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Billet de blog 5 déc. 2017

Marion Longo chez les Hadzabes

Marion Longo est une jeune anthropologue partie en Tanzanie à la rencontre des Hadzabés. Elle tourne un documentaire en leur compagnie. Son projet, «les hadzabés derrière la caméra» pourrait bien être aussi «la caméra derrière l'anthropologue».

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Marion Longo est une ethnologue qui réalise actuellement une étude sur les Hadzabés, petit groupe de chasseurs-cueilleurs de Tanzanie. Elle part vivre avec eux dans la brousse, elle apprend leur langue, elle fait un film documentaire. Il n'est pas tout à fait juste de dire qu'elle fait une "étude sur" ; sans doute, vaudrait-il mieux dire que cette étude est menée non pas sur mais en compagnie de femmes et d'hommes qu'elle interroge, qu'elle rencontre.

Son projet, elle l'a intitulé Les Hadzabés derrière la caméra car elle craignait de porter un regard trop objectivant sur cette petite société, car elle craignait peut-être aussi de cultiver un certain nombre des illusions interculturelles dans lesquelles nous tombons immanquablement : qu'il s'agisse de réduire l'autre humain à sa culture, qu'il s'agisse de l'enfermer dans sa supposée sauvagerie inculte ou dans une très idéalisée authenticité primitive. Tout au long de son documentaire, Marion Longo se confronte à ces écueils avec beaucoup de lucidité et beaucoup de prudence.

Après les 50 minutes de son documentaire, que retient-on ? Qui sont les Hadzabés ? L'anthropologue ne résout pas ces questions, et c'est tant mieux. Bien sûr, ce qu'elle donne à voir passe dans une large mesure au travers de son regard, de sa subjectivité d'européenne, de sa formation universitaire. Son documentaire, pourtant, fait apparaître autre chose. Marion Longo avait peut-être souhaité que les Hadzabés eux-mêmes se filment - façon de se prémunir de tout regard biaisé. Je crois que ce qui fait l'intérêt de son documentaire, c'est qu'effectivement quelque chose se filme, quelque chose s'observe, quelque chose fraie un chemin pour se dire. C'est la Rencontre, la rencontre inter-humaine.

L'intérêt de ce film réside là : tandis qu'elle mesure ce qui la sépare des Hadzabés et ce qui est commun entre elle et eux, on voit la jeune femme s'expliquer avec sa subjectivité et à travers elle, c'est l'anthropologie occidentale qui s'explique, qui se trahit. Très heureusement, la caméra filmait les Hadzabés et filmait Marion Longo filmant.

Comme souvent, ce témoignage a la structure d'un récit. Et ce récit se noue autour d'un objet, boboboako, la moto. Cette moto cristallise la tension narrative du documentaire et dessine le lieu d'une Rencontre et son enjeu. "Achète-nous une moto, Marion !" Une moto pour raconter le déplacement jusqu'au point d'eau, pour raconter le déplacement d'une anthropologue dans ses positions. Marion Longo apportait dans ses bagages une caméra et c'est une moto qu'on lui demande plutôt. Chacun de ces deux objets portent en lui ses horizons de possibilités, ses vertiges. Je retiens du film une seconde où le nouage est apparent : dans le rétroviseur d'une moto, on aperçoit la caméra. Boboboako et caméra se réfléchissent l'un l'autre.

" Boboboako - une moto en terre hadza " : bande annonce © Marion Lo

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