Lettre à Benoit Hamon

Nous partageons la colère de Benoit Hamon devant le reniement de Manuel Valls. Nous partageons son aspiration à l'unité avec le grand mouvement de la France Insoumise.

Cher Benoit,

Tu es indigné par le reniement de Manuel Valls, et nous partageons cette indignation. Celui qui a été premier ministre du gouvernement de la France, désigné par le Président de la République, sous l'étiquette du Parti Socialiste, rejoint le candidat de la banque et des grands médias. Celui qui s'est présenté à la primaire du Parti Socialiste en 2012 et a obtenu 5% des voix, puis qui s'est à nouveau présenté à la primaire « de la Belle Alliance » en décembre 2016 et a été nettement battu, qui s'est engagé par écrit à soutenir le gagnant, et le gagnant, ce fut toi, Benoit Hamon, a renié sa promesse.

Le prétexte est ridiculement frauduleux : il s'agirait de l'urgence de retirer la candidature socialiste pour soutenir celui qui fait profession d'enterrer la distinction droite/gauche... au nom de la nécessité d'éviter un succès du Front National...

On pourrait poser la question à Mr Valls : « Si vous aviez gagné la primaire, vous auriez retiré votre candidature pour Mr Macron, au nom de la nécessité de faire obstacle à Marine Le Pen ? ».

Aujourd'hui, Benoit, tu appelles à l'unité avec notre mouvement, pour qu'un courant progressiste qui ne soit pas soumis aux puissances d'argent offre aux électeurs un choix réel au second tour.

Naturellement, nous partageons cette aspiration.

Il est exact que les divergences entre la France Insoumise et la partie du PS qui reste de ton côté ne sont pas tellement fortes.

Tu as parfois à notre égard des propos désobligeants : voici quelques jours tu nous as rangés, en compagnie de Marine Le Pen et de François Fillon, sous le qualificatif de politiques « fascinés » par le despote Vladimir Poutine. C'est aussi faux qu'injurieux. Il s'agit chez nous d'une position géopolitique. Le général de Gaulle était-il « fasciné » par Leonid Brejnev ? Absurde !

Il arrive aussi qu'incidemment, tu caricatures nos positions, par exemple sur l'Europe. Il n'est que d'écouter le long et passionnant débat entre Jacques Généreux et Thomas Piketty (Politis) pour constater que, dans ce domaine, il n'y a de discussion que sur des points tactiques.

Mais tout cela ne t'empêche pas de souhaiter l'unité entre nous, et nous nous en félicitons.

 

Ce rassemblement, tu l'entends derrière ton nom. Tu demandes à Jean-Luc Mélenchon de retirer sa candidature et d'inviter ceux qui veulent voter pour lui, à reporter leur voix sur ton nom.

Est-ce bien raisonnable ?

Comparaison est faite par certains avec l'union de la gauche qui a porté au pouvoir, en 1981, François Mitterrand avec le soutien de Georges Marchais. Les deux situations sont complètement différentes. Les positions de l'un et de l'autre étaient bien connues depuis de nombreuses années. Le programme commun a été longuement débattu, construit et amendé. Et finalement, il n'y a pas eu unité … de candidature !

En 2017, il y a d'un côté des idées assez bien connues des français puisque quatre millions d'entre eux ont voté Mélenchon en 2012.

De l'utre côté, tu es, Benoit, le candidat choisi par le Parti Socialiste pour les représenter, en lieu et place de François Hollande qui n'a pas pu, ou pas osé défendre son bilan aux yeux des électeurs.

Le grand argument de Manuel Valls, c'est l'importance prise par le vote front national. Mais pourquoi, alors qu'il y a dans ce pays davantage de pauvres et de chômeurs, assiste-t-on à la progression du Front National, et non à celle de la gauche éco-socialiste ? Sinon parce que le mandat de François Hollande, de Jean-Marc Heyrault et de Manuel Valls est apparu à leurs yeux comme trahissant leurs légitimes aspirations ?

Et ce bilan, Benoit, c'est aussi le tien car on n'est pas ministre d'un gouvernement sans en assumer le bilan. Certes, ce bilan, plusieurs hiérarques du PS te reprochent de ne pas le défendre assez. Et en effet, tu as tenté de prendre quelques distances avec cette politique. Mais tu dois comprendre qu'aux yeux des français, tout cela est un peu récent.

 

Il serait moins absurde, Benoit, que, puisque nos positions politiques sont désormais assez voisines, tu retires ta candidature en faveur de celle de la France Insoumise, portée par notre représentant, Jean-Luc Mélenchon.

J'évoque sans y insister l'argument des sondages. On dirait que les Instituts se sont fatigués de truquer avec des « redressements » plus que douteux, et admettent aujourd'hui que notre courant est loin devant le candidat de ce qui reste du PS.

Le plus important c'est à nos yeux ceci : nous avons énormément construit. Tu sais ce qu'a été ce rassemblement, les 340 000 engagements (à l'heure ou j'écris) les dizaines de milliers de citoyens dans les meetings de toutes les grandes villes de France, les cent trente mille marcheurs pour la Vième République, le travail des experts et des militants, le programme, le chiffrage, tout ce travail d'éducation politique de masse. Oui, nous avons énormément bâti et nous continuons à bâtir, pour les élections de 2017 et pour les années à venir. Comment envisager de tirer un trait sur tout ce travail ?

De ton côté, c'est le mouvement contraire : les hiérarques de ton parti, tes confrères les anciens ministres, les participants battus de la primaire, te quittent, renient leur parole, méprisent les militants et les électeurs. C'est un champ de ruines.

En te joignant à nous, tu ne décevrais pas tes partisans, tu leur offrirais une perspective exaltante dont ils sont aujourd'hui privés. Tu renforcerais une dynamique puissante et pousserais vers le vote des centaines de milliers d'électeurs qui envisagent de s'abstenir.

Nous te disons fraternellement : « Invente-leur un avenir ! Invente-toi un avenir ! Libère toi ! ».

 

 

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