Peut-on diminuer drastiquement le prix des médicaments?

Les instances de chaque pays tentent de diminuer les prix des médicaments en ménageant, parfois à juste titre, ce que cette industrie peut amener en valeur d'emploi, d'industrie pour la production. La question qui se pose est finalement: peut-on aider cette industrie à faire plus de bénéfices à investir dans la recherche de nouvelles molécules et diminuer drastiquement les prix des molécules? .

Posez cette question et un tas de spécialistes de tout bord vont avoir les cheveux qui se dressent en vous parlant de la complexité, de la quadrature du cercle, de coût de revient pour sortir et produire une nouvelle molécule et les chiffres sont effectivement mirobolants. En général, les gens arrêtent de réfléchir et de poursuivre leurs arguments en voyant ces chiffres. Les spécialistes de la chose vous diront qu'avec une licence de 20 ans il vous reste 8 à 10 ans pour commercialiser et faire du profit et croyez-moi quand vous voyez l'investissement, cela vous donnerait la jaunisse d'oser prendre la décision d'investir surtout qu'il vous faudra se lancer dans des études longues, coûteuses sans certitude de poursuivre mais aussi perdre du temps dans les discussions pour l'enregistrement, puis le prix et le remboursement soit une douzaine d'années à perdre en ventes protégées par une licence. Maintenant si vous saviez le nombre de chiffres et de trésors d'arguments qui sont déployées pour expliquer le coût soit disant faramineux de la production (que seul la production connaît surprised et que vous ne pouvez pas contredire, je reviens plus loin sur ce sujet) auquel vous ajoutez les coût de commercialisation, vous avez vite un prix fort intéressant qui sera aussi remboursé, donc payé indirectement par toute la population. Si en plus vous allez d'abord dans les pays où c'est le ministère des affaires économiques qui accorde le prix sans pouvoir argumenter sur le plan médical le prix avec l'industrie , et qu'on puisse après le soumettre à remboursement, c'est plus intéressant que de commencer par ces pays au lieu des pays où ce sont les autorités payantes de la santé publique qui discutent directement le prix et le remboursement conjointement et pouvant argumenter scientifiquement. Donc on commence toujours là où le prix n'est pas discuté et où seul le niveau de remboursement sera argumenté . On obtient ainsi au départ un meilleur prix qui sera une référence pour les autres pays plus récalcitrants!

On vous dira aussi que comme les marges bénéficiaires de l'industrie ont diminué ces derniers temps et que la période de commercialisation régresse, cette industrie ose moins investir dans les traitements de pathologies pour investir dans des molécules de bien-être, moins chères à développer et moins contrôlées cliniquement, donc on vous dira: "N'ennuyer pas trop cette industrie qui connaît des ruptures de stock" surtout quand ces ruptures nous obligent à mieux comprendre comment cette industrie est importante tongue-out mais aussi quand tout est produit en Chine et en Inde! Bon c'est plus dur maintenant pour cette industrie comme elle aime à le dire mais les bénéfices n'arrêtent quand même pas d'augmenter.

Il y a longtemps, on a décrété qu'un médicament ne peut voir son prix de départ augmenté au cours de son existence. Donc quand votre produit entre dans le domaine public (  c'est à dire peut être vendu par d'autres qui n'ont pas investi) et que son prix n'a pas évolué depuis une dizaine d'années, il vous rapporte de moins en moins et vous oblige à venir avec une nouvelle molécule, pas nécessairement meilleure (souvenez-vous ce qu'à dit Raoult à la Commission). Donc de vieilles très bonnes molécules, devenues peu rentables, disparaissent et sont remplacées par de nouvelles pas toujours vraiment meilleures ( le marketing se chargera de trouver pourtant un USP pour convaincre de son intérêt). Pourquoi bloquer des unités de productions sur des produits qui rapportent moins avec toutefois une inflation sur les coût de production (en parlant de chaîne de production, il serait intéressant de développer le pourquoi des ruptures de stocks savamment orchestrées). L'industrie est face à un cercle vicieux et la chaîne de transmission  commence à trop se tendre. Les financiers prennent le pas sur les scientifiques dans l'industrie pharmaceutique et les comportements deviennent dangereux pour maintenir une haute rentabilité. Même le Lancet succombe. J'ai une forte suspicion que l'HCQ puisse en être victime, nous finirons par le savoir un jour, mais en attendant j'ai vu une série de réflexes qui me permettent de fortement le penser; Ce sera la seule chose ici que je ne n'affirme pas et qui n'engage que moi.

Les médecins le savent, il est extrêmement rare d'avoir une molécule qui bouleverse réellement l'approche thérapeutique. Nouvelle molécule= évolution des prix= évolution des bénéfices= plus de marge pour continuer la recherche mais aujourd'hui la durée possible de commercialiser et les prix plus discutés font que l'industrie investit moins sur de vraies molécules thérapeutiques pour aller plus vers le marché du confort, le bien-être moins dépendants d'avis. Voyez la situation critique avec la recherche sur les antibiotiques quand les résistance augmentent dangereusement.

Alors regardons un peu l'actualité : AstraZeneca (j'y ai travaillé plus de dix ans) vient de mettre à disposition un vaccin COVID-19 que beaucoup de pays ont commandé. AstraZeneca nous fait un coup de pub extraordinaire, ils sont premiers et proposent de le vendre au prix de revient soit 2€. Merci AstraZeneca et le Corps médical les bénit, les visiteurs médicaux vont se régaler. Mais ce labo oublie qu'ils ont donné accidentellement le prix de revient (recherche + production) et j'ai l'intime conviction que ce vaccin qui se serait vendu normalement pas loin de 35 à 40 € au minimum (comparativement à ce qui existe pour la grippe) n'aurait pas osé justifier un prix de revient de 2€ pour avoir un prix de vente de 35 à 40€! Celui qui l'a dit, ne va pas faire long feu chez AstraZeneca. Par cette anecdote ce labo vous dit avoir un prix de vente qui aurait été au minimum de 17 à 20 fois le prix de revient avoué par un "imbécile distrait trop content de son scoop", soit 2€(recherche + production)tongue-out. Ceci juste pour réveiller les gens qui discutent les prix de revient avec l'industrie pharmaceutique: vous voyez ce qu'est vraiment un prix de revient!

Mais allons plus loin, il est connu (par peu de gens) que dans le prix accordé par des autorités , il y a le coût de commercialisation qui peut aller de 70 à 80% du prix final: visiteurs médicaux, moyens de communications, études cliniques inutiles puisque l'enregistrement de l'indication est fait par des études préexistantes et je vous fais l'économie de toute la batterie des autres moyens. Ces moyens sont inutiles et représentent des frais qui permettent à l'industrie de commercialiser, d'influencer le Corps médical quand tout a déjà été publié sur ce médicament et est déjà contrôlé scientifiquement  par les autorités médicales compétentes de chaque pays. En conséquence, vous diminuez de 50 à 60% les prix et organisez l'information des médecins par une revue médicale contrôlée par les autorités médicales compétentes pour les enregistrements et pourtant l'industrie fera encore beaucoup plus de bénéfices que ce qu'elle déclare aujourd'hui. Pourquoi cette industrie, refuserait de faire plus de bénéfices, aurait moins de problèmes pas toujours évidents de communication? Ben c'est simple, l'industrie n'aurait plus la main mise sur ce qui se dit concernant leurs molécules, n'aurait plus de contacts influents avec les prescripteurs et les influenceurs surtout quand c'est le peuple qui paie ce pouvoir. De surcroit, le coup de commercialisation ne permet pas aux petites entreprises de faire cet effort financier préalable à la vente et de lutter avec les mêmes moyens que les cadors de l'industrie; le droit d'entrée dans le club est exorbitant et beaucoup de bonnes molécules n'auront pas le même avenir que celles des grands groupes. Maintenant, il y aurait aussi beaucoup à dire sur l'optimalisation fiscale sur des sommes d'argent qui voyagent d'une filiale à l'unité de production et inversément pour donner une autre justification à ces sommes d'argent.

Il faudrait surtout passer beaucoup de temps à expliquer comment cette industrie maîtrise la prescription des médicaments, comment elle maîtrise les professeurs influenceurs de la prescription des médecins généralistes et spécialistes car là, on comprend qu'elle n'engage pas n'importe qui pour faire ce boulot de marketing avec les meilleurs salaires et des budgets affolants; comment elle a mis dans les mains des professeurs l'Evidence Based Medecine pour un parfait win-win; comment elle a créé la pharmaco-économie pour être un partenaire de la Santé publique mais surtout la maîtriser; comment elle crée des pathologies avec simplement des facteurs de risques; comment elle stress sur la mortalité possible pour faire prescrire; comment elle s'est rendue indispensable dans la vie des milieux académiques en payant entre 60 et 70% du salaire des assistants. Enlever 60 à 70% des assistants d'un Professeur et il sera aussi connu que mon chat Steve et il ne publiera presque plus; comment elle a imposé le double aveugle randomisé , certes inattaquable (quoique) mais surtout très coûteux pour fermer son club des cadors à un point qu'aujourd'hui les autorités médicales ne font plus la différence entre une demande d'AMM pour un médicament dans une indication et une épidémie sans solution connue. N'oublions pas que l'Evidence Based Medecine des médicaments est la propriété de l'industrie pharmaceutique , laquelle ne publie jamais les études peu flatteuses. Des autorités hébétées qui dans la même phrase disent: "les masques ne savent pas vous protéger mais on va les garder pour protéger le Corps médical", des autorités qui ne savent plus qu'une maladie inconnue ne permet pas d'avoir des évidences pour faire de l'Evidence Based Medecine, des autorités qui ont confinés à la maison les malades sans traitements jusqu'au moment ou respirer devient critique avec pour but de ne pas engorger les hôpitaux. Ils ont réussi à diminuer par deux le nombre de lits occupés mais dans les lits occupés, la moitié sont morts et l'autre moitié a occupé les lits 6 x plus longtemps! Ces gugusses vous ont dit: nous avons réussi , nous n'avons pas été débordés dans les hôpitaux, ben oui c'est normal si on vous empêchent d'y aller et si on met les cas "pourris " dans les EPHAD et doivent y rester. Bravo! comme quoi si j'ai une fuite d'eau à la maison, je dirai: "Je suis trop fort, je n'ai pas eu trop d'eau dans la maison, j'ai détourné ma fuite chez le voisin".

Il est temps que la médecine s'appartienne et que l'industrie cesse ses pratiques comme ses coûts démesurés inutiles et remboursés pour les accorder à la médecine. Si l'industrie veut être un partenaire moderne de la Santé publique, alors qu'elle le fasse.

Voilà un vrai boulot à fouiller par Médiapart ou lors je n'ai rien compris de MDP et il y a tellement encore à dire... 

B

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