamment dans le bâtiment, sont particuliérement éprouvantes pour les salariés ( cf ce twitt " construis une maison que tu ne pourras jamais te payer par -5° et on en reparlera").Les propos de notre ministre de l'Economie sont condamnables car ils ne reflétent qu'une partie de la réalité mais ont été prononcés en toute connaissance de cause, comme s'il s'agissait pour lui d'opposer deux blocs, en comparant ce qui somme toute n'est pas comparable sauf à tenir compte des avantages et inconvéneints de chaque situation dans leur entiéreté, ce qu'il omet de faire.C'est résumer la vie des uns et des autres à leur vie professionnelle, et dans la vie professionnelle n'y voir que l'aspect managerial.C'est la là preuve d'une vision faussée du monde de l'entreprise, car c'est oublier que le chef d'entreprise n'est rien sans ses salariés, et que les salariés ne sont rien sans le chef d'entreprise.L'intérêt des uns comme des autres est que l'entreprise progresse et perdure dans le temps, et c'est vers cet objectif commun que tendent les efforts des uns et des autres.Monsieur Macron a trop longtemps été plongé dans le monde de la finance, dans lequel le seul intérêt de l'entreprise est de servir des dividendes à ses actionnaires au meilleur coût, pour avoir une vision objective de ce qu'est l'entreprise. Ce monde de la finance dans lequel le chef d'entreprise est considéré comme un pilote sur un siège éjectable (avec parfois il est vrai un parachute doré), et les salariés comme une variable d'ajustement.Cette conception de l'entreprise appliquée au système démocratique reviendrait à penser que les gouvernants sont totalement détachés de la population qu'ils gouvernent, et inversement, et que les intérêts des uns sont en contradiction avec ceux des autres. Peut être est-ce précisément parce que c'est le cas actuellement qu'il puisse imaginer que ce système de gouvernance soit reproductible dans le monde entrepreneurial.Il serait donc temps qu'il prenne enfin conscience de la réalité du terrain, ce qui lui permettrait d'éviter de prononcer des contre vérités dans le seul but de faire parler de lui, et ce d'autant plus lorsqu'il déplore le manque de visibilité auquel sont confrontés les entrepreneurs, alors qu'il est lui-même bien souvent à l'origine de ce manque de visibilité. On appelle cela de la schizophrénie.

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