Le voyage de Zarif en France, une insulte aux familles des victimes en Iran

La visite de Javad Zarif, ministre iranien des Affaires étrangères, à Paris, a été ressentie comme une insulte par les familles des personnes exécutées en Iran. Il a été confronté par de multiples protestations d’Iraniens de la diaspora pour ses crimes contre la population en quarante ans de régime islamiste.

Sima Mirzaii: Nous n'oublierons ni ne pardonnerons les crimes commis par les mollahs au pouvoir en Iran. Sima Mirzaii: Nous n'oublierons ni ne pardonnerons les crimes commis par les mollahs au pouvoir en Iran.

Par Sima Mirzaii, militante des droits de l’homme

En tant victime de la dictature iranienne, je m’insurge contre sa visite en France, pays des droits de l’homme. Je considère que recevoir le ministre des mollahs encourage le régime à se livrer au meurtre et va clairement à l'encontre des intérêts du peuple iranien qui réclame le renversement de la théocratie au pouvoir et l'instauration de la démocratie et la souveraineté du peuple en Iran.

 

Les raisons de mon opposition à l’accueil de Zarif en France

Actuellement réfugiée politique en France, quinze membres innocents de ma famille ont été exécutés lors du massacre des prisonniers politiques en Iran en 1988.

Un jour de 1988, on a demandé à mon père de se rendre à la prison. Arrivé sur place, on lui a fait savoir que son fils avait été exécuté et on lui a donné un sac contenant ses affaires. Imaginez sa douleur et sa souffrance en apprenant la nouvelle. Ma mère a également été emmenée en prison ; on lui a demandé de collaborer. Elle a dit : Mon fils a refusé sous la torture de collaborer avec les criminels que vous êtes et sans vergogne vous me demandez la même chose. En représailles, elle a été battue sauvagement.

Nous avons été interdits d’organiser un enterrement pour mon frère. Si nous ne respections pas cette interdiction, on nous a menacés d’exécuter les autres membres de notre famille encore incarcérés. C’était leur façon d’essayer de faire taire les familles et de les empêcher de répandre la nouvelle de cette tuerie sauvage.

Une mère âgée m’a raconté une histoire terrifiante au sujet du massacre de 1988. Cette année-là, alors qu’elle était avec d'autres mères au cimetière de Beheshte-Zahra à Téhéran, elles apercevaient plusieurs camions. Curieuse de savoir ce qui se passait, elles se cachaient derrière les arbres et voyaient que les camions étaient pleins de cadavres de personnes exécutées. Les gardes qui avaient amené les camions ont sorti les corps sans vie et les enterraient tous habillés dans des fosses communes.

Les gardes ont vu les mères cachées derrière les arbres. Ils les ont agressées en leur demandant ce qu'elles avaient vu. Les mères disaient qu'elles n'avaient rien vu et qu'elles étaient juste là pour se rendre sur les tombes de leurs proches. Elles ont été battues par les gardes et menacées de mort si elles parlaient des camions.

C'est cela le régime de Téhéran. Comment voulez-vous que nous nous taisions et que nous tolérions la venue en France de personnes comme Zarif, représentant officiel de ce régime sauvage ? Nous n'oublierons ni ne pardonnerons les crimes commis par les mollahs au pouvoir en Iran. Nous attendons le jour où la justice viendra.

 

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