Les banquiers parlent d'Occupy Wall Street

Le discours de façade du monde de la finance new-yorkaise se résume à un timide « leur colère est normale », jusqu'à l'improbable « franchement, je les comprends » de George Soros, le tout sans se sentir trop concerné non plus. En privé, les discussions donnent tout autre chose, comme un témoigne cet intéressant article du New York Times.

 

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« La plupart des gens voit le mouvement comme un groupe désordonné cherchant un côté sexe, drogue et rock&roll », témoigne le cadre d'un hedge fund. « Ce n'est pas un soulèvement de la classe moyenne. Ce sont des groupes en marge, des gens qui ont du temps pour se dédier à cela », estime un banquier. Le quotidien cite encore tous ceux qui se sentent démunis voire « l'esprit embrumé » face à ce mouvement. Ceux qui réagissent au quart de tour : « Mais la finance est l'une des rares choses que sait encore faire ce pays, et bien faire », s'emporte l'un des banquiers tandis qu'un autre rappelle le montant des taxes versées à l'Etat.

 

Le New York Times raconte ensuite une chose simple : les personnes travaillant à Wall Street qui engrangent assez d'argent pour correspondre au slogan « Vous êtes les 1% ; on est les 99 restants » ne se sentent pas visées. « Je ne crois pas que l'on se considère comme une cible en fait. Je crois qu'ils manifestent leur colère contre une économie qui va mal », avance le président de l'un des principaux lobbies des banques et des assurances à Washington. Le quotidien rapporte encore le témoignage d'un cadre d'une banque française qui dit à ses collègues avoir été à la rencontre des manifestants pour en savoir plus, « il ont littéralement explosé de rire ; ce ne sont pas des endroits où ils ont l'habitude d'aller ».

 

Je constate qu'il n'est pas évident de discuter du sujet avec mes (rares) connaissances new-yorkaises appartenant au monde de la finance, se sentant rapidement agressées, n'ayant pas envie de se lancer dans un grand débat sur leur conception du monde. Celle qu'incarne le symbole Wall Street. Mais ces mots doivent être entendus parce que la façon dont les indignés américains sont perçus par Wall Street et par tous ceux qui ne manifestent pas est aussi importante que leurs revendications.

 

Pour que cette perception change ou colle mieux à la réalité, il faut seulement qu'ils aillent VOIR. Oui, sur Zuccotti Park-Liberty Square, on n'est pas très loin de la caricature du squatt arty, ce qui alimente facilement les attitudes de dédain, la minimisation du mouvement par certains banquiers. Mais qu'ils sortent manifester dès qu'un gros rassemblement est organisé, comme ce samedi par exemple. Parce que là, c'est tout autre chose. C'est un échantillon de tous ceux qui n'arrivent pas à joindre les deux bouts ou qui ne supportent plus le système économique violemment inégalitaire dans lequel ils vivent. L'échantillon représentatif d'une ville, d'un pays.

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