Etre un jeune américain de 23 ans et voter Ron Paul

Ron Paul est républicain, il a 76 ans, et il fait rêver les jeunes. Certains jeunes du moins : des républicains ou des démocrates déçus et plutôt des hommes. Depuis le début des élections primaires républicaines, le candidat récolte régulièrement la majorité du vote des 18-29 ans. Pourquoi ?

Ron Paul est républicain, il a 76 ans, et il fait rêver les jeunes. Certains jeunes du moins : des républicains ou des démocrates déçus et plutôt des hommes. Depuis le début des élections primaires républicaines, le candidat récolte régulièrement la majorité du vote des 18-29 ans. Pourquoi ?

 

Britton Burdick milite pour Ron Paul. Britton Burdick milite pour Ron Paul.
Rencontre avec Britton Burdick, 23 ans. Issu d’une famille de la classe moyenne californienne, il étudie les sciences politiques à la New York University depuis cinq ans et il est à la tête de l’association de soutien à Ron Paul de la fac. Il nous explique pourquoi le parlementaire texan élu douze fois depuis 1988, qui se présente pour la troisième fois aux présidentielles, lui plaît tant. Pourquoi soutient-il l’idéologie libertarienne de Ron Paul et ses idées en marge de la ligne du Grand Old Party comme d’abolir la banque centrale américaine, d’effectuer des coupes drastiques dans le budget fédéral et de supprimer le département de l’éducation ?

Soyons clairs : nous n’allons pas nous lancer ici dans une analyse critique des idées de Ron Paul mais écouter un jeune homme nous expliquer les raisons de son militantisme.

 

- Tu as 23 ans et tu n’es pas fan d’Obama ?

Je suis un déçu d’Obama. J’ai voté pour lui en 2008, et j’y croyais vraiment. D’autant plus que je suis passionné et politisé depuis tout jeune. Je pensais que Barack Obama allait immédiatement fermer Guantánamo et cesser les guerres en cours, que le Patriot Act disparaîtrait, je pensais que la différence avec l’administration Bush serait immense. Ca n’a pas été le cas, et ça ne l’est toujours pas : notre gouvernement s’implique au Yémen, en Libye... Je me suis donc de plus en plus intéressé aux idées de Ron Paul et à son anti-interventionnisme. Elles m’ont plu. Je me suis encarté au parti républicain pour pouvoir voter aux élections primaires cette année. J’appartiens maintenant aux "Blue republicans", ce sont les déçus du parti démocrate qui rejoignent le GOP seulement pour voter Ron Paul.

- Quelles idées te plaisent tant chez ce vieux politicien ?

Un poster de campagne de Ron Paul. Un poster de campagne de Ron Paul.
Je fais confiance à cet homme, ça fait trente ans qu’il défend les mêmes choses. Il est cohérent. Il insiste énormément sur la notion de choix personnel et ça me plaît. Par exemple, je trouve la réforme de la couverture santé d’Obama nécessaire, mais pourquoi vouloir sanctionner ceux qui refusent de prendre une assurance (surtout que celles-ci sont forcément privées donc chères) ? L’Etat fédéral n’a pas à nous imposer ce genre de chose.  Pareil pour la religion, je trouve insupportable de voir à quel point la religion s’immisce dans le débat politique. Notre constitution prévoit la séparation de l’Eglise et de l’Etat ! Ron Paul est chrétien, mais il garde ses vues pour lui. Tout le monde devrait en faire de même. C’est d’ailleurs la différence entre Ron Paul et le mouvement Tea Party. On partage certaines idées sur le rôle limité de l’Etat fédéral, mais le Tea Party défend l’héritage chrétien de ce pays. Moi, je m’en fiche.

Ron Paul considère seulement que l’Etat fédéral doit s’en tenir au minimum, faire respecter les principes constitutionnels mais laisser aux Etats fédérés et aux communautés locales l’essentiel de la gestion politique. Je trouve ça bien car ça mène souvent aux bonnes décisions. Prenons le mariage gay : l’Etat fédéral est frileux. Mais des Etats fédérés le légalisent, puis des Etats proches se rendent compte que ce n’est pas si terrible et le légalisent aussi, et ainsi on avance. On a 50 Etats, 50 contrats sociaux différents, ça permet d’expérimenter des tas de choses et de garder le meilleur.

- Garder le meilleur, ou de tendre vers le pire…

Mais si les Texans préfèrent dire à leurs enfants que la théorie de l’évolution n’existe pas, qu’ils le fassent ! Ainsi ils se rendront compte qu’ils en font des idiots, incapables d’aller à l’université, et ça les fera changer d’avis. L’Etat ne doit pas servir de baby-sitter, il faut que les gens soient plus responsables.

- Tu penses vraiment qu’un tel fonctionnement politique est possible ?

Un poster de campagne. Un poster de campagne.
Je ne sais pas, je suis plutôt cynique et pessimiste face à la situation politique de mon pays. Je ne dis pas que Ron Paul va tout changer du jour au lendemain. Mais s’il pouvait mettre en application ne serait-ce que 15% de ses propositions, je pense que la situation s’améliorerait.

Je n’ai pas envie de parler d’étiquette, de courant libertarien, de GOP, etc. Pour moi c’est le message qui compte, et le message de Ron Paul -qui est de dire stop à la surpuissance de Washington- me séduit. Ce n’est pas compliqué en même temps vue la pauvreté du débat politique en ce moment ! La controverse prend toujours le dessus, et les vraies idées disparaissent. Regardez cette hystérie autour de la contraception… Personne n’arrive à déplacer le débat au bon endroit, à savoir aborder le fait qu’on soit incapable de séparer véritablement l’église et l’Etat.

- Ce qui te dérange finalement, c’est le lobbying politique. Le groupe qui hurle le plus fort obtient ce qu'il veut. Ron Paul pourrait changer ce mode de fonctionnement ?

Les grands lobbies, comme le lobby de l’énergie, ne soutiennent pas Ron Paul mais plutôt un candidat comme Mitt Romney. En terme de financements, quand Obama réussit à lever 29 millions en un mois (en janvier), Ron Paul récolte en moyenne 2 ou 3 millions par mois pour mener sa campagne. Donc, oui, il pourrait tout à fait gouverner en étant libre, sans être redevable à ces lobbies. Ce serait une première.

Nous abordons pour conclure l’âge de Ron Paul et le fait qu’à 76 ans, n’étant pas le candidat favori de ces primaires, il a très peu de chance de s’installer un jour à la Maison Blanche. Britton évoque alors le fils de Ron, Rand Paul, élu sénateur du Kentucky en 2010, un républicain à l’étiquette Tea Party, qui « poursuivra sûrement le travail de son père ».

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