GILETS JAUNES: LA FORCE D'UNE GENERATION SPONTANEE, L'ESPOIR D'UNE SOCIETE NOUVELLE.

En voulant aller toujours plus loin dans l'application de sa politique sans tenir compte de la colère populaire, E. MACRON a laissé se creuser le fossé entre lui et les français. Il en est devenu inconsistant pour beaucoup, qui ne l'écoutent plus quelle que soit la teneur de ses propos. Cette rupture consommée est révélatrice du malaise ressenti par la majorité des français .

Les annonces faites tant par le Président de la République que le Premier Ministre n’ont rien changé à la détermination des Gilets jaunes, dont deux d’entre eux ont par ailleurs été reçus par le ministre de l’Ecologie. A leur sortie, ils ont demandé à leurs compagnons de révolte de maintenir leur mouvement de protestation, mettant ainsi le gouvernement dans une impasse.

Emmanuel macron et ses lieutenants sont les principaux responsables de cette situation de blocage. En répétant à l’envi, imité en cela par ses soutiens, qu’il a été élu pour appliquer son programme le Président de la République fait mentir la réalité politique, son élection étant due au seul fait qu’il se soit trouvé face à Marine le Pen au deuxième tour des élections présidentielles de 2017. S’il est légitime à son poste de Président de la République, il n’est par contre pas légitime à vouloir appliquer son programme à tout prix.

En appliquant une politique qui ne favorise qu’une part infime de la population française (et au-delà), tout en faisant porter l’effort sur les classes les moins favorisées, il creuse le fossé social et attise les rancoeurs.

En justifiant sa politique par un argument écologique, alors que dans les faits seule la fiscalité nourrit sa politique, il se décrédibilise.

Le fait qu’il se soit coupé du peuple, aidé en cela par une cour bienveillante, et qu’il ait persévéré dans cette attitude condescendante le rend maintenant complétement inaudible. Sa pensée, tellement complexe qu’elle en devient creuse, dessert un discours qu’il ne parvient pas à rendre intelligible par la majorité des français La vertu principale d’un bon pédagogue est de savoir rendre compréhensibles des choses qui, au premier abord, ne le sont pas. Or, lorsque le Chef de l’Etat s’adresse aux français, on croit assister à un oral d’agrégation, section philosophie.

Il aurait voulu mettre fin à la cinquième république, tout en suicidant politiquement, qu’il n’aurait pas fait mieux. Les doléances des gilets jaunes en sont la preuve : suppression des privilèges, suppression du Sénat, création d’une assemblée citoyenne…L’histoire bégaie.

On se croirait revenu quelques siècles en arrière, les réseaux sociaux en plus. Et ce sont eux qui nourrissent en partie la colère des gilets jaunes. Quand on apprend par exemple que le kérosène des avions et le fioul des navires et super tankers n’est pas taxé, on a du mal à saisir la logique du gouvernement qui prétend que la seule raison de taxer le diésel est de protéger notre santé.

Ou encore que le rapport du gouvernement à la Commission Européenne portant projet de plan budgétaire pour 2019 explique clairement que la fiscalité sur le tabac et la fiscalité écologique compenseront la baisse des prélèvements obligatoires.

Que le gouvernement ait besoin de percevoir des taxes supplémentaires pour boucler son budget, cela peut s’entendre. Qu’il mente aux français en habillant ces taxes d’une parure écologique à géométrie variable le rend inconséquent. Et ceci d’autant plus qu’Emmanuel MACRON a fait campagne sur le thème d’une politique nouvelle, transparente, en rupture complète avec les petits arrangements entre amis, promettant d’assainir le monde politique en commençant par son mouvement En Marche.

Il n’aura suffi que de quelques mois pour que cette image trop lisse laisse place à la triste réalité d’une équipe à la mesure de ce qu’est le genre humain, avec ses qualités, mais également ses travers. Celui qui voulait «  laver plus blanc que blanc » se retrouve au final avec des tâches indélébiles qu’il essaie de cacher, tant bien que mal, au grè de déclarations provocatrices. Tant que l’on parle des gens qui ne sont rien, on ne parle pas des affaires Ferrant, Pénicaud, Nyssen, Benalla…

Sa politique basée sur le principe du ruissellement entraine un phénomène de capillarité qui fait remonter les richesses vers le haut, et creuse l’écart entre les français les plus riches et les français les plus pauvres, les premiers ayant vu leur patrimoine ayant augmenter de 15 à 50% entre  2017 et 2018.

Situant la nouvelle frontière politique non plus entre gauche et droite, mais entre forces de progrès et conservateurs, il a ignoré que la véritable frontière se situe entre d’une part ceux qui promeuvent une société basée sur la finance, et d’autre part ceux qui souhaitent que l’homme soit remis au centre de l'organisation sociétale. 

Si par progrès il faut entendre progrès économique ou technologique, alors  les progressistes mode Macron  ne sont finalement que des conservateurs dont le seul souci est de faire perdurer un système qui a montré - et atteint-  ses limites. Emmanuel MACRON place la notion de progrès au niveau de l’organisation d’un système économique, le peuple la place au niveau du choix de modèle d’organisation sociale.

Et c’est bien ce qui risque de perdre Emmanuel MACRON : incapable d’inventer autre chose que ce qu’il considère comme étant des améliorations du système existant, il se trompe de logiciel. Les français veulent changer de modèle sociétal, lui veut améliorer le système actuel, ce qui conduit inexorablement à en amplifier les perversions.

Il pense que le seul fait de planter son regard dans les yeux de ses interlocuteurs suffit à laisser penser qu’il est à leur écoute, que les selfies le rendent plus accessible, que son appétence pour la philosophie lui permet de cacher son incapacité à comprendre les français derrière un discours creux à force d’être confus.

Les français veulent une société plus égalitaire. Mais sont- ils prêts à faire les efforts pour y parvenir ? Car à en écouter certains, ils n’ont pas conscience que l’argent public, celui qui leur permet d’avoir des infrastructures routières, des aides, des équipements collectifs, des services publics, doit bien provenir de quelque part. Et ce quelque part, c’est leur portefeuille.

Le français demande toujours plus de service public, mais rechigne à payer des impôts. C’est son côté gaulois réfractaire. Mais si l’on creuse un peu, on s’aperçoit que ce à quoi est réfractaire ce gaulois, c’est l’injustice fiscale qui prévaut actuellement.

La simple consultation des revendications des gilets jaunes suffit à se convaincre de leur caractère inconciliable : augmentation des retraites, réévaluation des APL, réduction de certaines taxes…Et du fait qu’elles dépassent le cadre purement économique : suppression du Sénat, élargissement du référendum, promulgation des lois par les citoyens…

Et le tout sans que l’on sache très bien comment seront financées les augmentations de retraite et d’APL, ni selon quel processus seront mis en place les nouveaux outils d’expression de la démocratie, ne serait-ce qu’en ce qui concerne la promulgation des lois par les citoyens.

Et c’est précisément cette confusion des revendications qui révèle à quel point la colère est grande chez les gilets jaunes : pas de discours formaté, une expression libre et directe, des idées à priori iconoclastes – mais justement, parce qu’elles le sont, elles méritent qu’on s’y attarde et qu’on les prenne en considération.

Edouard PHILIPPE a annoncé quelques mesurettes pour calmer la colère populaire. Ne nous y trompons pas, ce qui pourrait apparaitre comme étant une reculade du gouvernement n’est en fait qu’une façon de temporiser, en espérant que la colère disparaisse par l’effet du temps, de l’épuisement des forces…et des fêtes de Noël et du Nouvel AN.

Avec, en ligne de mire, les élections européennes. Le Président de la République, fervent défenseur de l’Europe telle qu’elle fonctionne actuellement, c’est-à-dire en contraignant les peuples tout en ignorant leurs volontés, ne veut pas d’un désaveu de l’institution qu’il chérit. On sent à la fébrilité qui s’est emparé de l’exécutif que tout doit être fait pour sauver le soldat Europe.

Cette Europe qui impose à ses états de ne pas dépasser la barre fatidique des 3% de déficit, norme dont la genèse explique à elle seule son inadéquation avec la construction d’une communauté d’états, et sans qu’il ne soit fait de distinction quant à l’origine de ces déficits : régime social particulier, effort de présence militaire dans des pays étrangers afin d’assurer la stabilité internationale, investissements à long terme ou dépenses de fonctionnement de l’Etat…Mais voilà, au nom de cette sacro- sainte règle, la commission Européenne émet tous les ans des recommandations aux états membres, qui préfigurent à elles seules ce que seront les politiques nationales.

Le mouvement des gilets jaunes a reçu tous les qualificatifs, des plus flatteurs aux plus infamants. Il a donné lieu à de formidables scènes de partage, comme à des scènes de violence insupportables. Il a aidé certains, pénalisé d’autres, notamment les commerçants, producteurs et artisans. Analyser ce mouvement sous ces seuls prismes, selon que l’on est pour ou contre, serait nier qu’il est d’abord et avant tout l’expression du ras le bol d’une grande partie de la population française qui ne supporte plus qu’on lui mente, qui se sent dessaisie de son pouvoir décisionnel au profit d’institutions déconnectées de sa réalité, qui n’adhère plus au modèle sociétal qu’on lui impose.

La force de ce mouvement est d’agréger une large part des français, puisque 75% d’entre eux y adhèrent ou lui expriment leur sympathie.

Ce mouvement doit se structurer, en ne mettant de côté aucune composante de la société française, car alors il ne serait plus légitime. Il doit tenir compte des aspirations de l’ensemble des français, et les concilier, ce qui ne sera pas chose aisée, mais ne sera pas impossible. Lorsque l’on conteste les décisions d’un système en place, il faut pouvoir proposer une autre voie, respectueuse du plus grand nombre. C’est le principe même de toute démocratie. Il n’est pas certain que les représentants des Gilets jaunes aient conscience de l’ampleur de la tâche qui les attend, mais le fait qu’ils soient issus d’une sorte de génération spontanée est un gage de réussite, car ils ne portent en eux le germe d’aucune contamination partisane autre que celle de l’expression populaire.

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