Civilités

Vendredi 8 mai, dans le métro aérien, ligne 6.Ils entrent dans le wagon en terrain conquis accompagnés de leurs copines. Tous les deux, la casquette de base-ball vissée sur le crâne.

Vendredi 8 mai, dans le métro aérien, ligne 6.
Ils entrent dans le wagon en terrain conquis accompagnés de leurs copines. Tous les deux, la casquette de base-ball vissée sur le crâne. L’un me marche sur le pied, se retourne et me lance un regard un peu mauvais, un peu gêné, mais pas assez pour s’excuser. Il va plutôt se réfugier dans le geste viril d’enlacer la jeune black qui l’accompagne.

 

L’autre, sac à dos couleur camouflage sur les épaules, s’accroche à la barre verticale. Se tire vers l’avant, se laisse aller vers l’arrière. Et pèse de son poids contre la porte alors que le train ralenti dans la station où, sur le quai, les passagers se pressent pour monter. Lorsque la porte s’ouvre, il tarde à libérer le passage, ce qu’il fait, d’une traction des bras, après avoir jeté sur les arrivants un long coup d’œil : on le dérange, il en prend sa copine à témoin.

 

Le métro poursuit son trajet aérien, puis s’enfonce sous terre.

 

À la station Montparnasse, elles arrivent avec leur valise à roulettes et sac de voyage. Malgré le monde, elles parviennent à se faire une place dans le wagon. La première, appuyée contre le strapontin, place devant elle sa valise sur laquelle son amie pose son sac. L’équilibre est précaire, surtout qu’elles ne bloquent pas les bagages entre leurs corps et continuent de papoter. La tour s’effondre bientôt et tombe sur le jeune au sac camouflé. Il sursaute et se déporte juste à temps pour ne pas prendre la barre de la valise sur les pieds. Il cherche des yeux, avec surprise et une colère prête à éclater, d’où viennent les projectiles qui l’ont bousculé. Dans un éclat de rires, les deux voyageuses ramassent leurs bagages et remonte le tas, sans un regard pour lui. Il suit la manœuvre, guette les deux femmes, disposé pour les foudroyer du regard dès qu’elles vont se tourner vers lui. Peine perdue, il est face à un dos. Elles reprennent déjà leur conversation en riant. Il les observe, incrédule. Sa tête bascule de la scène vers sa copine à la recherche d’un renfort. Son visage passe lentement de la fureur assurée à la stupeur inquiète. Finalement, impuissant, il marmonne une plainte à son amie.

 

Elle me reste inaudible, mais je me plais à imaginer celle-ci : « Elles auraient pu s’excuser ! »
Les deux voyageuses, elles, commentent la température dans les wagons bondés en fonction des saisons.
C’est vrai que c’est chaleureux, ce soir, le métro parisien à l’heure de pointe.

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