Assa Traoré nous invite à faire la révolution

Assa Traoré n'est pas seulement une femme courageuse et obstinée, qui exige toujours que justice soit faite pour son frère Adama. C'est une citoyenne qui a un véritable sens politique. Ses propos sont à méditer.

Il y a quelques jours, Véronique Valentino m'a signalé un entretien que lui avait accordé Assa Traoré pour L'autre quotidien . En le lisant, j'ai repensé à la grande révolte de novembre 2005. En ces temps-là, beaucoup de gens - y compris à gauche - disaient qu'il ne s'agissait pas à proprement parler d'un mouvement politique, parce qu'il n'était pas accompagné d'un discours lui donnant un sens clair. J'ignore dans quelle mesure cette opinion est fondée. Ce qui est sûr, c'est qu'on ne pourra plus dire la même chose si les quartiers populaires s'embrasent à nouveau. Il y a dans ces lieux, à l'évidence, des gens qui ont une pensée politique, et qui inscrivent leur révolte dans un projet plus vaste. Assa Traoré est de ceux-là, et je recommande à toutes et à tous de lire ses propos.

 Bien entendu, ces derniers sont discutables - comme sont discutables toutes les opinions politiques. Assa Traoré appelle de ses vœux un grand mouvement populaire qui renverserait le gouvernement et la présidence de la République. Je ne sais pas si une révolution, dans la période actuelle, serait une chose possible ou même souhaitable. Par contre, je crois qu'il nous faut sérieusement envisager cette option, vu que nous vivons dans un système politique de plus en plus bloqué, où tout est fait pour empêcher une réelle alternance de voir le jour.

Même si la France Insoumise arrivait au pouvoir dans 4 ans, aurait-elle la volonté et la possibilité de lutter contre l'oligarchie financière et les institutions européennes, mais aussi contre le racisme subi quotidiennement par les "minorités visibles" ? L'hypothèse est discutable... surtout si ce futur gouvernement n'est pas soutenu - ou plutôt débordé - par un puissant mouvement social, comme le Front Populaire l'a été en 1936. Qu'il ait lieu en 2018, en 2019 ou en 2022, un tel mouvement sera sans doute indispensable, et on voit mal comment il pourrait totalement faire l'économie de certaines formes de violence ou d'illégalité.

Pour terminer, j'aimerais commenter une parole d'Assa Traoré : "En Afrique, on renverse les présidents. Le peuple se lève, va au palais, renverse le président et prend le pouvoir. Ensuite, c’est le peuple qui va décider qui sera le président dans une démocratie effective. Donc oui, pourquoi ne pas faire comme en Afrique ?" A ces propos, j'ajouterais seulement : "Pourquoi ne pas faire comme en France ?" Il fut un temps où les Français n'avaient pas peur de destituer par la force leurs dirigeants, s'ils s'apercevaient que le système en place ne pouvait pas être réformé. Par ailleurs, la Vème République n'aurait pu voir le jour si elle n'avait été préparée par une insurrection, il y a exactement 60 ans. De Gaulle, certes n'a pas été porté  au pouvoir par une révolution populaire, mais suite au coup d’État d'Alger, le 13 mai 1958. L'actuel régime est donc né dans la violence, et il se pourrait bien qu'il s'achève comme il a commencé. Espérons seulement que le nouveau régime sera le fruit d'un vaste mouvement populaire - un authentique raz-de-marée, pour reprendre une formule récente - et non le rejeton sordide d'un coup d’État militaire.

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