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Billet de blog 7 août 2012

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Frack Attack en Pennsylvanie

Aux Etats-Unis, en Pennsylvanie, rien ne semble pouvoir arrêter la ruée vers le gaz de schiste, quels que soient les coûts humains et environnementaux d’une telle exploitation. Une poignée de militants a décidé de se battre. Les voici en images, accompagnés de quelques points de repère sur le désastre en cours dans l’Etat.

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Aux Etats-Unis, en Pennsylvanie, rien ne semble pouvoir arrêter la ruée vers le gaz de schiste, quels que soient les coûts humains et environnementaux d’une telle exploitation. Une poignée de militants a décidé de se battre. Les voici en images, accompagnés de quelques points de repère sur le désastre en cours dans l’Etat.

La Pennsylvanie est déjà marquée, balafrée pourrait-on dire, par l’exploitation tout azimuts des gaz de schiste. Comme si l’Etat n’avait aucun égard pour les risques environnementaux et humains d’une telle entreprise. Et le rythme de croissance des forages et des chantiers qui défigurent la région ne devrait pas ralentir : il est de bon ton aux Etats-Unis de défendre l’indépendance énergétique et les techniques dites « propres » d’exploitation du charbon ou du gaz. Car, oui, certains voient l’extraction des gaz de schiste via les méthodes du forage horizontal dirigé et de la fracturation hydraulique comme propre. Rappelons que le « fracking » fut interdit en France en 2011 car considéré comme une technique hautement polluante.

Mais en Pennsylvanie, l’appel du gisement de Marcellus était trop fort. Cette zone qui s’étend sur plusieurs Etats -la Pennsylvanie, la Virginie Occidentale, l’Ohio et New York- regorgerait de gaz de schiste. Shell, Exxon, Halliburton, Anardako, Chesapeake Energy et consors n’ont pu résister. Les autorités de Pennsylvanie ont déroulé devant eux un tapis rouge. Et se sont servies au passage. La Pennsylvanie offre une version aboutie d’une démocratie en panne, où le système de collusion entre les grandes entreprises et les élus –finançant ainsi leur campagne- fonctionne à la perfection. En 2010, le gouverneur de l’Etat, le républicain Tom Corbett, aurait touché 1.3 millions de dollars de l’industrie pétrolière et gazière pour financer sa campagne, selon le National Institute on Money in State Politics.

Au début de cette ruée vers l’or, en 2008, les habitants n’ont pas tout compris au film. Les propriétaires terriens ont vu arriver des représentants des grandes firmes déjà citées, leur proposant d’exploiter leurs sous-sols contre un chèque et des royalties sur les bénéfices réalisés. Dans cette région pauvre, où la crise de 2008 n’a rien arrangé, ils ont dit « oui » en masse.

En février dernier, le gouvernement local est allé jusqu’à voter l’Act 13. Certaines provisions de cette loi ont déjà été considérées anti-constitutionnelles et la Cour suprême de l’Etat doit statuer prochainement sur son sort. Prévoyant un système de taxation des plus légers (et dégressif) sur l’exploitation de puits, elle sert surtout à confisquer un peu plus aux municipalités leur droit à l’aménagement du territoire. Et ce, pour aider les entreprises gazières. Elle prévoit même une clause de confidentialité que les entreprises pourraient imposer aux médecins ayant à soigner des patients exposés aux produits chimiques servant au fracking. Leur interdire de parler sous prétexte de protéger leurs « formules secrètes ». Les fameuses « formules secrètes » qui rendent le fracking si suspect... La fracturation hydraulique nécessite des tonnes d’eau chargée de produits chimiques -dont un certain nombre d’éléments radioactifs- envoyées dans les sous-sols afin de « libérer » le gaz de schiste. Pour avoir une idée des possibles effets d’une telle méthode , visionner ou revisionner le documentaire GasLand (ICI).

« Trop, c’est trop », hurlent certains. La mobilisation citoyenne s’organise voire se radicalise, même si elle reste minoritaire et peu relayée par les médias traditionnels. Les voici en images du côté de Williamsport, dans le comté de Lycoming, au nord-est de la Pennsylvanie. Au cœur du sujet.

Dans le comté Lycoming, les camions et les hélicoptères génèrent une pollution sonore continue tandis que les travaux ravagent le paysage. Impossible d’échapper aux forages, stations de retraitement des eaux ayant servi au fracking, stations de compressions du gaz et chantiers de construction de gazoducs. A côté d’habitations.

Des militants manifestent au bord de la route entre Jersey Shore et Williamsport :

Ils ont choisi ce lieu car ici se trouvait l’ancien parc à mobil homes de Riverdale, devenu un symbole de la lutte contre les gaz de schiste depuis juin dernier.

Début 2012, Aqua America a racheté ce terrain afin d’y construire une station de pompage de l’eau de la rivière voisine, la Susquehana, pour ses opérations de forage. Et les 32 familles ont appris par le journal local qu’elles allaient donc devoir partir… Mais un mouvement de soutien est né, relayé par les militants d’Occupy Wall Street de la région et d’associations prônant l’action directe comme Earth First !. En juin, ils ont campé ici pendant douze jours, tenant tête à Aqua America, et ils ont suscité la sympathie de nombreux habitants du coin. Puis ils ont été expulsés, mais en ayant réussi à attirer des médias nationaux et obtenu une compensation plus importante qu’initialement prévue pour les familles.

En ce mois de juillet, ils reviennent militer pour que le symbole perdure. Des automobilistes klaxonnent en signe de soutien.

Kevin (ci-dessous) est un ancien habitant de Riverdale. Il s’est réinstallé dans un mobil home situé à une centaine de mètres de son ancienne maison. « En février, j’ai appris dans le Sun Gazette que notre terrain était vendu à Aqua America. J’ai demandé de l’aide sur Facebook, je n’y connaissais rien, je voulais savoir si un avocat pouvait nous aider à protéger nos droits. Et petit à petit, des associations opposées au fracking m’ont contacté, ces gens sont venus nous aider. »

Le 1 août, les militants anti-gaz de schiste poursuivent leur action à l’entrée du stade de Williamsport, à l’heure du match de baseball. Un policier passe, leur indique qu’ils peuvent rester du moment qu’ils n’encombrent pas le trottoir.


Les réactions des passants en disent long sur la manière dont est perçue cette « ruée vers le gaz ». Certains expriment un soutien timide ou lancent : « Nous sommes avec vous ! ». D’autres disent leur tristesse et ponctue leur échange avec les militants d’un, « mais où doit-on aller vivre alors, sur la lune ? ». Certains sont agressifs et hurlent : « Le gaz est la meilleure chose qu’on ait jamais eue ! ». La majorité ne montrent que désintérêt et résignation.

L’Etat de Pennsylvanie vient d’octroyer à Anadarko les droits miniers pour exploiter ce coin de nature particulièrement apprécié des amoureux de la marche. Des tests sont en cours afin de repérer où se trouve le gaz :

« Maintenant, je sais ce qu’on ressent lorsqu’on vit au Nigéria. Le fait d’être simplement une colonie pour des multinationales libres de venir puiser dans vos ressources naturelles, les emmener avec elles, leur faire prendre de la valeur, puis vous les revendre », déclarait récemment Doug Shields, ancien membre et président du Conseil municipal de Pittsburgh, Pennsylvanie.

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