TCHAT - La valse-hésitation autour de l'accord PS-écologistes et la mise en retrait d'Eva Joly suscite des questions. Yannick Jadot, eurodéputé écologiste y a répondu en tchat, ce vendredi.
Yannick Jadot est eurodéputé écologiste.
Ben.Un accord avec le PS au début de la campagne, est-ce que cela ne donne pas le signe d'un vote utile dès le premier tour face à des écolos gourmands en sièges électoraux et prêts à beaucoup de concessions ?
Yannick Jadot. Je crois qu'au contraire, un accord entre EE-LV et le parti socialiste réduit la pression du vote utile qui pèse sur Eva Joly, puisque nos électorats, socialistes et écologistes, veulent être sûrs que nous proposerons une majorité alternative. L'accord, s'il acte de nombreuses convergences entre nous, acte aussi des désaccords, et laisse toutes leur place aux thèmes chers à l'écologie : la sortie du nucléaire, le climat, l'Europe fédérale, ou une République des biens communs.
Dédé. Que va-t-il se passer ce week-end ? Que reste-t-il à éclaircir avant la signature définitive ?
Mr-Tee. On voit sur les réseaux sociaux de très nombreux conseillers fédéraux EE-LV dirent qu'ils ne voteront pas pour l'accord avec le PS. L'accord a-t-il des chances d'aboutir ?
Y. J. La dernière étape de validation de l'accord signé entre Cécile Duflot et Martine Aubry, c'est l'approbation par le conseil fédéral d'EE-LV (notre Parlement). Je pense que l'accord est un bon accord pour les écologistes, justement parce qu'il envoie le signal de notre responsabilité à participer à une majorité alternative, qu'il engage la transition énergétique, qu'il introduit une dose de proportionnelle et qu'il permettrait en cas de victoire d'avoir un groupe écologiste à l'Assemblée nationale qui pèse sur toutes les politiques publiques. En même temps, cet accord confirme que nous n'avons pas cédé, ni sur l'EPR, ni sur l'aéroport Notre-Dame-des-Landes, et ces désaccords confirment que les ruptures énergétiques, industrielles, ou de transports que portent les écologistes ne sont pas partagées par les socialistes. Enfin, grâce à cet accord, et grâce à la campagne présidentielle, nous allons poursuivre le dialogue avec les Français sur le nucléaire, dialogue dont ilis ont été sevrés depuis quarante ans.
Mr-Tee. Sur déjà plus de la moitié des circonscriptions réservées à EE-LV, des socialistes menacent de dissidence... A quoi sert un accord s'il n'est pas respecté ?
Y. J. Rien ne dit aujourd'hui, malgré ces menaces, que l'accord ne sera pas respecté. Martine Aubry et François Hollande se sont engagés à ce que l'accord le soit. Le système électoral français ne permet pas jusque-là une juste représentation des idées écologistes. L'intérêt de cet accord, c'est aussi de nous permettre de sortir progressivement des négociations aussi difficiles avec les socialistes, parce que nous serons à l'avenir plus autonome électoralement avec la proportionnelle.
Tom. Sur le principe, que vous inspirent les «parachutages» en politique ?
Y. J. Philippe Meirieu est lyonnais depuis très longtemps, Cécile Duflot vit depuis vingt ans en Ile-de-France, elle vient tous les jours à Paris sans parachute. Les réactions de Gérard Collomb et de Bertrand Delanoë en disent plus sur les faiblesses socialistes que les pratiques écologistes. Cécile Duflot a toute sa place à Paris. Les attaques de Bertrand Delanoë ne marquent pas une grande confiance en sa dauphine, Anne Hidalgo.
Gaston. Dites-nous la vérité sur ce qui se passe avec Eva Joly. La rumeur dit qu'elle déprime et que cela explique son retrait actuel. Est-ce vrai oui ou non ?
Y. J. Eva Joly ne déprime pas. Eva Joly s'est beaucoup battue pour que l'accord avec les socialistes soit le meilleur possible. Et quand on voit les réactions du lobby nucléaire, du gouvernement et de l'UMP, et quand on voit que le débat nucléaire, enfin, est commencé en France, on voit que sa détermination a payé. Avec la confusion, cette semaine, autour de l'accord signé par les socialistes, il n'est pas du rôle de la candidate à la présidentielle de faire «le service après vente». L'accord signé est un accord de législature, qui concerne la majorité parlementaire, il est normal qu'Eva Joly prenne un peu de hauteur par rapport à cet accord, et se replace totalement dans la campagne présidentielle.
BBX. Eva Joly ne se rend-elle pas compte que ses principes sont incompatibles avec une pratique de la politique en France aujourd'hui, minée par le clientélisme, l'affairisme, le cumul, etc. au PS comme ailleurs ?
Y. J. La candidature d'Eva Joly répond justement à ce problème très grave de la démocratie française. Le nucléaire, comme les déchêts, comme les grandes infrastructures de transport, comme l'agriculture, sont dirigés par de très puissants lobby qui ont malheureusement pris en main de trop nombreux dirigeants politiques. C'est justement la force et l'intérêt de la candidature d'Eva Joly que de dénoncer ces pratiques et de vouloir y mettre fin. Son passé démontre qu'elle ne se résignera jamais là-dessus.
Tom. Quelle différence sur le fond entre participer à une majorité et participer au gouvernement ? A titre personnel, est-il envisageable que vous participiez à un gouvernement dont le Premier ministre serait socialiste ?
Y. J. L'accord signé définit une feuille de route pour une majorité parlementaire. Elle acte aussi, en ce début de campagne présidentielle, des désaccords importants. La campagne présidentielle et le débat politique permettront aux Français de mieux comprendre ces enjeux nucléaires, et plus largement la transition écologique que nous proposons. Au terme de cette campagne nous verrons si le contrat de gouvernement que proposera François Hollande au soir du premier tour tient compte des propositions écologistes ou pas. Nous déciderons alors de participer ou pas au gouvernement s'il nous le propose et évidemment s'il arrive en tête des candidats de gauche au premier tour.
GP. Vous avez donc passé un accord de législature avec le PS (sous réserve de son adoption). Quid du Front de Gauche ? Va-t-il falloir tout renégocier dans quelques semaines/mois ?
Y. J. Il faut poser la question au Front de gauche. Il est évident que les attaques régulières de Mélenchon vis-à-vis de François Hollande et des socialistes sont contradictoires avec les pratiques historiques des négociations des communistes avec le Parti socialiste sur les circonscriptions. Je suis très curieux de voir si le Front de gauche émettra ou ira aussi loin dans la négociation programmatique que les écologistes.
Naro. Je pense qu'il faudrait un référendum sur le nucléaire civil... Et vous ?
Y. J. La proposition du Front de gauche est un compromis entre un parti communiste favorable au nucléaire et un parti de gauche qui souhaite la sortie. Qui ne tranche pas pour eux le fond du problème. La difficulté avec un référendum en France, notamment s'il se situe fin 2012 ou début 2013, c'est qu'on ne répond que rarement à la question qui est posée. Ce qui est prévu dans l'accord, c'est qu'il y aura un grand débat public sur l'énergie en cas de victoire, qui débouchera sur une grand loi-cadre sur l'énergie. Je pense que c'est un bon compromis entre la nécessité du débat citoyen et la responsabilité de la nouvelle majorité.
Lili. La réduction du nucléaire comme négociée dans l'accord avec le PS n'est-elle pas néfaste à notre industrie et notre économie ?
Y. J. L'Allemagne, l'Espagne, la Belgique, le Danemark ont choisi de sortir du nucléaire aussi pour monter dans le train de la nouvelle économie : l'économie verte. Ce faisant, ces pays ont créé des centaines de PME sur l'ensemble de leur territoire. En Allemagne, par exemple, les énergies renouvelables ont depuis un peu plus de dix ans, créé 370 000 emplois, alors que le nucléaire en France fournit seulement 125 000 emplois. Il faut relire les discours d'Obama de janvier 2011, et de mai 2009. Il faut lire le 12e plan quinquenale de la Chine dans les deux cas, ces pays font des économies sobres en énergie et fondées sur les énergies renouvelables. L'enjeu crucial du XXIe siècle. Areva est une entreprise qui, du fait de sa monoculture nucléaire, va très mal. Il est temps de développer la seule filière nucléaire d'avenir : le démantèlement. Et il est temps qu'Areva devienne une entreprise leader au niveau mondial sur les énergies renouvelables.
Tom. 4% [d'intentions de vote, ndlr] dans les sondages, ça doit quand même être déprimant après les bons scores d'EE-LV aux scrutins intermédiaires ?
Y. J. Nous ne sommes qu'au début de la campagne. Et nous savons que l'élection présidentielle est une élection difficile pour les écologistes. Les mois qui viennent devront, à la fois prouver la pertinence des propositions écologistes, et permettre de contrer l'argument permanent du vote utile. Les crises sont d'une telle gravité qu'il est temps de mettre en œuvre des solutions différentes, et nous croyons que le vote écologiste est un vote juste.
Lili. Avez-vous encore des contacts avec Nicolas Hulot ?
Y. J. Pas personnellement. Son interview dans le JDD, la semaine dernière, pour défendre la sortie du nucléaire a marqué un premier retour de Nicolas Hulot. Et nous ne doutons pas qu'il tiendra sa promesse de venir soutenir la campagne, en ces temps de crise, tous les écologistes sont utiles.
Simonbriens. A force de parler de votre relation avec le PS, n'oubliez vous pas d'attaquer le gouvernement de droite sur son bilan en matière d'écologie politique ?
Y. J. C'est vrai. La période de négociation d'un accord a mis l'accent sur les convergences et les divergences entre écologistes et socialistes, le temps de la campagne présidentielle va permettre de cibler davantage le bilan catastrophique de Nicolas Sarkozy en matière d'environnement, malgré les promesses du Grenelle.
Entendre Eric Besson nous attaquer aujourd'hui sur l'irresponsabilité qui serait la nôtre en matière de transition énergétique, alors qu'il y a encore six mois, il a sacrifié 25 000 emplois dans l'industrie photovoltaïque pour défendre le nucléaire, est affligeant. Entre le président Nicolas Sarkozy qui fait du modèle allemand, notamment industriel, sa nouvelle religion, sans comprendre à quel point la transition énergétique qu'ils ont développé est emblématique de ce dynamisme est tout autant affligeant.
La campagne présidentielle, encore une fois, sera le moment pour dire nos différences avec les socialistes mais clairement que nos adversaires sont Nicolas Sarkozy et sa majorité.
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