Québec : un bastion gréviste tombe

Le collège du Vieux-Montréal, l’un des Cégeps les plus impliqués dans le mouvement de grève des étudiants québécois, a finalement voté la reprise des cours vendredi 17 août. Retour sur leur journée d’assemblée. Et sur la lutte étudiante, loin d'être terminée.

Le collège du Vieux-Montréal, l’un des Cégeps les plus impliqués dans le mouvement de grève des étudiants québécois, a finalement voté la reprise des cours vendredi 17 août. Retour sur leur journée d’assemblée. Et sur la lutte étudiante, loin d'être terminée.

 

Le Cégep du Vieux-Montréal a tranché : le retour en cours s’effectuera lundi dans cet établissement de premier cycle d’enseignement supérieur montréalais, après six mois de grève et de mobilisation pour la gratuité scolaire et contre la hausse des frais décidée par le gouvernement Charest. 

Ce lieu est connu pour être l’un des plus impliqués dans le mouvement étudiant québécois. Les étudiants du Vieux-Montréal sont majoritairement affilés à la Classe, la fédération étudiante considérée comme la plus radicale puisqu’elle continue de prôner la grève jusqu’à la gratuité scolaire, sans accepter de compromis, quelles que soient les peines et amendes prévues pour les grévistes par la loi 12 (ou loi 78, la loi qui impose le retour en classe en cette mi-août).

Ils ont tenu jusqu’au bout, jusqu’à ce que l’administration du Cégep fasse planer la menace d’une « mention d’échec scolaire » s’ils ne remettaient pas les pieds en classe cette semaine, et continuaient ainsi de bousculer le calendrier scolaire. Lors d’un premier vote, ce lundi, les étudiants ont encore majoritairement voté pour la poursuite de la grève. Mais une pétition signée par plus de cent élèves a abouti à un second vote, ce vendredi.

Voici  un résumé de cette journée en images, assorties de témoignages.

Le Cégep compte quelques 6.000 élèves. Ils sont donc des milliers à se rendre sur place, dès 8h30, pour participer à leur assemblée. Le but est de débattre de leurs différentes options. Lesquelles ? Le retour en classe ou la poursuite de la grève. Ou encore la trêve, en attendant le résultat des élections provinciales anticipées qui ont été fixées au 4 septembre et qui pourraient signer la fin du gouvernement Charest dont l’inflexibilité a précipité la crise étudiante.

 

Réunis dans le gymnase, les étudiants sont libres de venir exprimer leur opinion devant leurs pairs. Un jeune homme appelle chacun à suivre ses convictions, « sans céder sous la menace et malgré le risque de perdre sa session universitaire ». Des mains se lèvent et s’agitent en signe de soutien. Un autre prend la parole, concis : « C’est bon maintenant, on a compris qu’on avait une position. Retournons en cours et laissons les élections du 4 septembre décider de la suite. »

La journée s’étire. Certains jouent aux cartes, un jeune homme tricote. « Je sais qu’on est fatigués, je n’ai pas fumé de cigarette depuis quatre heure là… Mais nous n'avons pas fini, alors essayons d’avancer », lance un jeune installé à l’avant du gymnase, l’un des facilitateurs du débat.

Dehors, des étudiants font une pause. Mais les discussions se poursuivent. Etienne, 19 ans, est de ceux qui ont pris la parole dans l’assemblée. « Les partisans de la grève parlent au nom du groupe, tandis que ceux qui s’y opposent parlent surtout d’eux. Ce conflit entre le collectif et l’individu continue de m’interpeller, qu’est-ce que je dois privilégier ? », s’interroge le jeune homme qui dit qu’il s’abstiendra si le vote porte sur la reprise des cours.

Sandie, Julie, Mélodie et Alex sont toutes pour la poursuite de la grève. « Franchement, au point où nous en sommes, il faut qu’on continue. Je me fiche de perdre ma session », estime Alex. « Les élections, c’est bien gentil mais ce n’est pas une solution. Le Parti québécois nous promet des choses par opportunisme, on ne sait pas ce qui va arriver s’il est élu », poursuit Mélodie.

 

Cette détermination n’est pas forcément comprise par leurs proches. « Mon père est PDG d’une entreprise, il vote Très à droite et il ne me comprend absolument pas. Je suis le mouton noir de la famille. Je suis partie de chez moi pendant une semaine à cause de ce conflit », explique Alex. « Moi, ma mère tricote des carrés rouges », glisse Julie. « Mes parents, tout ça les indiffère complètement, ils ne sont pas concernés... Ils voteront pour le Parti Québécois comme toujours, par habitude », analyse Mélodie.



Anthony et Jasmine, 18 ans, sont en désaccord
. Elle est pour la poursuite de la grève car elle estime qu’il est déjà trop tard pour reprendre les cours, « apprendre en accéléré, je ne vois pas trop l’intérêt ». Tandis qu’Anthony n’a jamais vraiment été pour la grève. « Je veux bien payer cette hausse des frais de scolarité. Ce qui ne m’empêche pas de respecter et de compatir avec les grévistes. Mais là, je perds un peu patience. » Anthony espère en revanche que le gouvernement Charest sortira perdant des élections, le 4 septembre.

La journée s’accélère lorsque arrive, sans prévenir, la « question préalable ». Dans le jargon des assemblées étudiantes, qui obéissent au Code Morin, il s’agit d’une question devant être immédiatement suivie d’un vote. Et cette fois-ci, c’est la question centrale: « Qui est pour la reprise des cours ? » Contrairement à lundi, une majorité de mains se lèvent. Et le lent décompte commence. Le retour en classe est voté, avec une journée de grève chaque 22 du mois afin de se rendre à la désormais traditionnelle « grande manifestation du 22 ».

Camille et Marianne sont déçues. « Je suis très en colère, très frustrée que ça se termine ainsi », témoigne Camille. « Les gens ont peur… Ils en ont ras-le-bol, c’est tellement dommage… », analyse Marianne, émotive, s’excusant de ne pas trouver ses mots, « voilà, on capitule ».

Mais si le Cégep du Vieux-Montréal « capitule », comme la majorité des Cégeps ayant voté ces derniers jours (à noter que les universités s’expriment surtout la semaine prochaine), le mouvement étudiant a déjà réussi à s’inscrire dans la durée. Il est maintenant partie prenante d’un processus plus classique mais peut-être plus à même de faire avancer le débat : les élections. Un scrutin anticipé aura lieu le 4 septembre au Québec. Et le vote des jeunes y sera décisif. Vont-ils faire tomber le gouvernement Charest ?

Rendez-vous pour un prochain billet de blog sur les étudiants québécois dans quelques jours !

Avec la participation d’Oriana Jomby-Diaz, apprentie photographe et journaliste.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.