POURRIR EN PRISON : PAS EN MON NOM

«L’affaire Battisti » méthode de propagande interne. En Italie, années 70/80, la répression d'état a été féroce et se poursuit avec acharnement aujourd'hui. Une pétition mise en ligne : https://www.change.org/p/claire-auzias-not-in-my-name

Pilori Pilori

Ce que la presse appelle « les nouvelles tensions entre la France et l’Italie » à propos de « l’affaire Battisti » est un archétype de ce que des États peuvent élaborer en matière de propagande interne. Capables de bafouer leurs propres lois, le respect de la parole donnée il écrivent l'histoire des vainqueurs, celle des États. Effaçant toute possibilité de donner sens aux faits dans leur contexte.

L'enlèvement de Cesare Battisti en Bolivie et sa remise aux autorités en Italie en est un exemple terrifiant. Dans les années 70/80 en Italie, une puissante lame de fond de révolte populaire multiforme contre un régime politique compromis dans les pires alliances politiques et maffieuses, mouvement de masse qui a duré plus de 10 ans, déferle sur l'ensemble du pays. Ce contexte, toujours trafiqué dans les médias italiens, passé aux couleurs de la chasse aux sorcières, rendant invisibles toutes celles et tous ceux qui se soulevèrent pour en finir avec ce régime est  devenu illisible pour nombre de ceux pour qui aujourd'hui, le simple mot « terroriste » est devenu un interdit de penser.

Aujourd’hui ce sont 14 réfugié-e-s en France dont le ministre de l’Intérieur Salvini envisagerait de réclamer l’extradition. Il s’agit en fait, monté comme un spectacle de Cirque Romain, de mettre en pièces des femmes et des hommes qui depuis des dizaines d’années, autorisées au plus haut niveau de l’État à vivre chez nous, se sont reconstruites dans des relations sociales et familiales. Ces personnes qu’on enverrait « pourrir en prison », comme l’a dit Salvini en direct à la télévision, à propos de Cesare Battisti, ne sont pas « des terroristes » mais des êtres humains forgés par leur vie de réfugiés.

Il y a urgence, ce mercredi 13 février une rencontre entre les ministres de la justice italien et français se réunit pour envisager comment conclure leur sordide commerce de vies humaines.

Nous invitons toutes celles et ceux qui  seront d’accord pour signer, faire circuler le texte qui suit et inviter chaque signataire à faire de même…

Pour accéder à la pétition :

https://www.change.org/p/claire-auzias-not-in-my-name

Pour info :Sur la mise en scène de l’arrivée de Cesare Battisti à l’aéroport, transmise en direct sur toutes les chaines télé, réalisée pour le ministère de l’intérieur italien et diffusée à la télévision et sur tous les réseaux sociaux, Alain Brossat a réalisé un travail « Ceci n’est  pas un documentaire », consultable ici  :

https://lundi.am/Arrestation-de-Cesare-Battisti

TEXTE DE LA PETITION NOT IN MY NAME

NOT IN MY NAME
Ce mois de janvier 2019, nous a ramenés brutalement à une réalité sèche : le véritable enlèvement extra-legem, hors la loi, aux bons soins des «Services» des États italien, brésilien et bolivien, du '' fugitif d'Italie'' Cesare Battisti, son arrivée à Rome, où il à été exhibé comme un
trophée de chasse sous les feux de la rampe, en présence de deux ministres du gouvernement italien (l'homme fort, vice président du Conseil et ministre des Affaires Intérieures M. Salvini, et le ministre de Grâce et Justice Bonafede, respectivement costumés en policier et en maton, vociférant de façon inédite et inouïe contre le ''monstre communiste'' et décrétant pour lui le destin de devoir pourrir dans sa geôle jusqu'à la fin de ses jours). Puis vint son incarcération dans une prison de haute sécurité en Sardaigne, avec pour commencer, 6 mois d'isolement, et soumis au «traitement» qui figure à l’avant-dernier des 23 régimes pénitentiaires différents, dont celui immédiatement inférieur a fait l'objet de maints recours pour « traitement dégradant et inhumain, constituant une forme de torture blanche », dans certains cas suivis par des condamnations prononcées par la «Cour Européenne des Droits de l'Homme» (CEDU en Italie, CEDH en France) de Strasbourg.*
Dans la foulée de ce succès salué en tant que tel par le gouvernement italien, et objet de quelques faibles autant qu'impuissantes critiques des oppositions sur le must hyper-spectaculaire, contre lequel le Garde des Sceaux serait censé juridiquement veiller, plutôt que d'en faire un selfie diffusé sur Twitter et d'autres réseaux sociaux, il est désormais question de réclamer l’extradition de jure ou de facto de tout pays étranger des hommes et femmes en provenance d'Italie, y ayant trouvé refuge depuis des décennies.
En ce qui concerne la France : dans des communiqués des Chancelleries, tant française qu’italienne, il est fait finalement état de 14 personnes qui seraient concernées et donc potentiellement en danger. Au seul titre de citoyen.ne.s, cet appel entend faire connaître la vive opposition à toute velléité de concertation avec le gouvernement et l’État italien au détriment des personnes concernées, et exiger que l’«asile de fait» que la France leur a jadis octroyé, soit respecté.
La prescription comme oubli nécessaire à la vie existant bien, ayant été conçue, est donc concevable – dans l'acception du sens commun de ce terme, avant même et indépendamment de l’esprit et de la lettre réglant la matière dans les divers «ordres juridiques», interne ou international, qui en excluent uniquement tout acte et décision qualifié de «crime contre l’humanité». L’absurdité de toute remise en question du statu quo des personnes aujourd'hui menacées apparaît évidente!
Les conditions de détention faites à Cesare Battisti laissent craindre une forme de « torture blanche »* qui rend d’autant plus impensable toute remise à l’Italie d’une personne réfugiée concernée.

Ce n’est pas en mon nom que les réfugiés pourraient craindre pour leur condition d’existence.

NOTE «… l'Italie fut condamnée pour la violation de l'art. 3 CEDU (COUR EUROPÈENNE des DROITS DE L'HOMME), pour l'incompatibilité du ''carcere duro'' avec l'interdit de tout recours à la torture et de la pratique de traitements inhumains et dégradants, certes du point de vue des procédures, c'est-à-dire pour n'avoir diligenté aucune enquête effective et réelle en présence de dénonciations d'abus et de maltraitances de la part des personnes détenues [...] »
Claire Auzias, Babeth Partouche, Janie Lacoste, Christian Liotard, Yvana Salsetti-Liotard, Daniel Loriot, Phil Edouardsson, Rina Santoro, Yves Giry, Jean-Raphael Prieto, Lola Miesseroff, Roland Bomberos, Boudjemaa Sedira, Patrick Lepetit, Martine Joulia, Ana Orozco, Fanchon Daemers, Catherine Richard, Pierre-André Sauvageot, Gregorio Paredes, Jean Pierre Rafier, Sophie Lecomte, Philippe Pericouche, Nicole Nivelle, Alain Roussel, Jean-Noël Moureau, Amparo Ibañez
Avec la solidarité de Oreste Scalzone et Lucia Martini-Scalzone, citoyens du monde

 

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