Iran 1979 : Massoud Radjavi est libéré avec les derniers prisonniers politiques

Le 20 janvier 1979 marque l’anniversaire de la libération du dernier groupe de prisonniers politiques incarcérés dans les geôles du Chah en Iran. Le plus célèbre d’entre eux, Massoud Radjavi, dirige les Moudjahidine du Peuple. Libéré après sept ans de résistance face à un ennemi cruel qui n’hésite pas à user de tortures, il devient la figure de proue des démocrates iraniens face aux islamistes.

Massoud Radjavi Massoud Radjavi

L’épopée de résistance
Depuis une semaine les familles et une grande foule s’étaient rassemblées devant le palais de justice de Téhéran pour exiger la libération des prisonniers. Les rumeurs couraient au sujet d’un plan de la Savak, la sinistre police secrète du chah, pour massacrer les prisonniers politiques incarcérés à la prison de Ghasr.

Cédant après une semaine de mobilisation et de pression, les autorités annoncèrent finalement la libération des prisonniers en demandant à la foule de se disperser. Refusant d’obtempérer et pour s’assurer que tous les prisonniers avaient été libérés, les familles ont demandé au représentant des prisonniers de s’exprimer. C’est à Massoud Radjavi qu’on demandera de monter sur le toit de la prison pour prendre la parole après qu’un officiel du régime annonça que tous les prisonniers avaient été « amnistiés ». Interrompant son intervention, Massoud Radjavi déclara : « Il n’est pas question d’amnistier quiconque. C’est le peuple qui a brisé les chaînes de la tyrannie avec des sacrifices énormes. Et si il y a lieu d'amnistier, c’est nous de le faire. »

Quatre jours plus tard, l’ayatollah Mahmoud Taleghani, le célèbre religieux progressiste, ainsi que Mehdi Bazargan, qui deviendra premier ministre quelques semaines plus tard, iront rencontrer Massoud Radjavi et les autres Moudjahidine libérés des prisons afin de rendre hommage à leur résistance héroïques contre la monarchie. L’ayatollah Taleghani déclara : « Devant les tortionnaires et les interrogateurs, que vous connaissez, lorsqu’on évoquait le nom des Moudjahidine, ils devenaient hystériques et perdaient leur contrôle. C’est en raison de la force de leurs convictions et leur foi en la vérité. Ils étaient terrifiés par le nom de Massoud Radjavi. Ils étaient terrifiés par le nom de Moussa Khiabani » (un autre dirigeant de l’OMPI qui sera assassinés par les mollahs le 8 février 1982).

Massoud Radjavi a pris la direction de l’Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran (OMPI) après que ses fondateurs, Hanifnejad, Mohsen et Badizadegan, de jeunes universitaires et intellectuels, eurent péri dans les prisons de la SAVAK. Leur participation courageuse dans le combat contre le despotisme du Chah, leur a valu un fort capital de sympathie chez la population et les intellectuels iraniens, avant que ne fut déclenché la grande révolution qui mit fin à la monarchie en Iran.

1982 1982
Le candidat populaire
Lors de la première élection présidentielle après la révolution, la candidature de Massoud Radjavi obtient le soutien de la plupart des groupes d’opposition, les minorités ethniques et religieuses, et une grande majorité de femmes et de jeunes. Toutefois, au grand dam des Iraniens, Khomeiny, le Guide suprême des mollahs, l’élimina de la course électorale par une fatwa au motif qu’il n’est pas fidèle à la constitution du nouveau régime qui avait été adopté quelques semaines plus tôt. Une constitution qui prévoyait la tutelle du Guide suprême sur les affaires du pays et l’application de la charia et la loi du taillons et qui contrevenait à toutes les valeurs d’un Etat démocratique et moderne.

Selon François Colcombet, magistrat et ancien député, cofondateur du Comité français pour un Iran démocratique  (CFID, fondée en 2007) : « L’OMPI a joué un rôle historique irremplaçable. Dans la filiation des réformistes de 1906, et dans celle plus récente de Mossadegh, l’OMPI a été créée par des membres de la ‘’jeunesse mossadeghiste’’. Elle a constamment cherché une voie originale entre la tradition et la modernité en intégrant la philosophie des droits de l’homme et de la démocratie dans une culture très marquée par la tradition musulmane - qui plus est, chiite.»

Créés en 1965 avec pour objectif de résister à la dictature du Chah, l’OMPI se présente comme un mouvement de « musulmans démocrates » qui combattent pour un « système pluraliste et laïque » en Iran. Principale force d’opposition à la dictature qu’elle cherche à renverser, l’organisation bénéficie d’une base solide et d’un vaste réseau de partisans dans le pays.

 

Massoud et les autres leaders historique du mouvement démocratique en Iran depuis un siècle... Massoud et les autres leaders historique du mouvement démocratique en Iran depuis un siècle...

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