L’OMPI dans la révolte de janvier en Iran

Le 2 janvier 2018, dans un appel au président Emmanuel Macron, Hassan Rohani, président du régime iranien, demandait à la France de prendre des mesures pour restreindre les activités d'un groupe iranien basé en France qu’il a qualifié de « terroriste » et impliqué selon lui dans les manifestations qui ont ébranlé l’Iran au début de l’année.

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C’était une claire allusion à l’Organisation des Moudjahidine du peuple (OMPI), un mouvement d’opposants déterminés et de longue date au régime iranien. L’ampleur de la révolte populaire a alarmé le régime théocratique qui craint pour sa survie. Il a répondu par une répression brutale qui a fait plus de 40 tués par balle et des milliers d’arrestations, notamment parmi les sympathisants de l’OMPI qui sont soupçonné d’avoir joué un rôle moteur dans les manifestations.

Voici quelques exemples des propos des autorités du régime iranien et des médias du régime commentant le rôle de l'OMPI dans le récent soulèvement :

Ali Khamenei, Guide Suprême. 9 janvier 2018 : "Les hypocrites (appellations du régime pour désigner l'OMPI) étaient prêts depuis des mois... depuis plusieurs mois déjà, ils étaient prêts à s'organiser, ont rencontré telle ou telle personne, ont sélectionné des personnes à l'intérieur du pays, les trouver et les aider, pour qu'ils viennent lancer des appels au peuple. Ils ont annoncé leur appel et ont lancé le slogan "Non aux prix chers !". C'est un slogan que tout le monde aime. Ils ont réussi à attirer des gens avec ce slogan. Et ensuite, ils pourraient venir sur les lieux et poursuivre leurs objectifs, et faire en sorte que les gens les suivent." 

Lors de la contre-manifestation organisée par le gouvernement à Machad le 30 décembre 2017, des haut-parleurs officiel on lançait :"Les défenseurs du mouvement vert sont devenus des adeptes de Radjavi". Les slogans appelaient également à l'exécution des membres de l'OMPI. 

L'Ayatollah Alam al-Hoda, membre de l'Assemblée des Experts et représentant du Guide Suprême à Machad, le 29 décembre 2017 faisant implicitement allusion à l'OMPI et le CNRI a mis en garde le peuple de ne pas se précipiter dans les rues en réponse à "l'appel d'un groupe dont le leader est une femme ! " 

Commandant en chef du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI), Ebrahim Jafari, 3 janvier 2018 : "Un grand nombre des fauteurs de troubles arrêtés ont été éduqués par les hypocrites (c'est-à-dire l’OMPI) ... Ils avaient créé un réseau de 3000 personnes et utilisaient les médias sociaux pour communiquer." (Agence de presse Tasnim)

Un commandant du CGRI, Mohammad Amirkhani: "Il ressort clairement des actions récentes que cette fois-ci, en lançant une nouvelle sédition pour atteindre des objectifs à travers les revendications populaires, en déviant des manifestations pacifiques de personnes dans différentes villes du pays par le biais des réseaux de télévision de l'OMPI, cela montre que les émeutes récentes ont été coordonnées par l'arrogance". (ANA, 31 décembre 2018)

L'agence de presse Tasnim (du CGRI), 30 décembre 2017: "Une série de rassemblements populaires à Téhéran et dans d'autres villes a été transformée en émeute dans un effort conçu par des inconnus. Dans certaines villes, des vidéos clips sur les médias sociaux montrent que les manifestants ont exprimé leur mécontentement face au coût élevé de la vie et demandaient une réforme économique, mais certaines personnes ont attaqué des centres gouvernementaux et des banques, c'est exactement la même chose qui s'est produite en 2009, les contre-révolutionnaires et l'OMPI l'ont conçu et mis en œuvre."

Agence de presse de l'Etat de Mehr, 31 décembre 2017: "L'organisation hypocrite (l'OMPI) est à l'origine des récents bouleversements et en assure la gestion".

Ahmad Khatami, vice-président de l’Assemblée des experts des mollahs – Prière de vendredi du 26 janvier 2018 appelant à la délation : « Vous avez déjoué la sédition de l’OMPI (…) Partout où vous voyez la conspiration avertissez rapidement les autorités, c’est votre devoir. »

Général Rassoul Sanaï-Rad, chef adjoint politique des Gardiens de la révolution : "Les leader et meneurs des manifestants à Touyserkan étaient les Moudjahidine du peuple (…) dans l’ensemble 80% des personnes arrêtées ont moins de 30 ans. Il y a aussi un certain nombre de femmes d’âges moyennes. Dans les années 80 aussi c’était surtout des femmes qui dirigeaient les manifestations de rue de l’Organisation des Moudjahidine. Aujourd’hui aussi le cercle principal de provocation et de déclenchement des manifestations sont des femmes. 

 

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