Des perles entendues au cœur des gilets jaunes

Les manifestants ont souvent bien plus de profondeurs et de finesse d'esprit que la balourdise des dominants ne peut en saisir.

Passons rapidement sur le pénible de la journée de samedi (1er décembre) : bousculée violemment par des CRS, le poignet encore douloureux le lendemain, le téléphone jeté au sol par des fonctionnaires en armures... Quelques beaux clichés perdus. Je ne perds pas de temps à dénoncer cela, ni à dénoncer les polices en habits de casseurs. 

Il reste ma mémoire des choses lues ou entendues ici et là. De petites perles qui sortent de la rumeur commune et de masse :

  • "plus de moyens pour nos CRS" Je ne crois pas qu'il s'agisse uniquement d'une pointe d'humour, mais de la conscience des difficultés que rencontrent les fonctionnaires et des paradoxes auxquels ils sont soumis. Quelques vidéos circulent sur internet montrant des forces de l'ordre rejoindre les gilets jaunes. Par exemple, ici. On gagnerait à mettre en série les images de ces scènes. 
  • "Rendons-nous ingouvernables"
  • "Marie-Antoinette à la Bastille". À l'évidence, sont désignés les affameurs du peuple vivant si loin des réalités concrètes des Français (frigo vides, budget d'essence, désespoir, sentiment d'injustice et conscience de ne compter pour rien dans l'esprit de ceux qui ont pour tâche de représenter le peuple et ses intérêts...) qu'ils ne comprennent rien à ce qu'il se passe.
  • "On ne peut pas laisser des élections décider" scandait un petit groupe d'hommes occupés à bloquer un accès aux voitures. Là aussi, voici un mot d'ordre plus profond qu'il n'en a l'air... Car une petite recherche permet de voir que ces mots sont en fait ceux de Wolfgang Schäuble, des mots que le ministre allemand de l'économie avait employé pour refuser l'idée même que les Grecs auraient pu décider démocratiquement quoi que ce soit à propos de leur politique. Finalement, il se pourrait que manifestants et représentants des politiques libérales les plus violentes soient d'accord sur un point : il serait naïf de prendre encore au sérieux les rituels de la démocratie.
  • "Tu ne pourras jamais dissoudre le peuple" ai-je pu lire sur le dos d'un gilet. Cette fois, le mot emprunte à la poésie de Brecht : "Le peuple a par sa faute perdu la confiance du gouvernement et ce n'est qu'en redoublant d'efforts qu'il peut la regagner. Ne serait-il pas plus simple alors pour le gouvernement de dissoudre le peuple et d'en élire un autre ?

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