Non assistance à personne en danger!

Non assistance à personne en danger! Au millieu de la guérilla entre un groupe de casseurs et les CRS, un restaurant nous a refusé l'assistance... Un homme désemparé les suppliait de nous ouvrir, face au refus des vigiles. En une seconde, j'ai pensé à toutes les personnes qui ouvrent leur porte lors des attentats pour laisser abriter ceux qui sont en dangers.

          

Couché du soleil sur l'arc de triomphe 15 juillet 2018, jour du sacre mondial © Ibra Khady Ndiaye Couché du soleil sur l'arc de triomphe 15 juillet 2018, jour du sacre mondial © Ibra Khady Ndiaye
Non assistance de personnes en danger.Au milieu de la guérilla entre un groupe de casseurs et les CRS, un restaurant nous a refusé l'assistance...

Les incivilités et actes fous de certains supporters pour fêter la victoire des Bleus ont choqué beaucoup de monde. J'étais au milieu des Champs-Elysées le soir de la qualification des Bleus en finale et le soir de leur sacre...

À plusieurs reprises, il fallait faire demi tour à l'approche de l'arc de triomphe à cause de l'odeur intenable du gaz lacrymogène. A un moment, je voulais faire une interview à un groupe de trois filles et à chaque tentative, l'air irrespirable nous obligeait à arrêter l'entretien. On décidait de descendre plus bas des Champs-Elysées pour pouvoir la faire et à chaque fois, on était obligé de couper. On décide alors de prendre une rue verticale des Champs-Elysées et soudain on est pris en sandwich et complètement dépourvu entre un groupe de casseurs qui s'en prenaient violemment aux CRS postés devant leur véhicule dans un angle. Les bouteilles des casseurs qui visaient les CRS volaient de partout. Les CRS répliquaient en lançant des gaz lacrymogènes... Pour se dégager de cette situation, on s'est faufilé à droite de la rue à quelques mètres des CRS. Il y avait là un restaurant.

À notre arrivée, il y a avait déjà quelques personnes devant la porte en train de supplier les vigiles et une autre personne du restaurant qui nous bloquaient l'entrée de nous laisser nous réfugier à l'intérieur.
On suffoquait tous, impossible de respirer.
Il fallait faire un effort indescriptible pour voir même la moindre lueur. Nous étions à quelques mètres des CRS, de ce fait les bouteilles qui visaient les CRS attérissaient également sur nous. Il y a avait parmi nous une femme enceinte. Un homme désemparé les suppliait de nous ouvrir, face au refus des vigiles. Les deux hommes s'insultaient et se menaçaient d'en venir aux mains à travers les vitres de la porte du restaurant. En une seconde, j'ai pensé à toutes les personnes qui ouvrent leur porte lors des attentats pour laisser abriter ceux qui sont en dangers.
Pour faire changer d' avis aux vigiles et une autre personne qui nous refusait l'entrée, j'ai fait semblant de filmer en pointant mon téléphone à l'intérieur du restaurant en criant aux gars : "vous savez ce que vous faites là : non assistance à personne en danger ,je vous filme et je vous mettrai sur les réseaux sociaux vous allez voir". Je bleuffais car je savais pertinemment que je ne pouvais plus. La carte mémoire de mon téléphone était pleine.Et juste avant qu'on soit pris en tenaille dans cet intifada lorsqu'on s'éloignait pour fuir l'odeur des gaz, je profitais de la marche pour supprimer des fichiers afin de faire un peu de place sur mon appareil...
Juste après mes menaces de filmer leur refus de nous aider alors qu'on était en danger, une des personnes qui de part sa tenue ne me semblait pas être un vigile me donna l'impression d'avoir changé d'avis pour nous ouvrir. J'ai cru comprendre qu'il essayait maintenant de pousser la porte vers l'extérieur mais impossible de l'ouvrir car on était tous amassé sur la porte. Au fur et à mesure, la situation s'aggravait, on ne voyait plus rien, on entendait les bouteilles tomber sur le véhicule des CRS qui n'avait que leurs boucliers et leur gaz lacrymogène pour se protéger. Toutes les bouteilles qui rataient leur cible principal attérissaient sur nous ou à quelques mètres.
Au bord de la suffocation sans voir ni savoir où j'allais, j'ai attrapé quelques bras et j'ai dit on n'a plus le choix on dégage et là on a sauté dessus les pots de fleurs qui nous bloquait le passage situé à droite de la porte du restaurant.
Et nous avons couru, couru pour nous éloigner aussi le plus loin possible de cet enfer....

Il s'en suit les pleurs, les vomissements des uns et des autres pendant plus de dix minutes avant qu' on retrouve nos esprits.
Les vomissements ont commencé pour une des personne à qui je tenais le bras pour s'extirper dès notre départ devant la porte du restaurant. Loin du danger maintenant, certains s'inquiétaient du reste des personnes qui était encore devant le restaurant. Peu de temps après, on les voyait courir et nous rejoindre dans un même état physique et psychologique... larmes, vomissements, étouffements, chocs émotionnels ...
Aux visages des filles, on voyait les larmes mélangées au maquillage....
Voyant l'état de chacun et ce que nous venions de vivre, j'ai dit aux filles : " je crois que l'on peut oublier l'interview..."
Je poursuis ma route, les métros le long des Champs-Elysées sont le plus souvent fermés lorsqu'il y a de grands événements. On avait le choix de le prendre vers les Invalides.

Le lendemain lorsque j'ai appris que le magasin Drugstore situé en haut des Champs-Elysées a été saccagé, je me suis dit que ça devait être les mêmes voyous qui en poursuivant ce soir là leurs actes ignobles s'en étaient pris aux CRS qui étaient postés à l'angle et qui n'avaient rien demandé à personne.

Des supporters dans un état second!

Sur le chemin du retour, au niveau des invalides , il était minuit au moins et j'ai assisté à des scènes de liesse certes pour exprimer de la joie mais dans une insécurité totale sous les yeux des policiers impuissants...Des supporters étaient sur les toits de leur véhicules, sur les coffres et roulaient à vive allure...
J'ai observé les gens dans la foule, j'avais l'impression qu' ils étaient certes dans un autre monde mais complètement fous...j'ai dit à un CRS : "mais je ne comprends pas les gens, c'est l'alcool?"
Il a rigolé et m' a dit: " je crois que vous avez la réponse..." Imaginez être nu, ou porter sur sa tête un gros haut parleur tout le long des Champs-Elysées, sauter sur les bouteilles de verres....
Alors leur délire n'a pas de limite tellement ils peuvent être criminels.
On a vu des gens sauter dans le vide depuis des arbres, d'autres faire des choses insensées, ...
Si l'immense majorité des supporters a fêté le titre de champion du monde dans la joie et la communion, malheureusement comme d'habitude d'autres de par leurs incivilités ont failli gâcher la fête car l'ivresse de la victoire est une chose mais se comporter en voyou en est une autre.

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