La gratuité à tout prix!

Autrefois on obtenait des "points" en faisant son plein d'essence chez Untel ou Trucmuche et on finissait par gagner des gadgets "gratuits". On les avait bien sûr payés mille fois sur ses  factures d'essence ... Personne n'était dupe du système ni du fait que les cadeaux étaient sans valeur. Tout cela n'allait pas bien loin ...

 

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Autrefois on obtenait des "points" en faisant son plein d'essence chez Untel ou Trucmuche et on finissait par gagner des gadgets "gratuits". On les avait bien sûr payés mille fois sur ses  factures d'essence ... Personne n'était dupe du système ni du fait que les cadeaux étaient sans valeur. Tout cela n'allait pas bien loin ...

Aujourd'hui le "gratuit" est partout, mais il nous coûte de plus en plus cher, même si le prix à payer est mieux dissimulé.

Gratuite, la "presse" qu'on vous distribue à la gare ou dans la rue? Ce que leurs éditeurs osent appeler "journaux gratuits" ne sont en réalité que des dépliants publicitaires entrecoupés de  quelques dépêches d'agences et de propagande politique. Toute cette publicité est bien sûr répercutée sur les prix des produits que vous achetez par ailleurs. Et vous payez aussi le prix de la propagande à laquelle vous acceptez de vous soumettre en lisant ce torchon dans le train ou le bus. Vous savez, votre "temps de cerveau disponible"!

Gratuite votre boîte de courrier électronique, votre inscription à ce réseau social, ce logiciel gratuit ou l'utilisation de votre  moteur de recherche préféré? Pas du tout! Vous payez tous ces services et les entreprises qui les mettent à votre disposition font même des bénéfices énormes en revendant vos données personnelles. Elles ont une telle valeur commerciale que Google et Facebook sont devenues des multinationales monstrueuses en vous fournissant des services entièrement "gratuits". Ce logiciel que vous avez installé "gratuitement" sur votre ordinateur? Il vous rend des services mais son éditeur ne vous dit pas qu'il en profite pour espionner vos données et les revendre, ou qu'il utilise une partie de la puissance de votre ordinateur pour la revendre au plus offrant, ou qu'il vous envoie des informations et influence votre navigation sur le web à votre insu ...

On peut déjà être fâché de constater que les pouvoirs publics fassent si peu d'efforts pour mettre en garde la population, mais que dire lorsque ces mêmes pouvoirs publics livrent délibérément un public captif à ces prédateurs d'une nouvelle espèce?

Dans le domaine de de l'éducation, cela est encore plus révoltant dans la mesure où les "victimes" sont des enfants soumis à l'autorité de leurs maîtres.

Prenons quelques exemples.

La "réforme des rythmes scolaires", si mal engagée, est coûteuse. Que fait le gouvernement, en cette période de restrictions budgétaires insensées, pour mettre en place de nouveaux services sans dépenser un sou? Il livre les élèves aux entrepreneurs: c'est Total qui va financer une partie des activités péri-scolaires. Total, dont on sait qu'il pratique l'évasion fiscale à grande échelle ... quel modèle pour nos enfants!

L'école a le devoir d'éduquer les enfants à une bonne utilisation d'Internet? C'est Axa qui va s'en charger, via sa fondation! Et qui va en profiter pour refiler des contrats d'assurance aux parents en même temps que des "permis internet" aux enfants. Quelle est la compétence d'un assureur en matière d'éducation???

Oui mais, nous dira-t-on, l'État n'a "plus les moyens" de payer tout cela, alors pourquoi se passer du "sponsoring", du "mécénat" et autres "parrainages"?

Mais, précisément parce que le rôle de l'État est de fournir des services publics - dont l'éducation est le plus fondamental avec la santé- abordables et laïques! Comment peut-on seulement envisager de confier des missions éducatives à des entreprises à but lucratif? Et d'abord, si ces entreprises ont les moyens de faire ce genre de choses, elles ont donc les moyens de payer des impôts! Et donc de permettre à l'État d'assurer ses missions de façon correcte!

Comment? Les entreprises seraient si mal en point que la population doit se saigner pour qu'on baisse leurs impôts et contributions? Et en même temps elles auraient les moyens de se substituer à l'État dans ses missions régaliennes? Cela ne tient pas debout!

Il est urgent de casser le cycle infernal des baisses d'impôts (sur les entreprises comme sur le revenu des particuliers) et de rétablir et d'améliorer partout les services publics laïques et indépendants dont nous avons besoin!

Enfin, dernier paradoxe, et non le moindre, l'État continue à faire des choix désastreux en matière d'informatique. Au lieu de développer l'usage des logiciels libres dans les services publics, dans un souci à la fois d'indépendance nationale, d'économies budgétaires et de respect des libertés, nos gouvernants continuent à faire le choix absurde du logiciel propriétaire. Alors que le logiciel libre est pourtant presque toujours gratuit. Vraiment. Et sur le long terme.

Un choix qui coûte cher à la population, mais qui rapporte beaucoup  à certains ...

Bruno Menan - membre de l'APRIL

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