Le terrible récit de l'assassinat en série de prêtres chrétiens en Iran

Le site du Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI) a traduit les propos d'un ancien responsable iranien sur le terrible récit de l'assassinat en série de prêtres chrétiens dans les années 90 en Iran. Un autre rebondissemnent de la divulgation de la bande audio du feu Ayatollah Montazeri sur le massacre de 30 000 prisonniers politiques en 1988, provoquant un seisme politique en Iran.

Le 2 juillet 1994 on retrouve le cadavre de Tateos Michaelian, pasteur de l’Église évangélique arménienne Saint Jean à Téhéran; trois jours plus tard, le pasteur Mehdi Dibaj, de l’Église de l’Assemblée de Dieu subit un sort analogue. © nima Le 2 juillet 1994 on retrouve le cadavre de Tateos Michaelian, pasteur de l’Église évangélique arménienne Saint Jean à Téhéran; trois jours plus tard, le pasteur Mehdi Dibaj, de l’Église de l’Assemblée de Dieu subit un sort analogue. © nima

Après la diffusion fracassante d'une bande audio de l'ayatollah Montazeri sur le « massacre des prisons » en 1988 en Iran, d’anciens responsables du régime font des aveux bouleversants sur d'autres épisodes noirs de l'histoire contemporaine de ce pays. L'une d'entre elles concerne l’assassinat en série de prêtres chrétiens dans les années 1990 en Iran.

L'évêque Haik Hovsepian Mehr et les pasteurs Tateos Michaelian et Mehdi Dibaj ont été victimes d'assassinats par les agents du ministère du Renseignement iranien, VEVAK. Téhéran a cherché à nuire à l'image de l'opposition en jetant la responsabilité des meurtres sur l’organisation des Moudjahidines du peuple d'Iran (OMPI). Le régime avait alors exhibé à la télévision d’état trois jeunes filles, présentées comme d’anciennes sympathisantes du mouvement, qui ont « avoué » selon le régime, d’avoir commis ces assassinats et accusés l’opposition de les avoir commandités.

Par la suite à la lumière des révélations sur la série noire des meurtres en série, des éléments du régime ont avoué la participation du Vevak à ces crimes dont les meurtres des pasteurs chrétiens. Le régime islamiste prêt à tous les crimes et machinations pour assurer sa survie avaient En effetacculées ces jeunes femmes à collaborer avec le régime sous la torture. Bien entendu personne n’a été dupe et le régime a été condamné par l’ONU pour ces assassinats.

Mais plus de détails vient d’être dévoilés avec les propos tenu le 26 août dernier par Mehdi Khazali, un ancien membre du cabinet de la Présidence sous Rafsandjani. Membre du bureau d’études de la présidence de la République entre de 1986 à 1995 et responsable du centre d’études biotechnologiques de la Présidence de la République de 1993 à 1995, Khazali passe à la dissidence et fut même arrêté, mais vit toujours à l’intérieur du pays. Il fait un récit horrifiant du massacre de 1988 pendant lequel 30 000 prisonniers politiques ont été exécutés en quelques semaines. Maisil fait également lever le voile sur la série d'assassinat de prêtres chrétiens quelques années plus tard. Il affirme dans une intervention sur la chaine iranienne Dorr TV : 

« Regardez, l’une de ces bandes de sauvages, ce sont trois filles qui vont servir d’appâts aux autorités de la sécurité, pour voir si ces prêtres sont des missionnaires, s’ils font du prosélytisme chrétien ou pas. Elles pensaient qu’elles n’auraient que ça à faire, d’aller les voir et de leur dire qu’elles voulaient se convertir au christianisme et qu’elles voulaient apprendre. Alors elles sont allées au domicile des deux prêtres, et ensuite, sous les yeux de ces trois filles, les prêtres sont tués, découpés en morceaux et placés dans un congélateur.

Après, on leur a demandé de dire dans une interview qu’elles avaient été chargées par l’organisation des Moudjahidine du peuple de tuer ces prêtres. Alors elles ont été contraintes de faire cette interview et on leur a promis que si elles la faisaient, après elles seraient libres.

Mais, ils se sont rendus compte que si elles repartaient libres, elles iraient dire que c’était une mise en scène, qu’elles avaient servi d’appât, qu’elles avaient été attirées dans une maison où les prêtres avaient été tués. Alors ils condamnent à mort ces trois appâts à qui ils avaient assuré la sécurité et ils voulaient les exécuter (…) un certain vice-ministre du renseignement et qui en fait est devenu ministre (me) raconte : « nous avons empêché cette mise à mort (des 3 jeunes femmes), et en plus on en est fiers, quand on a su qu’ils voulaient les exécuter, on a demandé pourquoi, elles n’ont rien fait, elles ont collaboré avec vous. Pourquoi les exécuter ? Ils ont fini par accepter de les laisser en isolement cellulaire, jusqu’à ce que - ce vice-ministre qui parle (me) raconte ça qu’en 2009 - elles sont restées en isolement jusqu’à la ménopause.

Une de ces filles était mariée, elle avait un mari et une fille. Quand sa fille entend à la télévision sa mère dire qu’elle a tué deux prêtres et qu’elle les a découpés en morceaux, taillés en pièces, et qu’elle ajoute qu’en fait les prêtres voulaient les violer, là c’était franchement exagéré, alors la fille voit sa mère comme une corrompue qui est allée fricoter avec deux prêtres et qui les tue. Elle lui donne une image de criminelle et ne veut même plus parler avec sa mère emprisonnée au téléphone et leurs relations sont totalement rompues. »

Plus tard, j’ai partagé la cellule d’un parent d’une de ces trois filles. Ce qui est intéressant, c’est que quand je lui ai dit ce qu’un vice-ministre m’avait raconté, il m’a dit qu’une de ces filles était de sa famille et que je ne pouvais pas imaginer ce qu’elles avaient souffert, le calvaire qu’elles avaient enduré, elle, sa sœur, sa mère et tous les autres et qu’aujourd’hui encore elles étaient sous surveillance, et que personne n’ose dire la vérité (…) Les dirigeants du régime des mollahs doivent être jugés pour le meurtre de ces trois prêtres et de milliers d’innocents devant une cour de justice internationale ».

 

Rappel 1 :

Le 2 juillet 1994 on retrouve le cadavre de Tateos Michaelian, pasteur de l’Église évangélique arménienne Saint Jean à Téhéran; trois jours plus tard, le pasteur Mehdi Dibaj, de l’Église de l’Assemblée de Dieu subit un sort analogue. Il s’agit du troisième homicide dans la même année de hauts représentants des Églises chrétiennes en Iran : en janvier, en effet, l’évêque des Assemblées de l’Église de Dieu, Haik Hovsepian Mehr avait fini prématurément ses jours sous les coups des sicaires envoyés par les dirigeants islamistes. Tous les trois pasteurs évangéliques, iraniens de naissance, avaient été à diverses reprises menacés en raison de leur foi chrétienne. Medhi Dibaj, accusé depuis son plus jeune âge d’avoir abjuré la religion de ses pères, avait passé plus de dix ans en prison.

La persécution des chrétiens en Iran n’est pas une série d'événements isolés ou le résultat de préjugés individuels, mais plutôt une politique d'État mis en œuvre à tous les niveaux, sous diverses formes.

Au milieu des années 1990, l'évêque Haik Hovsepian Mehr, à la tête des assemblées iraniennes de Dieu, avait été sommé de se conformer aux directives suivantes: Aucun service de l’église ne doit être effectué dans la langue persane (la langue du peuple).

Tous les membres doivent être délivrés avec des cartes d'adhésion et leur admission aux services seraient sur la production de la carte appropriée. Les photocopies de ces cartes et les listes de membres avec leurs adresses doivent être donnés aux autorités compétentes. Les réunions du dimanche doivent être pour les membres seulement. Aucune réunion n’aura lieu un autre jour, en particulier, vendredi. Pas de nouveaux membres peuvent être admis sans en informer le service compétent du ministère de l'Information et de l'Orientation islamique.

L'évêque a défié les autorités en leur disant : « Jamais moi ou mes ministres nous nous conformerons à ces exigences inhumaines et injustes » et « nos églises sont ouvertes à tous ceux qui veulent entrer. »

Haïk Hovsepian Mehr a été assassiné le 2 juillet 1994 en même temps que le pasteur Tateos Michaelian.

Le régime islamique a adopté une politique délibérée d'élimination progressive des églises existantes sous des prétextes juridiques. Plusieurs églises ont été contraintes de fermer à Téhéran. Divers maison-groupes religieux ont également été fermées à Sari et Machad et Ahvaz et les chrétiens sont strictement interdits de se rencontrer. En dépit des garanties de la liberté religieuse pour les chrétiens à l'article 13 de la Constitution iranienne, c’est une infraction que de vendre une copie de la Bible en Iran. La loi sur l'apostasie demeure en vigueur et est puni de la peine capitale.

 

Rappel 2 :

L'enregistrement audio de l'ayatollah Montazéri, révélé par son fils au début du mois d’aout 2016, décrit le massacre de 30 000 prisonniers politiques de 1988 en Iran de « crime le plus terrible perpétré en république islamique depuis la révolution et pour lequel l’histoire va nous condamner ». Cet enregistrement de 40 minutes de propos tenus lors d'une réunion à huis clos entre le dauphin du fondateur de la République islamique et les quatre membres de la commission chargée de mener « l'épuration » des prisons iraniennes, est l’un des documents les plus importants publiés à date sur les événements tragiques de 1988.

C'est la première fois que ce sujet sensible est évoqué sur la scène médiatique en Iran. Les autorités ont toujours cherché à éluder cet épisode sanglant de l'histoire contemporaine de l'Iran, de crainte d’éventuelles poursuites devant un tribunal pénal international pour ce qu’Amnesty International a décrit comme « crimes contre l'humanité ». Or depuis la publication de l'enregistrement audio publié à l'occasion du 28ème anniversaire de « l’été sanglant », les appels des opposants, mais aussi des figures du régime, pour faire la lumière sur « le massacre des prisons » sont de plus en plus nombreux.

Khomeiny a opté pour la « solution finale » pour liquider les membres et sympathisants du principal mouvement d’opposition, les Moudjahidine du Peuple. Ces derniers purgeaient leurs peines de prison et certains étaient mêmes sur le point d'être libérés. Une « commission de la mort » a été chargée de les rejuger et évaluer le degré d’attachement à leurs convictions politiques. Ceux qui refusaient d’utiliser le terme péjoratif de « Monafeghine » pour désigner les Moudjahidine du Peuple, étaient mis à mort. Cette vague d’exécutions était consécutive à une précédente, survenue entre 1981 et 1983, au cours de laquelle des dizaines de milliers d'opposants ont été fusillés après d'effroyables tortures. Les islamistes qui avaient dévoyé la Révolution de février 1979, cherchaient à présent à étouffer toute opposition des forces démocratiques et laïques.

Dans son interview télévisé, Mehdi Khazali (cité plus haut), a également décrit l’ampleur horrifiante du massacre de 1988 à Evine: « Le groupe le plus important et le plus peuplé qui a opposé l'Etat, était l’organisation des moudjahidine du peuple (...) Ce groupe ne pouvait être anéanti qu’avec l'autorité de l'Imam. En fait, ils voulaient décimer ce groupe et affirmaient que si nous libérons une personne, il risque de devenir un renégat et nous serons alors confrontés à un plus grand nombre. Il vaut mieux les exécuter, et, ce faisant, les familles seront terrifiées et personne n'osera devenir renégat (…) Selon la sous-direction du ministère du Renseignement, quelques 20.000 personnes ont été exécutés à Téhéran et en province. Le chiffre de 4000 mentionné par M. Montazeri ne concerne que Téhéran, et, selon quelqu'un comme M. Maleki ( un ancien vice-ministre des renseignements), près de 33.000 personnes ont été pendues en une trentaine de jours. »

Les militants des droits de l’homme en Iran ont appelé les instances internationales de se saisir de ce dossier et de faire traduire en justice les responsables du massacre de 1988. « En ce qui concerne le peuple iranien, il ne renoncera jamais à sa demande de poursuite de chacun des dirigeants du régime impliqué dans ce massacre, peu importe le nombre d’années que cela prendra, a déclaré Maryam Radjavi, présidente du Conseil national de la Résistance iranienne. Les Nations Unies et le Conseil de Sécurité des Nations unies doivent prendre les dispositions politiques et juridiques nécessaires en ce qui concerne les poursuites internationales des dirigeants du régime pour ce crime contre l'humanité.»

Me William Bourdon à la conférence de presse à Paris 6 septembre sur le #1988Massacre en Iran. © cnri

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