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Billet de blog 30 juillet 2010

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Les paysans haïtiens manifestent contre Monsanto

Le 4 juin, environ dix mille paysans haïtiens ont marché pour protester contre le « cadeau empoisonné » de semences de la compagnie américaine Monsanto Company. La manifestation était organisée par de nombreux mouvements sociaux ruraux haïtiens qui proposent un modèle de développement reposant sur la souveraineté alimentaire et la souveraineté des semences plutôt que sur l'agriculture industrielle.

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Le 4 juin, environ dix mille paysans haïtiens ont marché pour protester contre le « cadeau empoisonné » de semences de la compagnie américaine Monsanto Company. La manifestation était organisée par de nombreux mouvements sociaux ruraux haïtiens qui proposent un modèle de développement reposant sur la souveraineté alimentaire et la souveraineté des semences plutôt que sur l'agriculture industrielle. « Longue vie aux semences de maïs locales! » et « Les OGM et semences hybrides de Monsanto violent l'agriculture paysanne! » sont des exemples de slogans chantés lors de la manifestation.

Avec des ventes atteignant $11,7 milliards en 2009, la compagnie multinationale Monsanto Company est la plus grande compagnie de semences au monde, contrôlant un cinquième du marché global des semences et 90% de tous les brevets sur les semences de la biotechnologie agricole. Monsanto a annoncé en mai avoir livré 60 tonnes de semences de maïs et de légumes hybrides en Haiti et plus de 400 tonnes de ces mêmes semences (pour une valeur de $4 millions) seront aussi livrées pendant l’année 2010 à 10 000 fermiers. La multinationale United Parcel Service assurera la logistique de transport, tandis que Winner, un projet de $127 millions appuyé par l’Agence américaine pour le développement international (USAID) et engagé dans « l’intensification agricole » distribuera les semences. Selon Monsanto, la décision de faire don de ces semences à Haïti aurait été prise lors du Forum économique mondial de Davos en Suisse: « Le PDG Hugh Grant et le vice président exécutif Jerry Steiner étaient présents à l’évènement et ont discuté au sujet de solutions en vue d’aider Haïti. » Il n’est pas certain qu’aucun Haïtien ait été effectivement présent lors de ces conversations à Davos.

Nombreux sont les Haïtiens qui considèrent le don de semences de Monsanto comme faisant partie d’un vaste projet stratégique d’impérialisme politique et économique. « Le gouvernement haïtien utilise le tremblement de terre pour vendre le pays aux multinationales », déclare Chavannes Jean-Baptiste. Monsanto fait remarquer que les semences offertes sont hybrides et non génétiquement modifiées. Ceci dit, les semences hybrides ne renforceront pas la souveraineté alimentaire ou la capacité des paysans haïtiens à se nourrir; Monsanto admet qu’ils seront incapables de préserver des semences pour en planter dans l’avenir, et que même si les semences leur sont offertes gratuitement, les paysans devront les payer. « Donner tout simplement les semences entraverait l’un des fondements de l’infrastructure économique et agricole d’Haïti », affirme Monsanto, qui donne les semences au gouvernement qui, lui, les vendra aux paysans.

La semence de maïs hybride donnée par Monsanto a été traitée avec le fongicide Maxim XO et la semence de tomate calypso a été traitée avec du thirame, un produit si toxique que le gouvernement américain exige à ses travailleurs agricoles de porter des vêtements protecteurs lorsqu’ils le manipulent. Les communiqués de Monsanto avec le ministère de l’agriculture haïtien ne contiennent aucune explication quant aux dangers de ces produits chimiques et aucune offre de formation ou d’équipement spécial pour les paysans et paysannes haïtiens.

« L’introduction de Monsanto en Haïti conduira à la disparition des paysans », affirme Doudou Pierre Festil, membre du Mouvement

paysan du congrès de Papaye et responsable du Réseau national haïtien pour la souveraineté alimentaire et la sécurité. « Si les semences de Monsanto entrent en Haïti, les semences locales disparaitront. Les semences de Monsanto créeront des problèmes de santé et d’environnement. Il faudra donc combattre ce projet jusqu’à la mort pour protéger les paysans ». L’Organisation des Nations Unies estime que 75% de la diversité génétique des plantes dans le monde est déjà perdue en raison de l’abandon des semences locales au profit de variétés génétiquement uniformes offertes par les multinationales et de la contamination des semences locales par les hybrides et les GM. L’homogénéité génétique augmente la vulnérabilité des fermiers face aux changements climatiques et l’apparition de nouvelles pestes et maladies, tandis que l’agrobiodiversité, adaptée aux différents microclimats, altitudes et sols, est fondamentale à l’adaptation face aux changements climatiques.

Les critiques du don de Monsanto affirment que la meilleure façon d’assurer un approvisionnement suffisant de semences en Haïti passe par la collecte, la conservation et la propagation de variétés locales dans les banques de semences. Les variétés de semences haïtiennes se sont adaptées pendant plusieurs générations au climat et aux régions haïtiennes, en tandem avec son peuple. Conserver, sélectionner et replanter les semences renforce la capacité d’adaptation à de nouvelles conditions et augmente la biodiversité.

Via Campesina News – 15 juin 2010

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