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Billet de blog 21 févr. 2020

Un scrutin sous haute tention en Iran

Les décrets absurdes de Khamenei sur l’obligation religieuse d’aller voter et les supplications répétées de Rohani de ne pas bouder les urnes montrent combien le régime redoute un vaste boycott électoral & augmentent le rejet public de ce scrutin illégitime.

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© maryam_rajavi_f

Le conflit autour des prochaines législatives en Iran s'intensifie alors que le régime théocratique se débat sur la scène nationale et internationale sans aucune chance de se remettre de ses crises. D'une part, le "guide suprême" Ali Khamenei tente de catapulter la faction rivale aussi loin que possible de la scène politique iranienne en s’appuyant sur le Conseil des gardiens de la Constitution (CGC) pour ouvrir la voie à la mainmise quasi-totale de son cercle intérieur sur son parlement, car Khamenei n'a guère d'autre choix que de consolider le pouvoir de sa faction pour survivre. Le CGC, entièrement à sa botte, a tout simplement rejeté la candidature de 90 membres de l'actuel Majlis (parlement des mollahs) pour le prochain scrutin prévu pour le 21 février.

Parallèlement, des proches d’Hassan Rohani ont publié des mises en garde dans certains médias officiels avertissant que "si le CGC ne revenait pas sur ces disqualifications (...) il n'y a aucune raison de se présenter dans une bataille perdue d'avance" (Setarey-e Sobh, 19 janvier). Cependant, il est clair que la faction Rohani ne tolère pas sa mise à l’écart du sommet du régime. Par conséquent, elle parle ouvertement d'organiser des élections et va jusqu’à révéler que Khamenei a l'intention de pousser à la nomination de Mohammad-Bagher Ghalibaf, un ancien chef du Corps des gardiens de la révolution (CGRI/pasdarans) à la présidence du nouveau parlement. Le pasdaran Ghalibaf a été maire de Téhéran et l'un des candidats malheureux à la présidentielle de 2017. La faction Rohani n’a pas pris de gants pour dénoncer les cas de malversations et de la corruption de Ghalibaf à la mairie Téhéran. Ces affaires ne concernent pas seulement Ghalibaf, mais aussi sa femme et d’autres proches.

Par ailleurs, le boycott du scrutin, interprété comme une "rame en mouvement avec les phares éteints", effraie Khamenei qui craint un nouveau soulèvement semblable à celui de 2009.

Avec la "haute surveillance" du CGC, dont les membres sélectionnés et nommés directement par Khamenei lui-même, sont chargé de qualifier tous les candidats à chaque scrutin, les élections en Iran ressemblent à une cérémonie de partage du pouvoir plutôt qu'à une étape importante de la vie démocratique permettant la libre expression des choix de citoyens comme on peut l’observer en Occident. Le conflit entre le cercle proche de Khamenei et la faction Rohani porte sur le partage et la répartition du gâteau. La gouvernance médiévale de la dictature religieuse, qui considère officiellement que la volonté du Guide Suprême est supérieure à celle du peuple, n’a donc aucun rapport avec un mécanisme électoral du monde contemporain.

Néanmoins, les élections et les luttes au sommet ont toujours créé des lacunes au sein du pouvoir et préparé le terrain au soulèvement de la population. On pourrait dire que les révoltes de 2009 et de 2018 en Iran, directement et indirectement, ont eu lieu suite aux brèches ouvertes par la lutte pour le pouvoir et ses crises internes. A présent, les législatives de fin février-début mars s’annoncent porteuses de menaces réelles alors que le régime est encore plus fragmenté et affecté par ses crises multiples qu'en 2009 et en 2018.

 
L'économie s'effondre, les exportations de pétrole ont chuté à presque zéro et les sanctions économiques empêchent Téhéran de continuer à financer ses milices dans différents pays de la région. Khamenei a toujours affirmé que si ses forces ne se battaient pas en Syrie, elles devraient se battre dans les rues d'Iran. Cependant, le régime iranien est en passe de perdre cette "profondeur stratégique" et se fait chasser des pays voisins notamment de l'Irak.

Avec l'élimination de la faction rivale, Khamenei tente d'éviter une négociation avec l'Occident en raison de ses conséquences destructrices à ses yeux, et parce qu’il la considère comme un suicide politique. D’autre part, il reconnait que l'élimination et la disqualification de la faction rivale conduiront probablement à un nouveau soulèvement. Et si une autre révolte éclate, le régime n'y survivra probablement pas.

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Par Simin Nouri, présidente de l’association des femmes iraniennes en France et co-auteur de l’ouvrage "Où va l’Iran ? Regards croisés sur le régime et ses enjeux d’influence" aux éditions Autrement.

OMPI: Selon les informations provenant de 26 des 31 provinces du pays, jusqu'à 15 heures, heure locale, la farce électorale était totalement boycottée et les bureaux de vote vides.

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