Ali Khamenei cherche à museler la société en Iran

Cela fait longtemps qu’Ali Khameneï cherchait à imposer le sinistre Ebrahim Raïssi dans les plus hautes sphères de l’Etat. C’est fait, il vient d’être nommé à la tête du pouvoir judiciaire iranien dont le but est de museler la société iranienne.

105160362-e4

Le choix de Raïssi par le Guide suprême des mollahs montre la crise que traverse le régime théocratique qui n’a trouvé d’autre solution que la crispation politique et la violence pour contrer la colère sociale dans les prochains mois. À l’aide de ce juge radical, il veut ainsi fermer la garde de la dictature religieuse face à la résistance organisée et le soulèvement du peuple iranien.

Depuis plus d’un an, l’Iran est secoué par les plus importantes manifestations depuis 2009.  Ces manifestations ont commencé avec les commerçants du grand bazar de Téhéran - pour mémoire ce sont les commerçants du grand bazar qui sont à l’origine de la révolution de 1979 - puis se sont étendues à toutes les grandes villes. Les raisons de cette contestation sont multiples: l’augmentation exponentielle du prix des devises, la baisse continue du rial iranien depuis des mois, l’augmentation des prix ou la baisse du pouvoir d’achat. Par la suite ce mouvement s’est élargi aux critiques du régime. La population iranienne ne supportant plus des ingérences, les actions bellicistes et les tueries que le régime et les gardiens de la révolution font vivre au pays.

« Une plaie qui reste ouverte »

Un mouvement pour la justice s’est levé en Iran en faveur des victimes du  massacre de 30 000 prisonniers politiques en 1988 en Iran. Et le régime n’a pas été épargné. Un nouveau rapport d’Amnesty International (30 avril 2018) révèle, preuves à l’appui, la profanation délibérée et la destruction de plusieurs fosses communes iraniennes, où sont enterrées des victimes du terrible massacre de 1988. De nombreux documents, au titre desquels quelques photos satellites, viennent étayer les preuves de tentative de démolition des charniers. De nouveaux bâtiments sans utilité réelle, des nouvelles routes, des dalles de béton coulées aux portes du désert… Autant de bizarreries destinées avant tout à camoufler l’horreur plus qu’à embellir les villes où elles sont construites.

Des villes importantes comme Machhad disposent de plusieurs fosses communes. Et étrangement, les travaux ont débuté sur chacun des emplacements. Les images satellites montrent parfois une progression très rapide des travaux en cours. Le rapport estime que plus de 120 endroits dans tout le pays contiennent les restes des victimes du massacre de 1988 et identifie sept sites où des destructions ont été confirmées ou suspectées entre 2003 et 2017.

Rappelons qu’en 1988 les familles des victimes ont été informées par les autorités que leurs proches avaient été exécutés, sans aucune information supplémentaire concernant les circonstances de leur mort et leur lieu de sépulture. En outre, il a été interdit aux familles d'organiser des rassemblements commémoratifs ou de décorer les tombes avec des fleurs et des messages à la mémoire des défunts. Certains proches des victimes ont également été poursuivis, emprisonnés et torturés à leur tour, pour avoir simplement recherché la vérité et la justice.

« Les atrocités du massacre de 1988 en Iran sont une plaie qui reste ouverte trois décennies plus tard. En détruisant cette preuve médico-légale vitale, les autorités iraniennes renforcent délibérément un environnement d'impunité », a déclaré Philip Luther, directeur pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord à Amnesty International.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.