Soulèvement populaire en Iran : le régime déstabilisé

Depuis la fin décembre, des manifestations se déroulent en Iran. Bien qu’il ne s’agisse pas de la première vague de manifestations dans le pays, cette fois, l’enjeu est différent. En effet, le régime est plus instable que jamais…

Si l’OMPI inquiète autant le régime, c’est que l’organisation dispose de réseaux efficaces à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Si l’OMPI inquiète autant le régime, c’est que l’organisation dispose de réseaux efficaces à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.
Les revendications

Les manifestations actuelles différent de celles de 2009, comme l’explique la présidente-élue de la Résistance iranienne Maryam Radjavi dans un billet paru dans le Wall Street Journal le 9 janvier dernier : « A l’époque, la cause était une rupture au sein du régime. Maintenant, la population exige le renversement du régime. » Avec des slogans comme « mort au dictateur » et « mort au Hezbollah », clairement destinés à la plus haute autorité du pays comme le président Rohani et le Guide suprême Khamenei, une large couche de la population iranienne réclame le renversement du régime des mollahs et l’instauration de la démocratie.  En outre, les manifestants protestent également contre le coût de la vie en Iran, car des millions d’Iraniens vivent actuellement dans la pauvreté. Non seulement le régime ne fait rien pour y remédier, mais il dépense des milliards de dollars dans le soutien au régime syrien et aux groupes terroristes comme le Hezbollah. Selon le dernier budget du régime, 26,8 milliards de dollars ont été alloués aux questions sécuritaires et militaires et à l’exportation du terrorisme. À cela s’ajoutent des dépenses militaires de 27,5 milliards de dollars des institutions contrôlées par les pasdaran et Khamenei.

En outre, les manifestations actuelles sont beaucoup plus étendues en termes de démographie et de géographie. Elles ont lieu dans tout le pays, et les manifestants comprennent des personnes de toutes les classes, religions, sexes et ethnies.

La répression des manifestations en Iran

Le régime des mollahs fait habituellement preuve de grande violence envers les manifestants, et les soulèvements actuels ne font pas exception à la règle. Les pasdaran ont tué au moins 50 personnes et en ont blessé des centaines. À la fin du neuvième jour de manifestations, au moins 8 000 personnes ont été arrêtées. De nombreux rapports indiquent que les forces de sécurité frappent littéralement aux portes des habitants et les avertissent de ne pas participer aux manifestations. Le filet de la répression a été jeté aussi large que possible. »

Amnesty International déplore : « Les personnes sont détenues dans des prisons qui sont tristement célèbres pour torturer et maltraiter les prisonniers. Beaucoup n’ont pas accès à un avocat et ne peuvent pas voir leur famille. »

La solidarité internationale

Le Comité Français pour un Iran Démocratique a déclaré son soutien aux manifestations en Iran, et condamne la répression menée par les forces de sécurité du régime contre les manifestants. Il rappelle que tout développement de relations commerciales et diplomatiques avec le régime en place en Iran doit passer par l’amélioration de la situation des droits de l’homme et la fin de la répression. Par conséquent, le CPID appelle les autorités gouvernementales françaises à plus de fermeté vis-à-vis de l’Iran et à rappeler la position de la France sur la situation des droits de l’Homme, sur la peine de mort et sur le respect des valeurs démocratiques.

L’ONU a également appelé au respect des droits des manifestants dans une déclaration conjointe, en faisant part de son extrême préoccupation concernant la mort de dizaines de manifestants dont des enfants, et les centaines d’arrestations signalées partout dans le pays : « Les noms et le lieu où se trouvent toutes les personnes détenues dans le cadre de ces manifestations devraient être rendus publics et il faudrait leur permettre d'entrer immédiatement en contact avec leurs familles et leurs conseillers juridiques. » La déclaration alerte également sur le blocage à Internet et la fermeture de médias sociaux comme Instagram.

 L’inquiétude grandissante du régime

Les nombreuses tentatives du régime pour endiguer les manifestations reflètent une profonde inquiétude. L’adjoint du représentant du Guide suprême et haut commandant des pasdaran Mohammad Ali Asoudi a déclaré dans une interview officielle : « Concernant les récents troubles et incidents dans certaines villes du pays... ceux qui ont des revendications légitimes, ne devraient pas descendre dans la rue, car ces rassemblements sont brutalisés et certains insurgés vandalisent les biens publics ! (…) En ce qui concerne la présence des membres et affiliés de l'Organisation des Moudjahidine du Peuple d'Iran dans ces émeutes, il convient de souligner que lorsque Maryam Radjavi envoie officiellement un message et appelle tout le monde à se rendre sur les lieux, il est évident que les membres de l'OMPI et leurs partisans sont au premier rang. »

Le président iranien Rohani a contacté le président français Macron pour lui demander de sévir contre un « groupe terroriste » iranien basé en France en raison de leurs « rôles néfastes » dans les manifestations actuelles en Iran. Rohani fait ici allusion à l’OMPI. Depuis le début de la révolte, les médias rejettent la faute sur ce mouvement d’opposants qui préoccupe depuis longtemps le régime du guide suprême. Rappelons qu’en 2009, seuls les sympathisants de l’OMPI ont été exécutés suite aux manifestations. Si l’OMPI inquiète autant le régime, c’est que l’organisation dispose de réseaux efficaces à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Ainsi, elle a pu transmettre à la presse de nombreux renseignements déterminants concernant le régime, notamment sur le programme d’armement nucléaire clandestin et les filières intégristes et terroristes des mollahs dans le monde.

 Un régime en perte de vitesse

Le régime iranien est parfaitement conscient de son instabilité. Pour le sociologue Farhad Khosrokhavar, « l’écart entre le régime et la société iranienne se creuse de manière inexorable. » Dans un article publié dans Le Monde la semaine dernière, il explique que l’appareil d’État est atteint dans sa totalité et que le régime n’a plus de légitimité. Pour lui, si la crise actuelle est « matée, le régime n'en sortira indemne que pour une période limitée, car les causes de la révolte demeurent : un système économique verrouillé par le pouvoir, corrompu et inégalitaire ; des réformistes réduits à un rôle de comparses, tant le pouvoir politique leur échappe ; et, surtout, le discrédit du pouvoir, dans sa structure théocratique, est total. Le régime s'est révélé irréformable, le Guide suprême matant l'opposition réformiste, la réduisant à l'insignifiance. »

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