Une victoire dans la cyberguerre pourrait être la clef de l’avenir pour l’Iran

The National Scotland - Par Greg Russell: Le cyberespace est un champ de bataille privilégié pour les guerres de l’information livrées actuellement par la résistance iranienne et le régime des mollahs ; c’est un sujet auquel les deux côtés consacrent beaucoup de temps et d’efforts.

Parvin Poureghbalie, Sima Bagherzadeh, Forough Moezzi Parvin Poureghbalie, Sima Bagherzadeh, Forough Moezzi

thenational.scot - Par Greg Russell:

Le cyberespace est un champ de bataille privilégié pour les guerres de l’information livrées actuellement par la résistance iranienne et le régime des mollahs ; c’est un sujet auquel les deux côtés consacrent beaucoup de temps et d’efforts.

Il y a eu peu de couverture médiatique en Iran en ce qui concerne le « soulèvement », marqué par de nombreuses manifestations contre la pauvreté, l’inflation et le contexte économique en général.

Mais depuis le camp d’Ashraf 3 à Tirana en Albanie, un groupe de cyber-combattants, membres de l’Organisation des moudjaheddines du peuple iranien (OMPI), font tout ce qu’ils peuvent pour rétablir l’équilibre.

Se servant de canaux cryptés dans les réseaux sociaux, ils transmettent à leurs sympathisants en Iran des clips vidéo des différentes manifestations, enregistrées sur des smartphones et d’autres appareils portables.

Ashraf 3, créé en 2013 avec quelques centaines de personnes, héberge désormais plus de 2500 sympathisants de l’OMPI.

Forough Moezzi, qui travaille au service de l’information, est au camp en Albanie depuis environ deux ans, après avoir rejoint l’OMPI à Ashraf en Irak, avec sa sœur.

Elles sont restées alors que leur père est rentré en Iran, un retour au pays qui, selon elle, ne s’est pas bien terminé. « Lorsqu’il est retourné en Iran, le régime s’est attaqué à notre domicile, uniquement parce que ma sœur et moi-même sommes ici, et ils l’ont torturé pendant plus de 10 ans. Il avait un cancer, mais ils ont voulu le tuer quand même, uniquement parce que ses filles soutenaient l’OMPI. Le régime a exécuté mon oncle à l’âge de 23 ans pour la même raison. »

« Ce n’est pas un camp de réfugiés : nous sommes un mouvement de résistance, donc nos vies et notre travail font partie de la lutte contre le régime iranien. Nous vivons ici ensemble et nous faisons des projets pour l’avenir. Nous voulons rentrer en Iran en tant que pays libre, et je pense que ce sera pour bientôt car nous voyons les sanctions internationales et la pression sur le régime. Je crois que la libération est très proche. »

Sa collègue Sima Bagherzadeh est également de son avis : « Il y a une nouvelle génération d’Iraniens qui ont rejoint l’OMPI. Nous ne sommes pas partis d’Iran par choix, mais à cause de la pression du régime des mollahs. Nous voulons rentrer et donner une vie meilleure à notre peuple. »

Elle dit : « J’habitais Kerman, une ville moyenne. Nous étions environ 180 filles à avoir été arrêtées. La plupart d’entre elles ont été tuées ou ont disparu. Certaines sont parties dans d’autres pays. Un petit nombre seulement est resté en Iran. »

« Je me sens une grande responsabilité pour elles. Les gens meurent de faim, obligés de faire les poubelles pour trouver à manger dans un pays pourtant très riche. »

« Les travailleurs demandent pourquoi ils n’ont pas été payés depuis des mois. Ils doivent manifester rien que pour réclamer leur salaire. »

« Le chemin que nous avons pris est long et difficile, mais nous sommes certains désormais que nous allons bientôt rentrer au pays. L’heure de notre retour dans un Iran libre s’approche. »

Mohammad Shafaei raconte que le régime a tué une grande partie de sa famille alors qu’il avait huit ans, ne laissant que lui et sa sœur. Son père médecin a été fusillé pour avoir aidé des membres de la résistance blessés et son frère est mort sous la torture dans la prison notoire d’Evin à Téhéran.

Mohammad Shafaei Mohammad Shafaei

« Ma sœur et mon beau-frère ont été abattus alors qu’ils se promenaient dans la rue. Ma sœur et moi-même sommes les seuls survivants » dit-il. « Je ne voulais pas vivre en Iran sous la dictature, alors je suis parti faire mes études aux États-Unis. J’ai rejoint l’OMPI il y a plus de 20 ans. Je suis allé à Ashraf et à Camp Liberty et habite désormais ici en Albanie. »

Il dit que l’« équipe de recherche » travaille pour contourner la censure de l’internet en Iran et permettre aux citoyens d’accéder à des applications telles les messageries électroniques.

L’équipe cherche également à freiner « l’activité iranienne malveillante » dans le cyberespace en identifiant les applis bidons et les logiciels espion. Leur chaîne de télévision est diffusée sur Telegram, la messagerie électronique la plus populaire en Iran, utilisée par près de la moitié de la population.

« Nous nous concentrons sur Telegram et Instagram parce que d’autres réseaux sociaux tels Facebook et Twitter sont prohibés » dit Shafaei. « En ce qui nous concerne, nous fournissons des proxies pour que les gens puissent contourner la censure de l’internet et voir les manifestations et les troubles dans leur propre pays. L’Iran utilise les applications bidons et les logiciels espion, les diffuse parmi les utilisateurs à travers le pays afin de retracer leurs connections ; nous essayons donc de révéler toutes ces activités dans le cyberespace. »

« Ils ont leur propre version client Telegram et s’en servent pour recueillir des informations sur les utilisateurs. Nous menons des enquêtes et fournissons des rapports sur le fonctionnement de ces applis. »

Son collègue Masoud Fars était étudiant à UCLA au moment de la révolution et a rejoint l’OMPI par la suite. Il produit des œuvres satiriques, dont une version retravaillée du tube disco des années 70, YMCA, des Village People.

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« Certaines productions ont été regardées par un grand nombre de personnes – six million pour l’une d’entre elles. Ils utilisent des VPN (réseaux privés virtuels) pour se connecter à nos programmes » dit Fars.

« Le régime a essayé d’y mettre fin en utilisant des chaînes bidon, mais dans l’ensemble je dirais qu’ils n’ont pas réussi à le faire parce que nous fournissons quelque chose qu’ils ne sont pas en mesure de changer et qui favorise les libertés sociales. »

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