La plaie irakienne

This is the end. Mercredi, Barack Obama tenait un discours sur une base militaire de Caroline du Nord pour accueillir et remercier les troupes américaines quittant définitivement l'Irak. Jeudi, les médias américains commençaient à faire le bilan, largement négatif, d'une guerre qui aura duré neuf ans. Revue de presse.

 

Extrait des documents classés secret défense sur Haditha © New York Times Extrait des documents classés secret défense sur Haditha © New York Times

En Une, le New York Times choisit de revenir sur l'un des épisodes les moins glorieux de la guerre en Irak : le massacre de Haditha. Le 19 novembre 2005, 24 civils irakiens étaient tués par des soldats américains dans cette ville située à l'ouest de Bagdad.

 

Le quotidien publie l'enquête de Michael S. Schmidt -à lire ici-, qui apporte un éclairage nouveau sur ce massacre. Et cette enquête est le résultat d'un coup de chance. En octobre dernier, marchant dans les environs de Bagdad, il tombe sur un dépotoir. Il fouille et trouve un document où il voit inscrit « Interview » et le nom d'un soldat. Le journaliste cherche encore et récupère d'autres documents américains abandonnés portant l'étiquette « classified ». Au total, Michael S. Schmidt met la main sur 400 pages classées secret-défense qui attendaient d'être détruites. Dans le quotidien new-yorkais, on découvre donc des extraits de cette enquête interne menée par l'armée américaine sur Haditha, notamment les confessions des soldats présents.

 

L'article revient d'abord sur les circonstances du massacre, « dans une province qui était devenue un bastion d'insurgés sunnites et de combattants étrangers qui souhaitaient expulser les Américains d'Irak ».

Le 19 novembre 2005, un convoi de 4 véhicules de l'armée américaine arrive donc à Haditha quand l'un des véhicules est visé par une bombe. « Plusieurs marines sortent pour aider les blessés, dont l'un mourra, tandis que les autres partent à la recherche des insurgés qui ont pu déclencher l'explosif. En quelques heures, 24 irakiens – dont un vieillard de 76 ans en fauteuil roulant et des enfants entre 3 et 15 ans- sont tués, beaucoup le sont à l'intérieur de leur maison. »

 

Citant les documents de l'enquête, le journaliste s'attache surtout à décrire la déshumanisation des soldats en Irak. Il met en exergue certains de leurs mots et expressions. Que 20 civils soit tués lors d'un combat ? « Not remarkable », rien de si étonnant, la routine. « A cost of doing business ». Il analyse également la violence gratuite qui devient la norme.

 

« Some, feeling they were under attack constantly, decided to use force first and ask questions later. »

 

A noter que suite à l'enquête interne sur l'épisode Haditha, aucun soldat n'a été condamné, Haditha devenant ainsi un nouveau symbole d'injustice et de défiance envers les Américains. « Cette conception de l'impunité à l'américaine a fini d'envenimer la discussion sur la possibilité que des troupes américaines restent en Irak puisque les Irakiens ne les auraient pas laissées rester sans les assujettir à la justice irakienne, ce que la Maison blanche ne pouvait accepter », explique le journaliste. Le contenu de ces documents, qui commencent seulement à être publiés, ne va certainement pas améliorer les relations entre les deux pays.

 

Le Washington Post égrène d'autres drames et erreurs de cette guerre. L'éditorialiste David Ignatius juge ici que la plus grande erreur américaine n'aura pas été de faire tomber Saddam Hussein mais d'avoir détruit les infrastructures d'un pays.

 

America’s greatest mistake in Iraq wasn’t toppling Saddam but detonating the infrastructure of the government, the army and the educational and social institutions that made civilized life possible

 

Sur la BBC, l'ancien Secrétaire d'Etat adjoint aux affaires publiques, P.J. Crowley, estime que la plus grande réussite du conflit irakien aura été la création d'un gouvernement démocratique. Mais il ajoute que cette guerre aura coûté tant de vies et elle aura tellement porté atteinte aux Etats-Unis que, finalement, « c'est peut-être trop tôt pour le dire, mais ça n'en valait certainement pas la peine ».

 

La presse donne ainsi un aperçu des sentiments d'incompréhension, de colère, d'écoeurement voire de honte qui dominent chez tous ceux qui se sont opposés à cette guerre depuis le début ou sur le tard. Je citerai en conclusion le blogueur du site satirique de gauche Wonkette : « C'est fini ! Rien à ajouter, c'est vraiment fini... », réagit-il, ajoutant qu'il n'y a pas de quoi se réjouir.

 

« Mais sincèrement on a vraiment peu de chose à dire aujourd'hui, parce que... Que dire ? Neuf ans, 4.500 soldats américains tués, mille milliards de dollars, les estimations les plus prudentes tournant autour de 100.000 victimes civiles irakiennes... On pourrait seulement imaginer que, neuf ans après, notre colère a légèrement diminué, cela semblerait logique. Mais nous n'avons pas cette chance. »

 

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