Red Hook, quartier abîmé, où l'on n'oublie surtout pas d'aller voter

Cela pourrait presque devenir une publicité pour le vote, avec un slogan du genre « J’ai traversé un ouragan, je n’ai plus de maison… Mais je vote, car c’est l’avenir de nos enfants qui compte ». Ce mardi d’élection, le quartier à la fois populaire et bobo de Red Hook, dans le sud de Brooklyn à New York, ville démocrate par excellence, offre un curieux mélange de dévastation et d’actes citoyens.

Cela pourrait presque devenir une publicité pour le vote, avec un slogan du genre « J’ai traversé un ouragan, je n’ai plus de maison… Mais je vote, car c’est l’avenir de nos enfants qui compte ». Ce mardi d’élection, le quartier à la fois populaire et bobo de Red Hook, dans le sud de Brooklyn à New York, ville démocrate par excellence, offre un curieux mélange de dévastation et d’actes citoyens.

Dans les rues, on croise des Américains vidant leur sous-sol et rez-de-chaussée, inondés par Sandy, l’ouragan passé par là il y a déjà une semaine. Spécificité new-yorkaise, où les infrastructures datent du 19ème siècle : les réseaux servant à évacuer les eaux de pluie et les égouts ne sont pas séparés, contrairement à Paris, et les stations d’épuration saturent très rapidement. Les eaux usées se retrouvent dans la mer. Ce qui signifie que les habitants de Red Hook ont été non seulement inondés, mais avec des eaux dites contaminées.

L’eau s’est progressivement retirée, révélant l’étendue des dégâts. Il est donc l’heure de se protéger, de tout vider, de tout jeter. C’est assez impressionnant. Et ça sent mauvais.

Pour autant, tout le monde souligne le sens de la communauté et l'entraide, permettant de nettoyer les petits bars bohèmes du coin et de les rouvrir vite, autant que d’aider les populations des HLM voisines. Cela paraît presque trop beau. Ca ne l’est pas : il n’y a toujours pas d’électricité, des bastons éclatent autour de lampes torches qui sont volées… Bizarrement, le courant est revenu dans quelques pâtés de maisons, complètement au hasard ; la colère contre le Con Edison, le EDF américain, monte. Le supermarché local a été presque rayé de la carte –il avait été construit au bord de l’eau-, il faudra des mois pour le remettre en état de marche.

En bas des HLM, la garde nationale est en place. Elle organise le ravitaillement. Des militaires de plus d’1m90 élevés à la protéine distribuent donc des lampes mais surtout des produits pour bébé et des couches. En face, l’église s’est transformée en dépôt où sont stockés les ravitaillements et puis en cellule de soutien psychologique (enfin c’est une église quoi).

C’est donc dans cette ambiance que s’est déroulé le vote, ce mardi. Dans un quartier où une partie de la population a été évacuée, où les écoles censées servir de bureaux de vote se sont transformées en refuges, où, on peut imaginer, le vote est peut-être la dernière chose à laquelle on pense quand on n’a ni chauffage ni douche chaude depuis une semaine.

Eh bien pourtant, à Red Hook, absolument tous les gens avec qui nous avons discuté ont été voter. Ils saluaient la décision du gouverneur de l’Etat, Andrew Cuomo, de « désectoriser » le vote suite à Sandy, c’est-à-dire de permettre aux New Yorkais de voter dans n’importe quel bureau de vote. Ils saluaient surtout, encore une fois, les efforts  de la « communauté » : les volontaires qui circulent dans la quartier toute la journée pour distribuer les formulaires de demande d’aide fédérale suite à la catastrophe mais aussi qui les guident vers le bureau de vote le plus proche ; les personnes motorisées qui se proposent d’amener qui le souhaite aux urnes… Derrière les HLM, la seule école du quartier qui est restée un bureau de vote ne désemplit pas. L’électorat issu des communautés latino et afro-américaine va voter en masse. Non, l’effet Obama n’a pas totalement disparu, même après quatre ans, même après un ouragan.

La suite en images. Elles sont de Michael Sharkey.

 

 © Michael Sharkey © Michael Sharkey

Des volontaires, venant d'un peu partout à New York, quadrillant le quartier pour aider les habitants à trouver le bureau de vote.

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Alexander, habitant du quartier. Il a voté ce matin, vide son sous-sol avec l'aide de volontaires cette après-midi.

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La garde nationale en bas des HLM du quartier. Distribution de biens et de nourriture.

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A la sortie des urnes, Red Hook, Brooklyn, New York.

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