Acharnement thérapeutique et la France

La France se demande jusqu'où il faudra reculer la mort d'un être humain. La loi Léonetti prévoit clairement la situation actuelle mais elle butte dans le cas présent sur le consentement de la « personne de confiance », de la famille. Nous avons pu assister à la grande difficulté qu'a eu la France pour accepter le mariage pour tous. Sommes nous face à une utilisation de ce jeune Vincent Lambert?

Pour rappel la loi Léonetti nous dit que:

« L’obstination déraisonnable » du corps médical et la « prolongation artificielle de la vie » du patient (articles 1 et 9) sont proscrites, y compris lorsque ce dernier est hors d’état d’exprimer sa volonté. Le médecin peut prendre le risque d’abréger la vie du patient en lui administrant une dose de soins palliatifs qu’il juge nécessaire à son confort, à condition d’en informer le patient, éventuellement la personne de confiance ou un proche (article 2).
La décision de cesser l’administration d’un traitement, lorsque le prolonger semble relever de « l'obstination déraisonnable » doit être collégiale et ne peut être prise qu’après consultation de la « personne de confiance », de la famille, ou à défaut d’un de ses proches et des « directives anticipées » du patient (articles 1 à 9).

La situation se gâte avec l'opposition de la "personne de confiance" qui peut se trouver dans son épouse et "les proches".

Faut il nécessairement prendre position? Ce n'est pas certain. Quand je relis le jugement de Salomon, je conclus que Salomon n'a pas juger mais à créer une situation qui a permis à l'amour maternel de juger, parce que dans ce cas c'était l'amour d'une mère qui voulait sauver son enfant. Dans le cas de Vincent Lambert, c'est l'amour d'une femme pour son mari et l'amour d'une mère qui s'opposent.

Je ne trancherai pas mais je constate qu'il existe des services hospitaliers qui se sont proposés pour continuer les soins et il y a une obstination à vouloir forcer la décision pour les médecins qui aujourd'hui pensent ne plus faire leur devoir et entrer dans l'obstination déraisonnable. Pourquoi ne pas transférer ce jeune homme dans l'un de ces services et ne pas en faire une affaire qui divise l'amour d'une femme avec l'amour d'une mère. Ce "petit" détail ferait il le jeu de concepts à connotation religieuse? Si les religieux aiment Salomon, qu'ils respectent sa sagesse et ne jugent pas mais créent une situation qui peut au moins ne pas diviser la France, ne pas imposer à des médecins ce qu'ils pensent être une obstination déraisonnable et aller là où Vincent Lambert sera accepté comme "patient raisonnable". Et enfin, que l'amour d'un femme et l'amour d'une mère cherchent, le meilleur pour Vincent Lambert et sans exprimer un amour égoïste ce que je ne suppose pas mais espère. C'est là que je me retire dans le conseil, sans viser l'une ou l'autre. 

Si Vincent doit vivre, pourquoi crier "on a gagné" quand Vincent est supposé avoir gagné? Vincent est tué par celui qui dit avoir gagné.

Sachons garder notre tristesse pour Vincent, le respecter et si des médecins veulent le traiter, qu'ils le fassent et quant à moi, si je suis pour l'euthanasie, je ne l'appliquerai pas quand le traitement consiste à nourrir et hydrater ce qui n'a rien à voir avec ce qu'on nomme " le branchement à une machine" pour pallier aux fonctions végétatives.

Cessez de vous diviser et aimez en tristesse Vincent Lambert et nous, laissons deux amours, celui d'une  femme et mère,  trouver le chemin difficile d'harmonie et que les religieux relisent Salomon avec d'autres yeux, méditent en silence.

Quand mon père vivait, je vivais à ces côtés. Quand il est mort, après le deuil, il s'est mis à vivre en moi.

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