Et pourtant, elle tourne… depuis 27 jours

 « Eppure si muove » souligne la feuille A4 suspendue autour du cou d’une jeune femme qui tourne, elle aussi, devant l’Hôtel de Ville de Paris, dans la « Ronde infinie des obstinés ».

La Ronde infinie des obstinés (© isseka)

 

« Eppure si muove » souligne la feuille A4 suspendue autour du cou d’une jeune femme qui tourne, elle aussi, devant l’Hôtel de Ville de Paris, dans la « Ronde infinie des obstinés ».

 

Ce lundi 6 avril à 19h40, la Ronde tourne depuis 342 heures selon l’ardoise qui repose au centre du cercle de marcheurs. Ils sont près de quatre-vingt. Certains lisent, écoutent de la musique, d’autres discutent, quelques-uns trinquent autour d’une bière, dans un apéro-mobile, presque joyeux, serein. Marcher dans la douce chaleur estivale et la claire lumière du soir n’est-ce pas naturel ?

 

Enseignants, chercheurs, étudiants, lycéens… Les allures et les tenues sont si différents qu’il est tentant de se prêter au jeu des métiers : avec la citation de Galilée, une professeur d’italien ? Et ça, c’est le bureau administratif ? Des élèves en art plastique ? Là, avec un Pléiade entre les mains, une étudiante en lettres modernes ?

 

Ils sont réunis, à l’initiative de l’université Paris-VIII Saint-Denis, dans cette marche perpétuelle pour dénoncer les réformes de l’enseignement et de la recherche entreprises par le gouvernement, l’obliger à l’État à les retirer et à négocier.

 

« Le savoir coûte cher, essayez l’ignorance », menace une pancarte.

 

Depuis le 23 mars à midi, ils tournent, presque silencieusement en se relayant jour et nuit pour que la ronde ne s’arrête jamais. Les membres de Paris-VIII ont été rejoints par d’autres universités, des sympathisants, des passants…

 

La Ronde infinie des obstinés (© isseka)

 

19h55 : « Changement de sens ! ». À l’appel, les marcheurs se retournent. La ronde reprend dans l’autre sens.

 

Ce qui frappe, c’est le calme avec lequel les « protestataires » déambulent sur l’ancienne place de grève, alors que sur les côtés filent les voitures et les bus. Le mouvement des marcheurs se noie par instants dans la foule qui traverse le parvis, sans cesser son pas lent. Il y a un aspect paisible, simple, presque hypnotique, comme un cercle de prière tibétain.

 

« La ronde pourra perdurer parce que sa force, c’est d’être en apparence inoffensive. Sa force, c’est de susciter le dialogue avec les passants. Sa force, c’est sa permanence. Marcher en silence fait grande impression », explique le blog créé pour l’occasion, sur lequel chacun peut s’inscrire pour marcher quelques heures avec les « obstinés ».

 

20h. Au centre de la ronde, neuf personnes dressent un panneau sur lequel est inscrit un mot. L’un après l’autre, ils le clament pour former une phrase : « La Ronde infinie des obstinés tourne depuis 343 heures. »

 

21h30. Lorsque je repasse, la ronde s’est un peu clairsemée, ils ne sont plus qu’une quarantaine. Quelques marcheurs sont partis, d'autres sont encore là, des nouveaux les ont rejoints. Au centre, un groupe fait une pause.

 

« Pécresse m’a obstiner », précise une pancarte.

 

Quelque chose ne tournerait-il plus rond dans l’acceptation passive de la politique de Nicolas Sarkozy ?

 

La Ronde infinie des obstinés (© isseka)

 

Le mercredi 15 avril, la Ronde tournait depuis 557 heures.

 

(Pour suivre la Ronde sur la webcam de la place de l'Hôtel de ville, c'est ici;

pour lire un précédent billet de blog Mediapart sur le sujet c'est .)

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