The revolution will not be televised

Elle trottine sur ses talons pour s’approcher de la scène, moulée dans un tailleur Wall Street, chevelure blonde bien en place. Elle sort son téléphone-appareil photo-caméra-ipod-iphone-i$$ et se met à cadrer. « Waouh, awesome ! Mais comment ont-ils fait pour nettoyer aussi vite ? »

Il la regarde, accoudé à l’une des barrières métalliques marquant les limites de feu Liberty Square. Il dormait là. Il a très envie de lui mettre une claque mais il n’en fait rien. Il explique calmement qu’en s’y mettant à 1h du matin, forcément, à midi, la police a tout « nettoyé ».

 

A la place des tentes et stands incarnant Occupy Wall Street, a pris place une armée de policiers silencieux, bras croisés ou pouces dans les poches. Certains sont à cheval. La plupart portent des casques. Casques devant être équipés d'un câble envoyant une décharge à chaque fois que le policier esquisse un sourire. Car l’agent du NYPD est par définition tendu et ne sourit jamais, même quand quatre jeunes femmes néo-hippies s’assoient à ses pieds et commencent à onduler le buste en imitant le dandinement du flic, d’une jambe sur l’autre.

 

S’y mélangent les officiers affectés aux affaires communautaires, une section de la police locale censée favoriser le dialogue, notamment avec les jeunes. Le dialogue est une réussite.

 

La police a fait exploser le mouvement new-yorkais. « Vers 1h du matin, ils sont venus expulser tout le monde. Ceux qui refusaient de partir ont été arrêtés. Ils ont confisqué tous les biens qui se trouvaient ici. » Négociations ? Non.

 

Ceux qui n’ont pas été arrêtés se sont dispersés aux quatre coins de la place, du quartier, de la ville. Des militants pas très en forme finissent leur nuit contre les barrières. Un côté fin de rave et descente pas cool. Un côté cour des miracles et des espoirs déçus.

Une jolie jeune femme, l’air pas trop épuisé, est prise d’assaut par 27 journalistes de la télévision à qui elle résume la situation, ils trouvent son piercing à la langue très « Occupy ». Un homme fait le tour de la place barricadée, il hurle au NYPD « Step down, save the people not the billionnaires, Step down, save the people not the billionnaires, Step down, save the people not the billionnaires… ». Une femme fait le tour dans l’autre sens et leur hurle « Shame on you ». Des passants s’inquiètent du devenir d’un chiot made in Occupy, qui squatte les lieux depuis deux mois lui aussi. Un chien adulte est accroché aux barricades, il porte une sorte de cape (un duvet pour chien), peut-être qu’il va tout arracher et sauver le mouvement. Une jeune femme arrive, rollers aux pieds. Marni Halasa porte une robe pailletée aux couleurs du drapeau américain et fait de chouettes pirouettes sur ses patins à roulettes. Dans la vie, elle est artiste sur patins. « Je ne sais pas trop quoi faire d’autre pour soutenir le mouvement. » Sa bonne humeur suffit. Elle promet d’emmener d’autres patineuses « mais ce n’est pas évident de les convaincre d’enfiler leur robe pour ce genre de chose vous savez ».

 

Le bruit des hélicoptères recouvre sa voix. Des caméras dans le ciel pour filmer une patineuse, des jeunes qui dorment, d’autres qui hurlent, quelques animaux, le NYPD installer son propre campement à la place d’Occupy Wall Street.

 

 

Pour voir la scène en images, regardez sur le net.

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