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Comment les entreprises «partenaires» sont encouragées à détruire l'Éducation Nationale

ilaicite
Aujourd'hui le "gratuit" est partout, mais il nous coûte de plus en plus cher, même si le prix à payer est très bien dissimulé.

Dans le domaine de de l'éducation, cela est encore plus révoltant dans la mesure où les "victimes" sont des enfants soumis à l'autorité de leurs maîtres.

Et les exemples se multiplient de ces dérives scandaleuses.

La "réforme des rythmes scolaires", si mal engagée, est coûteuse. Que fait le gouvernement, en cette période de restrictions budgétaires insensées, pour mettre en place de nouveaux services sans dépenser un sou? Il livre les élèves aux entrepreneurs: c'est Total qui va financer une partie des activités péri-scolaires. Total, dont on sait qu'il pratique l'évasion fiscale à grande échelle ...

L'école a le devoir d'éduquer les enfants à une bonne utilisation d'Internet? C'est Axa qui va s'en charger, via sa fondation! Et qui va en profiter pour refiler des contrats d'assurance aux parents en même temps que des "permis internet" aux enfants. Quelle est la compétence d'un assureur en matière d'éducation???

Le gouvernement veut lancer un « plan numérique pour l'éducation » sans investir dans la formation de ses enseignants et en dépensant le moins possible en équipement ? Le Ministère signe un partenariat avec une multinationale, reine de l'évasion fiscale, et qui a déjà été redressée fiscalement par la France, mais qui peut se pointer tranquillement dans les bureaux du MEN pour signer un partenariat par lequel elle va financer à hauteur de 13 millions le plan du ministère, Ce qui lui permet bien sûr de mettre un pied dans la porte et d'imposer aux élèves et aux enseignants les produits et formations Microsoft !La première dose est toujours gratuite, comme tous les dealers de drogue le savent bien !

Il faut désormais ajouter à cette liste, malheureusement non exhaustive, le financement par Google des « Google Field Trip Days » ! L'académie de Versailles par exemple est fière de proposer aux établissements scolaires « une journée de visite culturelle intégralement financée par notre partenaire, Google » : transport de la classe en car, panier repas, entrée à la Cité des Sciences, participation à un atelier scientifique et film à la Géode ! Google est comme chacun sait un autre célèbre délinquant fiscal. Et le pire c'est que les entreprises partenaires peuvent bénéficier de 60 % de réduction d'impôts sur leurs « dons », selon Universcience, partenaire du projet !

Quel exemple pour nos enfants! Confier leurs activités scolaires à des entreprises hors-la-loi !

À quand la prise en charge des cantines scolaires par McDonald?

Oui mais, nous dira-t-on, l'État n'a "plus les moyens" de payer tout cela, alors pourquoi se passer du "sponsoring", du "mécénat" et autres "parrainages"?

Mais, précisément parce que le rôle de l'État est de fournir des services publics - dont l'éducation est le plus fondamental avec la santé- abordables et laïques! Comment peut-on seulement envisager de confier des missions éducatives à des entreprises à but lucratif au sein de l'école? Et d'abord, si ces entreprises et leurs soi-disant « fondations » ont les moyens de faire ce genre de choses, elles ont donc les moyens de payer des impôts! Et donc de permettre à l'État d'assurer ses missions de façon correcte!

Comment? Les entreprises seraient si mal en point que la population devrait se saigner pour qu'on baisse leurs impôts et contributions? Et en même temps elles auraient les moyens de se substituer à l'État dans ses missions régaliennes? Cela ne tient pas debout!

Il est urgent de casser le cycle infernal des baisses d'impôts (sur les entreprises comme sur les hauts-revenus des particuliers) et de rétablir et d'améliorer partout les services publics laïques et indépendants dont nous avons besoin!

Bruno Menan - membre de l'APRIL

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