C'est en France Traitement inhumain dégradant, atteinte au principe de dignité humain

Les seules frontières à ne pas franchir: l'inacceptable inhumain. Deux lettres lues par Jeanne Moreau en 2008 résonnent toujours cruellement. Un hommage à Jeanne Moreau et à tous ceux qui ne se résignent pas à accepter l'inacceptable d'ici ou d'ailleurs car ils sont de partout. En plein été 2017, il fait toujours très froid en France et je ne salue toujours pas le ministre de l'intérieur.

L A SEULE BARRIÈRE A NE PAS FRANCHIR, FRANCHIE SANS ÉTAT D’ÂME

PAR LE MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR ET LA MAIRIE DE CALAIS

Communiqué de presse
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Le Conseil d’État rejette les appels du ministère de l’Intérieur et de la mairie de Calaiscontre la décision du Tribunal Administratif du 26 juin 2017

Le Conseil d’État a reconnu ce 31 juillet 2017 que le sort réservé aux exilé-e-s dans le Calaisis, demeure constitutif d’un traitement inhumain et dégradant et d’une atteinte au principe de dignité humaine.
Il a confirmé ce que nous, militant-e-s et membres d’associations, n’avons eu de cesse de répéter, avec le Défenseur des droits, depuis maintenant plus de six mois, à partir des constatations dramatiques faites sur le terrain.
Le Conseil d’Etat a rejeté les appels qui avaient été présentés par le ministre de l’Intérieur et la commune de Calais contre l’ordonnance du tribunal administratif du 26 juin dernier qui avait enjoint au préfet et à la commune de mettre en œuvre différentes mesures de secours et d’orientation pour les exilé-e-s majeur-e-s et mineur-e-s, notamment :
- l’institution de maraudes permettant l’information, l’orientation et la protection des mineur-e-s ;
- la création de points d’eau, de services de douches et de latrines ;
- l’organisation de départs en centres d’accueil et d’orientation (CAO) au sein desquels les exilé-e-s qui le désirent pourraient préparer une demande d’asile.
Ces mesures s’imposaient au regard de l’urgence sanitaire qui existe à Calais, le tribunal administratif de Lille accordait un délai de dix jours à l’État et à la mairie de Calais pour leur mise en place en partenariat avec les associations requérantes.
La mairie de Calais et le ministère de l’Intérieur ont cru devoir faire appel de cette décision et - dans l’attente de ce recours - ont refusé de se soumettre aux injonctions prévues par le tribunal administratif alors même que cet appel n’était pas suspensif.

État de droit ? Exemplarité des autorités publiques compétentes en la matière ?

Trente-cinq jours viennent de s’écouler au mépris de la décision du tribunal administratif dont les effets s’imposaient nonobstant l’appel. Trente-cinq jours de grande précarité infligée, de traitements indignes de la part de nos autorités.
Ces mesures sont aujourd’hui confirmées par l’ordonnance du Conseil d’Etat. Cette défaite des autorités publiques, ancrées dans leur déni de réalité, est un point de départ. Ce n’est certainement pas l’aboutissement du combat quotidien de nos associations. Tandis que nous sommes forcées de nous battre pour des choses aussi évidentes que de l'eau et des douches, nos forces sont détournées de la construction sur le long terme d'une politique d'accueil digne. Car c'est là que se situe le véritable enjeu.

Communiqué de presse / 31 juillet 2017
A cet égard, l’ouverture d’un centre permettant la mise à l’abri des exilé-e-s n’a pas été ordonnée. Le juge du référé-liberté, qui est un juge dont les attributions sont limitées, a retenu qu’il s’agissait d’une mesure de trop grande ampleur qu’il n’avait pas la compétence d’ordonner.
Nous, associations, restons convaincues que seules des solutions d’hébergements au bénéfice des personnes qui parviennent exténuées dans le Calaisis, pourraient permettre d’éviter que les exilé-e-s sans abri soient exposés à des conditions de vie indignes. Nous n’hésiterons donc pas, si l’administration persiste dans sa logique inhumaine, à engager toute démarche administrative et contentieuse pour obtenir la mise en place de solutions d’accueil sur le Calaisis et dans plusieurs autres villes de notre littoral ou le long des autoroutes qui y mènent.
Nous continuerons à exiger, au besoin devant la juridiction judiciaire, la fin des violences policières que nous dénonçons depuis plusieurs semaines et que le rapport Human Rights Watch a pu confirmer. Des plaintes ont été déposées. L’inspection générale de la police nationale a été saisie. Des témoignages, des photos et des enregistrements vidéo ont été communiqués. Nous demandons donc que des suites soient enfin données à ces procédures.
Enfin, nous soulignons que la situation déplorable de dénuement existant à Calais est la même que celle connue sur plusieurs secteurs du littoral Nord, comme à Grande Synthe, à Norrent-Fontes, à Steenvoorde, à Tatinghem...
Nous exhortons les autorités publiques à prendre acte de la décision du Conseil d’État et à mettre en œuvre de toute urgence sur ces territoires les mesures de secours et d’assistance permettant aux exilé-e-s d’obtenir le traitement digne auquel ils ont droit.

Associations signataires
L’Auberge des migrants
La Cabane juridique / Legal Shelter
Care4Calais
La Cimade
Help Refugees
Ligue des droits de l’Homme
Le Réveil voyageur
Salam Nord Pas-de-Calais
Secours catholique Caritas France
Utopia 56
Contacts presse
Service communication de la Ligue des droits de l’Homme
138 rue Marcadet – 75018 Paris
Tél. 01 56 55 51 15 / 01 56 55 51 08
Communiqué de presse / 31 juillet 2017

Jeanne Moreau lit deux lettres écrites par deux femmes : Brigitte WIESER et Paula Albouz…

https://www.cerclederesistance.fr/historique-du-site/lettres-lues-par-jeanne-moreau/

 

Jeanne Moreau

Jeanne Moreau lit Brigitte Weiser

Jeanne Moreau lit Paula Abdouz

Monsieur le ministre,

De tout temps, l’une des caractéristiques fondamentales des êtres humains est qu’ils se déplacent. Aujourd’hui 175 millions d’hommes et de femmes résident en dehors de leur pays d’origine.

Nous vivons dans un pays où des gens ont tellement peur des policiers qu’ils sautent par la fenêtre pour leur échapper alors qu’ils n’ont rien à se reprocher. C’est arrivé six fois en trois mois et cela arrive encore. Ils étaient venus ici pour fuir la guerre, la répression ou la misère.
Leur seul tort c’est d’avoir eu le courage de tout quitter pour avoir une vie meilleure et au lieu de les aider, de les protéger, notre pays les pourchasse et les expulse.

J’ai honte et nous sommes certainement nombreux à avoir honte de cette violence quotidienne faite en notre nom aux étrangers.
Cette violence déshonore ceux qui la mettent en œuvre mais aussi ceux qui laissent faire et ceux qui se taisent.

Chacun devrait hurler en France et partout dans le monde pour que jamais nous nous habituions à l’inacceptable.

Chacun devrait hurler pour que notre société ne tourne pas définitivement le dos à la solidarité et à la fraternité.

Brigitte Wieser

(extrait)

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Monsieur le ministre Hortefeux,

Il fait froid c’est l’hiver.
J’ai honte de ce froid, de cet hiver que vous vous acharnez à prolonger jusqu’à la vilenie.
Cela fait plus d’un an que jour après jour, ce froid et cet hiver envahissent les villes et les campagnes de notre pays, autrefois pays d’espoir et de vie.

C’est en ma qualité de citoyenne française, plus que jamais attachée à la liberté, à l’égalité et à la fraternité que j’ai le devoir de vous rappeler que vous n’avez pas, Monsieur le ministre, le droit de vie ou de mort sur des hommes et des femmes ou des enfants qui travaillent, vivent, étudient ici en France, pays aujourd’hui déshonoré.

Ma honte et votre déshonneur, dont vous êtes l’un des grands responsables, deviennent plus profonds quand je me souviens de ce moment fraternel sur un quai de Marseille après la guerre en Algérie. Nous faisions file pour embarquer sur Al Jezair. Je me rendais dans ce pays. Devant moi un travailleur algérien revenait passer ses vacances au pays, il s’est retourné vers moi, a ouvert ses bras et m’a dit : « soyez la bienvenue en Algérie ! »

Monsieur le ministre, la honte est une affaire de cœur, le déshonneur une affaire civile. Je pense à ce monsieur algérien et j’ai honte, j’ai honte aussi pour vous qui refusez à son fils ou sa fille d’être mon voisin ou ma voisine.

Vous déshonorez à coup de furtives lois minables le sens de la République et de ma civilité
Je ne vous salue pas
Il fait très froid cet hiver

Paula Albouz

(extrait)

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