L’artiste et militante iranienne Atena Farghadani

La jeune Atena Farghadani, artiste et activiste des droits des femmes, a été accusée d’avoir manqué de respect à l’égard des membres du parlement des mollahs dans un de ses dessin, d’avoir des contacts avec des "éléments contre-révolutionnaires" et manqué de respect à l’égard du Guide suprême iranien. Sur la base de ces accusations, elle avait été condamnée à 12 ans de prison.

Atena et le dessin pour lequel elle a été condamné à 12 ans de prison. Les députés du régime islamiste sont judicieusement représentés comme des bestiaux incultes © Arezou Atena et le dessin pour lequel elle a été condamné à 12 ans de prison. Les députés du régime islamiste sont judicieusement représentés comme des bestiaux incultes © Arezou

L’artiste et militante iranienne Atena Farghadani a été remise en liberté le 3 mai après une intense campagne internationale des défenseurs des droits de l’homme.

Atena, 28 ans, a été condamnée à 12 ans et neuf mois de prison pour « rassemblement et collusion en vue de nuire à la sûreté de l’État », « diffusion de propagande contre le régime », « insulte envers les membres du Parlement par le biais de peintures », « outrage au guide suprême » et outrage envers les fonctionnaires chargés de son interrogatoire.

Ces charges semblent être liées à son œuvre artistique et à son association avec des proches de personnes tuées dans le cadre des opérations de répression qui ont suivi l’annonce des résultats contestés de l’élection présidentielle. Elle a organisé une exposition à la mémoire des personnes tuées. Un de ses dessins représentait les législateurs sous les traits de singes, de vaches et d’autres animaux. Ce dessin tournait en dérision les efforts déployés par le Parlement pour adopter une loi visant à ériger en infraction la stérilisation volontaire et à restreindre l'accès à la contraception et aux services de planification familiale.

Amnesty International a déclaré que le verdict très lourd prononcé à l’encontre d’Atena Farghadani illustre les injustices existant dans le système judiciaire en Iran : « La peine de 12 ans de prison prononcée à l’encontre de Madame Atena Farghadani est au-delàs de toutes peines imaginables. Atena Farghadani a surtout été condamnée à cause de ses dessins où elle critiquait le système judiciaire en Iran. Personne ne doit être emprisonné en raison de ses activités artistiques et pacifiques ».

Le tribunal qui a ordonné sa libération a cependant commué une peine de trois ans d’emprisonnement, prononcée pour « outrage au guide suprême de la République islamique d’Iran », en une peine avec sursis assortie de quatre ans de mise à l’épreuve, ce qui signifie que la menace d’une incarcération planera sur Atena Farghadani durant cette période. Les mollahs recourent souvent à des peines avec sursis afin d’instaurer un climat de peur, réduisant militants, journalistes et autres au silence ou à l’autocensure.  

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En effet des dizaines d’autres personnes continuent à languir dans leur cellule ou vivent sous la menace d’une peine de prison pour leur militantisme pacifique en faveur des droits humains. Elles incluent Narges Mohamadi, Atena Daemi, Saleh Kohandel, Omid Alishenas, Saeed Hosseinzadeh et Asou Rostami, Jafar Azimzadeh, Ali Moezzi et des centaines d’autres…

Les mollahs continuent par ailleurs leur vague de pendaisons. Selon une association de défense des droits de l’Homme, l’Iran à lui seul représente 82% de toutes les exécutions enregistrées aux Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Mardi 3 mai dernier, deux prisonniers ont été pendus à Ardebil, au nord-ouest du pays. Plus tôt dans la semaine, deux autres jeunes prisonniers ont été pendus à Machhad, dans le nord-est du pays. On estime qu’au moins 57 personnes auraient été exécutées en Iran depuis le 10 avril, y compris trois femmes et un délinquant juvénile. 

Mohammad Mohaddessine, président du la Commission des Affaires Etrangères du Conseil National de Résistance d’Iran (CNRI), s’est exprimé sur l’alarmante augmentation des pendaisons : « Dans le mois d’avril, au cours et après les visites en Iran du premier ministre italien et du représentant de la politique étrangère de l’Union Européenne, des douzaines de personnes ont été exécutées en Iran.  La tendance croissante des exécutions indique que les visites de hauts fonctionnaires Européens en Iran ont non seulement failli dans leurs tentatives pour améliorer la situation des droits de l’Homme, mais ont plutôt véhiculé un message de silence et d’inaction aux mollahs. Ce régime détient le record mondial des exécutions par tête d’habitant en 2015.».

Dans son rapport annuel sur la peine de mort en 2015, Amnesty international a publié que « l’Iran a mis à mort au moins 977 personnes en 2015, comparativement à au moins 743 l’année précédente. »

© EndingScene

 

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