Par Adrien Saumier le vendredi 16 décembre 2011, 18:44 - écologie - Lien permanent
Avec la fin de la voiture d'une tonne au sein des villes, les petits véhicules seront roi et surtout, surtout, le piéton va reprendre sa suprématie. Mais pas comme il y a 150 ans, non, car l'électronique, la robotique et les Japonais sont passés par là.
Le piéton malmené
Le piéton est souvent le grand oublié des politiques de déplacement urbain. On pense aux routes (tout le temps), aux pistes cyclables (de temps en temps), aux voies de bus (parfois). Mais il arrive souvent que pendant les aménagements voire après les travaux le piéton soit contraint à de grands détours, à cause d'un rond-point, à cause d'un passage piéton 20 mètres en contrebas d'un carrefour, de double-sens exotiques...
En 2008, un article d'Ecopolit du talentueux Antoine Astruc annonçait la revanche du piéton, et donnait trois objectifs pour une ville agréable, accessible et désirable pour les piétons :
- Se donner comme objectif de rendre toute la ville accessible au piéton.
- Admettre que le piéton est un très bon moyen de se déplacer.
- Assumer le fait qu’une telle politique risque de changer la ville.
Nul besoin de modification massive de Plan de déplacement urbain (PLU) ou de concours international d'architectes-sur-le-retour à lancer, il s'agit simplement de prendre en compte la manière la plus écologique et économique de se déplacer : trottoirs partout y compris en périphérie, chemins pensés pour le piéton en premier lieu, densification de la ville, itinéraires rendus agréables en évitant les no man's land...
Mais avec une Europe qui vieillit, ainsi que les normes d'accessibilité toujours plus drastiques, n'est-il pas illusoire de rendre toute la ville accessible et assez dense pour penser se passer de véhicules motorisés ?
La revanche du piéton cyborg
Une nouvelle technologie est apparue récemment : la "cybernic", mélange de cybernétique, de robotique. Elle fera (re)marcher des personnes qui ne peuvent pas, ou plus. Et réconciliera les impératifs de déplacements urbains doux et les normes d'accessibilité.
Un article d'Engadget (en anglais) nous présente HAL 5 or Hybrid Assistive Limb 5, présenté dans la vidéo ci-dessous.
La fiche d'identité du HAL (c'est le nom du costume), est disponible sur le site de l'université de Tsukuba qui héberge les recherches. Son design emprunte beaucoup aux canons esthétiques des mangas japonais et aux jeux vidéo avec des "mechas", ces robots-armures que le grand public a découvert avec l'AMP d'Avatar récemment (présenté dans cette vidéo).
Un entrepreneur israélien a pris aussi le même chemin que le HAL, avec Rewalk, limité quant à lui aux jambes et destiné clairement aux hémiplégiques. C'est impressionnant.
Il apparaît évident que les industriels ne se limiteront pas aux personnes paralysées et à mobilité réduite à mesure que ces appareils progresseront s'amélioreront, seront plus légers, plus rapides...
Alors qu'on cherche à se séparer des voitures en centre-ville et que se posent des questions sur l'accessibilité des lieux avec l'augmentation de la population âgée, ce genre de dispositf peut être une solution. Loin du rabaissement (au sens premier du terme) que peut constituer un fauteuil, avec en plus tous les problèmes de place que cela pose, un exosquelette de jambes, avec assistance à la marche et aide à la position assise (sans chaise), rendrait la balade possible à toute une population qui en était privée du fait de son grand âge, ou augmenterait l'endurance de toute la population.
Bien sûr, ça peut servir aussi à l'armée, et d'aucuns imaginent déjà un fantassin ultra puissant, qui court plus vite, soulève des charges plus lourdes et des armes plus puissances... ou un policier qui pourrait patrouiller sur des kilomètres et des kilomètres sans fatigue, ou un ouvrier à la chaîne qui aurait le droit de "s’asseoir-debout" ou de travaillerà comme l'artilleur ci-dessous.
Il ne s'agit pas de science-fiction, mais des derniers développements des techniques actuelles. Nul doute que ces machines pourraient donner un second souffle à l'art d'être piéton et de flâner, à un coût énergétique bien moindre que des mobylettes à moteur deux-temps, des scooters même électriques, en prenant bien moins de place qu'une voiture.
D'ici là, rendons les espaces publics avant tout aux piétons, agrandissons les espaces qui lui sont dédiés et préparons-nous à l'arrivée du piéton 2.0 ou "piéton augmenté".
Source/Blog d'Adrien Saumier, Europe Écologie Les Verts Paris 13e